Les résidents du Lac des Becs-Scies coincés dans une saga digne des meilleurs films d’Hollywood

Par Eric-Olivier Dallard

Saint-Sauveur

Intimidation, fabrication de preuves, corruption, tous les éléments d’un bon suspense semblent se retrouver autour d’une histoire qui, a priori, semble banale. Des résidents se chamaillent à savoir si le lac des Becs-scies devrait tolérer ou non la présence d’embarcations motorisées. Les élus tranchent.

Richard Groome est aux abois. L’ex-champion de ski nautique, soutient haut et fort que l’Association du Lac des Becs-Scies qu’il préside est victime de préjudices éhontés. Dans une mise en demeure adressée le 12 mars dernier au ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, l’Association demande d’annuler toute recommandation qui viserait à modifier le Règlement sur les restrictions à la conduite des bateaux pour adopter celui proposé par la ville de Saint-Sauveur. Le ministère n’aurait pas agi de façon impartiale en laissant un fonctionnaire faire pression sur l’agent d’intervention au dossier afin d’influencer la décision finale et ce, au bénéfice de l’Association des propriétaires du Lac des Becs-Scie, pour la-quelle il a agi contre rémunération.

Le tout à la connaissance de Jean Pont-briand, fonctionnaire chargé du dossier au Bureau central, allègue le document. Saint-Sauveur espère condenser la circulation des motorisés dans deux périodes distinctes de la journée (entre 10h et 13h et 16h et 19 h) et limiter autrement toute circulation à 10 kilomètre à l’heure. Cette vitesse est exigée en tout temps à l’intérieur des 40 mètres de la bande riveraine. Au printemps 2005, une demande semblable déposée au provincial avait été déclarée inconstitutionnelle par le juge André Wery, de la Cour Supérieure parce que ce type de réglementation est de juridiction fédérale.

La haine s’installe

En 2004, la famille Groome a commencé à vivre un véritable enfer, si l’on en croit le contenu d’une demande d’injonction déposée par le cabinet Pearl & Associates. Les enfants étaient constamment photographiés et filmés en train de faire du ski nautique avec leurs amis. On s’approchait de la maison pour filmer les invités, allant même jusqu’à se cacher dans des buissons durant des heures à pren-dre des photos munis de lentilles de rapprochement. En plus d’intimider les Groome, Steve et Tami Cartman auraient volontairement et intentionnellement mis les vies des plaignants en danger, en introduisant dans le lac des objets dangereux. Ces objets s’avéraient être des billes de bois d’une vingtaine de livres mesurant une douzaine de pouces de long. La présidente de l’As-sociation des propriétaires, Tami Cartman est indignée par les propos de M. Groome. «L’injonction n’a jamais été accordée. Richard Groome fait campagne pour essayer de défaire la décision de Transports Canada. Il veut nous attaquer personnellement. Ça fait partie de ses tactiques d’intimidation. À quelques jours des consultations publiques, tous les membres du conseil d’administration ont reçu une mise en demeure.»
Ça joue dur, dit le maire

Le maire, Michel Lagacé prétend avoir agi en bon père de famille en tranchant la poire en deux. «On a eu des consultations publiques, 6 à 8 séances de négociations, on a embauché un médiateur, mais après trois heures de discussions, j’ai compris que le conseil devait prendre une décision. Quand la paix sociale est menacée, il faut faire quelque chose.» Le directeur-général de Saint-Sauveur, Jean Beaulieu, affirme avoir eu vent de rumeurs de gens qui voulaient teinter le dossier. «Chacun des groupes a fait les pressions qu’il voulait bien. Ottawa a un code d’éthique pour tous les fonctionnaires. Si c’est réellement arrivé, ils agiront en conséquence.» Les allégations voulant que le père de la présidente de l’Association des propriétaires du lac des Becs Scies, l’homme d’affaires Jack Wiseman, ait pu faire pression sur l’administration municipale, sont également démenties par Michel Lagacé. La pression est venue des deux côtés, mais jamais du propriétaire des Galeries des Monts, souligne l’élu. «En 50 ans, il n’y a jamais eu d’incident sur le lac, plaide Richard Groome. Des inspecteurs de la Garde Côtière et la Sûreté du Québec ont toujours trouvé nos installations conformes. Il y a de la corruption dans ce dossier. On veut régler un problème qui n’existe pas. Au contraire, dit-il. La réglementation va augmenter les risques d’accidents. Notre code d’éthique était suffisant.» Une pétition circule actuellement pour demander le statu quo. Selon M. Groome, la grande majorité des riverains visités seraient en faveur. Un sondage commandé le 24 avril 2006 à la firme Léger marketing prétend au contraire que 74% de ceux-ci sont favorables à des restrictions encore plus sévères que celles proposées par la Ville. Le parcours de ski nautique sur le lac des Becs-Scies existe depuis 1970. Le règlement municipal a été publié en juin dernier dans la Gazette officielle à Ottawa. Les opposants ont 60 jours ouvrables pour contester son contenu.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de