L’euphorie, différemment

Par Ève Ménard
L’euphorie, différemment

Cher Simon,

Comme tu le vois, j’ai pris beaucoup de temps à répondre à ta première chronique. Toutes mes excuses, j’ai été emportée par la fièvre des séries. J’ai donc consacré les dernières semaines à nos Glorieux. Hystérie, déception et fierté se sont entremêlées durant cette épopée enlevante. Je t’avoue être déjà nostalgique de ces moments d’euphorie qui semblent à présent si lointains.

Aucune émission ne m’a vu aussi investie que les Canadiens de Montréal. Il faut dire que je les suis depuis au moins 15 saisons, chacune de 82 épisodes (un peu plus quand on fait les séries!). Les deux dernières ont été écourtées, dois-je préciser. Ç’a en fait des minutes de télévision! Certaines saisons sont plus réjouissantes que d’autres. Des personnages résistent au passage du temps, d’autres quittent et de nouveaux arrivent. Mais mon amour pour nos Canadiens demeure toujours le même, bien malgré moi.

Je sais que malgré tes efforts, tu peines à comprendre cette euphorie. Comment traduire ce sentiment qui nous traverse lorsque les Canadiens marquent en prolongation, dans un match sans lendemain?

Puisque comme moi, tu es un amateur de culture, je revisite quelques oeuvres dont l’émotion suscitée s’apparente à celle vécue dans les dernières semaines. Je dis bien s’apparente, puisque rien ne s’y compare réellement. Peut-être pourras-tu mieux comprendre.

Je commence avec un film à saveur politique. Étant donné que tu suis la politique américaine avec la même intensité et la même passion que je suis les Canadiens, je me dis que ça pourrait te plaire.

Cap sur le congrès

Tu dois absolument voir ce documentaire. Aujourd’hui, Alexandria Ocasio-Cortez est bien connue. Mais il y a quelque chose de touchant à la voir faire ses premiers pas en politique. C’est empreint d’humanité et d’humilité. Vraiment, c’est beau à voir.

Le graal d’AOC dans le documentaire, ce n’est pas la Coupe Stanley, mais une place à la Chambre des représentants. N’en demeure pas moins que c’est enlevant et inspirant. Spoiler Alert! Elle gagne. Et le moment où elle l’apprend me donne des frissons à chaque fois. Un peu à l’image des Canadiens cette saison, elle est David et se bat contre Goliath. Heureusement pour elle, son histoire se termine mieux que pour nos Glorieux.

Moi, Tonya

Pour comparer des oeuvres culturelles à nos Canadiens, je devais bien mettre en évidence au moins un film sportif. Le choix a été facile : Moi, Tonya, une oeuvre sublime qui met en lumière le talent extraordinaire de Margot Robbie. L’actrice y incarne une athlète controversée : la patineuse artistique américaine Tonya Harding. L’apogée de sa carrière a eu lieu en 1991 : elle devient alors la première Américaine à réaliser un triple axel en compétition internationale. Le film entier en vaut la peine, uniquement pour cette scène à couper le souffle.

Écrire pour exister

J’ai vu ce film pour la première fois dans un cours au secondaire. Je l’ai réécouté plus récemment.

Ça se passe dans une classe d’une école difficile à Long Beach à Los Angeles, à travers un contexte d’émeutes raciales. Au départ divisés et méfiants, les élèves apprennent tranquillement à se connaître.

On voit naître sous nos yeux une équipe de plus en plus unie et menée par une enseignante dédiée et passionnée. Aux commandes de son équipe, elle ne voudra pas la laisser tomber et fera tout en son pouvoir pour continuer son chemin à ses côtés.

Un film comme celui-là, à la fois empreint de beauté et de souffrance, ça nous rappelle au passage qu’il y a des choses beaucoup plus importantes qu’une défaite ou une victoire des Canadiens. Au fond, ce n’est que du hockey. Mes parents m’ont répété cette phrase bien souvent, plus jeune, lorsque mon humeur était systématiquement dictée par l’allure de nos Glorieux. Il arrive parfois qu’on me la répète encore.

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