L’hiver d’Émile

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L’hiver d’Émile

Chronique d’un X

par Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com

 

Ah! comme la neige a neigé!

Ma vitre est un jardin de givre.

Ah! comme la neige a neigé!

Qu’est-ce que le spasme de vivre.

À la douleur que j’ai, que j’ai!

Appropriées, non, ces fameuses paroles de l’habile Nelligan ?

J’avoue, j’étais légèrement moins poétique et beaucoup plus biblique, en déneigeant mon toit quatre heures durant, lors de cette fin de semaine digne d’un interminable bal en blanc.

Le pays de Léon Tolstoï a fracassé des records, celui de Gaston Miron aussi, et on a même failli perdre notre Gaspésie tellement elle a été ensevelie!

La belle péninsule a reçu pas moins de 398 centimètres de neige depuis le début, soit près de 157 pouces, ou 13 pieds si vous préférez, de quoi réveiller Cartier!

Toute cette commotion m’a tout de même fait agréablement replonger dans le passé, un peuplé de bancs de neige de six pieds qui ne finissaient de s’allonger.

Je me souviens clairement des hivers d’un Sainte-Agathe si enneigé que mon père avait peine à sortir sa Pontiac Parisienne métallisée de notre entrée.

Je me rappelle surtout que tempête était toujours synonyme de montagnes de neige empilée dans les cours de récré, une chaîne himalayenne qui prenait toujours de l’ampleur, pour notre plus grand bonheur!

Il fallait beaucoup de patience aux surveillantes pour nous ramener à l’intérieur la cloche sonnée, idem pour les parents exaspérés qui nous appelaient à répétition pour aller souper. Les temps ont toutefois bien changé.

Le roi est mort, vive le roi!

Messire de Lamontagne n’est plus… depuis un bon bout. Hélas, le célèbre a été brutalement chassé par de bienveillants soldats de la monarchie qui se sont donné comme mission de faire disparaître son héritage, afin que toutes nouvelles générations grandissent dans le douillet confort d’une sécurité illusoire.

« Que l’on fasse détruire cette colline sur-le-champ! », aurait dit avec autorité la dirlingue, concernée par les potentiels bêlements des darons et daronnes de son royaume. Puisse le roi avoir une descendance et des adeptes qui voudront perpétuer sa mémoire – je serai le premier à m’engager dans cette révolution spontanée et exutoire.

Quand tempête rime avec reconnecter

Il n’y a rien comme un évènement météorologique pour renouer avec la nature, l’essence même de notre être, celle-là même qui nous a vus naître.

La nature a beau avoir le pouvoir de rapprocher, mais il nous appartient de saisir l’opportunité. Difficile d’être tous sur nos écrans chacun de notre côté quand c’est le temps de pelleter, et ça, il faut la nommer, cette (trop) rare opportunité. Ouste jeux vidéo, cellulaires et autres distractions électroniques qui sont en train de changer la chimie de notre cerveau et brouiller notre précieuse génétique – bienvenue oh! exercice physique.

Autre temps, autres mœurs

Les électroniques d’aujourd’hui seront fort probablement demain ce qu’était le sucre hier : un élément jugé normal, socialement accepté, une véritable panacée pour les championnes de l’ultra-transformé et les publicitaires aux scrupules ébouriffés.

Encore là, il ne s’agit pas de les démoniser, mais plutôt de les apprivoiser et de les tenir en respect, car les électroniques sont comme les applaudissements : on doit les apprécier lorsqu’ils passent, sans en avoir besoin.

« Alors pleurez, oiseaux de février, au sinistre frisson des choses, il ne faut céder, car l’espoir printanier, lui, ne saurait tarder », disait le mythique poète adoré.

D’ici là, je vais m’acclimater à notre nordicité qui chaque jour, nous offre de précieuses opportunités de partager et d’exprimer notre solidarité – quelle beauté!

 

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