Louis-Philippe Hébert – Le prodige

Par Ève Ménard (journaliste de l'initiative locale)
Louis-Philippe Hébert – Le prodige
Photo de Louis-Philippe Hébert, prise à Las Confines au Pérou. (Photo : Courtoisie)
Dans le cadre de son 20e anniversaire, l’Association des Auteurs des Laurentides inaugure un tout nouvel honneur : le prix Claude-Henri Grignon sera remis le 17 octobre prochain pour saluer la contribution remarquable d’un.e auteur.e des Laurentides à la littérature québécoise. Quatre auteur.es sont en lice : Louis-Philippe Hébert, Jean-François Beauchemin, Francine Ouellette et Louise Tremblay D’Essiambre. Au cours de l’été, nous ferons le portrait de ces artistes remarquables et de leur œuvre.

Louis-Philippe Hébert me répond de sa demeure de Montfort, située dans un paysage enchanteur, tout près du lac Notre-Dame. « Vous avez la grâce et la gentillesse de rompre ma solitude », mentionne-t-il avec candeur, lui qui au moment où je le rejoins, était en train d’écrire.

Écrivain, c’est le titre qui le décrit le mieux. On lui en attribue plusieurs, dû à sa grande polyvalence : nouvelliste, poète, romancier, éditeur. Des romans aux prospectus, il a tout écrit ce qu’il est possible d’écrire : des romans, du théâtre, de la poésie, des pièces pour la radio, des prospectus pour des sociétés qui partent en bourse et même des fiches descriptives pour les films canadiens présentés au Festival de Cannes. « J’ai toujours eu cette conviction profonde selon laquelle un écrivain devait être capable d’écrire tout ce qui peut s’écrire », indique-t-il.

D’ailleurs, Louis-Philippe Hébert se considère comme un écrivain depuis qu’il est très jeune. Réel petit prodige, il a appris à lire, à écrire et à compter par lui-même, dès l’âge de 4 ans, ce qui lui a permis de sauter sa première année.

C’était si impressionnant que lors des réunions familiales, on l’installait sur un petit banc et on lui faisait lire quelques lignes d’un livre, choisi au hasard. « Un vrai singe savant! », s’exclame-t-il en riant.

Un grand merci aux retenues

Malgré qu’il soit un surdoué, Louis-Philippe était turbulent à l’école. « Je m’ennuyais, donc j’étais très dissipé. » L’écrivain nous raconte la savoureuse anecdote qui lui a permis de découvrir la poésie : Louis-Philippe a 11 ans et il fréquente le collège Sainte-Marie, un établissement jésuite à Montréal. Il a des cours six jours par semaine, avec des congés en après-midi les mardis, les jeudis et les samedis.

Comment il passe ces moments de repos? Très souvent, en retenue. C’est alors qu’il tombe sur la poésie d’Edgar Allan Poe. Il dévore assez rapidement le contenu dont il a accès à l’école. En quête de nouvelles lectures, il jette un coup d’œil à son traducteur, un certain Baudelaire. Son souhait est de mettre la main sur son recueil de poésie, Les Fleurs du mal. Naturellement, il n’est pas accessible aux étudiants. « J’ai réussi à convaincre la personne qui s’occupait de moi de me laisser aller dans ce qu’on appelait l’enfer. C’était une partie de la bibliothèque qui était interdite aux étudiants et permise uniquement au personnel. » Puisqu’il était interdit de sortir des livres de l’enfer, le garçon de 11 ans l’a fait… en cachette! « J’ai encore ce livre-là, je l’ai gardé! » Étant donné que sa couverture fait beaucoup penser à celle d’une Bible, le jeune Louis-Philippe ne se gêne pas pour le lire à l’église, pendant les messes obligatoires.

Une fois le répertoire d’Edgar Allan Poe et de Baudelaire épuisé, l’élève cherche une autre manière de se garder occupé en retenue. C’est alors que l’écriture débute.

« Le mardi après-midi, j’écrivais un conte ou un poème à la manière de Baudelaire ou de Poe. Le jeudi après-midi, je le corrigeais et le samedi, je lisais mon œuvre. C’était devenu très agréable d’être en retenue! »

Écrire sur des thèmes différents, de manière différente

Aujourd’hui, Louis-Philippe Hébert est un auteur prolifique. À son actif, il a plus d’une trentaine de livres. Il explore souvent des thèmes universels comme la vieillesse, la vie, la mort, les relations ou l’amour. Ces explorations lui permettent de rejoindre un large lectorat. Il donne l’exemple de son recueil Vieillir pour lequel il a fait des lectures au Pérou, en Colombie, en Argentine et au Honduras.

Fiction, métaphore, échanges épistolaires, découpage en nouvelles ou poésie : tout ce qu’il écrit, il le fait de manière unique et à l’aide de procédés littéraires diversifiés. L’écrivain cherche à avoir une approche stylistique adaptée à ce qu’il raconte.

« Je me suis toujours dit que je ne voulais pas écrire deux fois le même livre et que je ne voulais pas non plus écrire des choses différentes, mais toujours de la même façon. J’écris donc des choses différentes, toujours de manière différente. Sur le plan intellectuel, c’est très stimulant et ça permet aux lecteurs de passer d’un livre à l’autre sans avoir de sentiment de répétition. »

Tout juste avant de le replonger dans sa solitude et son écriture, je demande à l’écrivain sur quoi il travaille actuellement. Louis-Philippe Hébert est en train d’écrire non pas un, mais trois livres : un roman, un recueil de poésie et un recueil de nouvelles.

« J’aime beaucoup avoir deux ou trois livres en marche en même temps. Je trouve ça sécurisant puisque ça me donne toujours quelque chose à faire. »

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