Lourde perte patrimoniale d’un bâtiment presque bicentenaire

Par Luc Robert (initiative de journalisme local)
Lourde perte patrimoniale d’un bâtiment presque bicentenaire
Le magasin de J.-S. Bélisle a été le théâtre de nombreuses anecdotes, de 1936 à 1975. (Photo : Jocelyn Bélisle)

Construit en 1834, selon le rôle d’évaluation foncière de Saint-Sauveur, l’édifice qui abritait le resto-bar La Folie aura marqué plusieurs générations, ne serait-ce que par son emplacement stratégique, à l’intersection des rues de la Gare et Principale.

Construit à l’origine par François-Xavier (F.-X.) Clouthier (avec un H) et Joséphine Aubry, l’endroit a donné lieu à l’ouverture d’un magasin général, où ils ont élevé leur famille de 15 enfants. Le commerce a ensuite été vendu à son gendre, Télesphore Gauvreau, puis à Joseph-Stanislas Bélisle, en 1936.

L’arrière-petit-fils de M. Clouthier, le comptable et agent immobilier retraité André Paquette, a bien résumé l’importance de l’établissement pour Saint-Sauveur.

« C’est un désastre pour notre municipalité, mais aussi une perte patrimoniale familiale. La bâtisse a été érigée par mon arrière-grand-père. Ce bâtiment a connu plusieurs occupations de restaurants, dont le célèbre Carlos, où le propriétaire lui avait donné, lors de rénovations majeures, le style qu’on lui connaissait. Les (familles) Clouthier et Paquette se souviendront de cet immeuble, pour le repas que l’on y a pris lors du mouement des retrouvailles, en 2005. »

Pour ses vieux jours, M. Clouthier avait décidé de s’installer à proximité de son commerce. « Pour sa retraite, il s’est fait construire une maison victorienne, tout juste voisine du 235. Deux héritiers ont ensuite occupé les lieux. J’avais une grand-tante à cet endroit. Nous nous sommes remémorés tous ces souvenirs, lors des retrouvailles : Saint-Sauveur célébrait son 150e anniversaire, tout comme F.-X. Clouthier. »

Valeur dans les 7 chiffres

Au rôle foncier, la valeur municipale de l’immeuble (terrain et bâtiment) s’établie de nos jours à 1 804 900 $. Le bâtiment semi-détaché présente une aire d’étage de 580,7m2 , alors que le terrain comporte une superficie de 1 047 300 m2.

Au registre des entreprises du Québec, il est noté que les deux actionnaires de l’immeuble sont Christopher Morentzos et Gregory Grigoropoulos (9232-3666 Québec Inc.)

« C’était un endroit névralgique, qui était surnommé le « Coin du Inn ». Il y avait juste en face du magasin un hôtel et un casino à côté. Quand les skieurs débarquaient de Montréal, de l’Ontario et des États-Unis, à l’hôtel les fins de semaines, il n’était pas rare que deux voitures de la Police municipale se garent dans le stationnement du magasin de J.-S. Bélisle, mon père. L’alcool aidant, ça finissait régulièrement en batailles entre visiteurs, à la fermeture. Le blague commune, c’est que les visiteurs croyaient qu’il s’agissait d’un coin de durs-à-cuire, parce que l’ambulance de mon frère Marcel était aussi garée là en permanence… mais c’est parce qu’il habitait au 235 Principale », s’est souvenu en riant Jean-Gilles Bélisle, toujours résident de Saint-Sauveur.

Pour sa part, M. Paquette confirme que les skieurs affectionnaient le secteur.

« Le coin du Inn était la plaque tournante du village et l’est toujours. Dans les années 1960, ma mère louait un petit resto attenant à l’hôtel. Les skieurs, majoritairement anglophones, venaient se faire préparer des sandwichs pour leur journée sur les pentes. Il y avait toujours beaucoup d’animation.

Tous ces immeubles font partie du passé, mais les souvenirs demeurent. « Ç’a beau faire près de 45 ans qu’on a vendu le magasin, voir tout ça par terre laisse un pincement au cœur. On vendait de tout, chez J.-S. : du linge, des pneus, de l’huile, des souliers et même une section de médicaments de base en vente libre, avant que les pharmacies deviennent populaires. Depuis notre époque, la galerie du 2e étage a fait place à un agrandissement pour le restaurant. La vie continue », a repris M. Bélisle.

Ce dernier, qui a touché à plusieurs métiers, de pompier volontaire à ramoneur, en passant par camionneur et responsable de la patrouille des petits animaux, s’est souvenu de la fameuse « tempête du siècle », de mars 1971. « Avec les bancs de neige d’une dizaine de pieds de hauteur, plus aucun véhicule ne pouvait circuler. J’étais propriétaire d’une motoneige et j’étais allé reconduire ma sœur Pierrette à l’école Marie-Rose, où elle enseignait. Évidemment, tous les cours avaient été suspendus (rires). Le plus comique, c’est qu’en payant une randonnée à mon père (Stanislas), il avait perdu son chapeau au vent. Pas besoin de vous dire qu’on a viré de bord pour le retrouver ! », a achevé M. Bélisle.

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Sylvie Forget
Sylvie Forget
2 mois

Peut-on avoir cette magnifique histoire en anglais? Beaucoup d’anglophone, même s’ils parlent français ne comprennent pas nécessairement le texte. C’est historique et ils en font partis.