Maison Thibodeau: le dossier bouge enfin (le bâtiment aussi)

Par Eric-Olivier Dallard
Maison Thibodeau: le dossier bouge enfin (le bâtiment aussi)

» On est à 2pi 6 po d’avoir une maison à la bonne hauteur par rapport à la rue Principale, une hauteur qui mettrait en valeur ce bâtiment important de l’histoire piedmontaise et respecterait son aspect historique.»
_ Philippe Juneau

Après des mois de tergiversations, d’argumentations et de querelles entre la ville et le propriétaire, la Maison Joseph-Thibodeau, chef d’œuvre du patrimoine bâti de Piedmont, connaîtra enfin son sort. Pour le meilleur et pour le pire.
«Le dossier avance bien, estime le maire, Clément Cardin. J’ai rencontré M. Juneau à plusieurs reprises et nos échanges sont très cordiaux.» Rien n’est moins sûr quand on questionne le principal intéressé, qui semble plutôt amer face à cette aventure. D’ailleurs, une pancarte «À vendre» est toujours plantée devant sa maison.
«Bien que des permis aient été émis, je ne sais toujours pas pourquoi le Conseil consultatif en urbanisme (CCU) n’a pas voulu remettre la maison à sa hauteur originale par rapport à la rue principale, déclare Philippe Juneau, un réalisateur de télévision qui voulait faire de sa nouvelle demeure son siège social. Il est par contre encore temps que les citoyens demandent au maire que cette maison soit la plus belle possible.»

Mise en valeur

Les positions dans le dossier étaient bien campées. Philippe Juneau martèle d’une part qu’à l’origine, la maison Thibodeau n’était pas sous le niveau de la rue et que les exigences de la ville à la maintenir désormais dans cet état favoriseront des accumulations d’eau au sous-sol, entraînant le fonctionnement de deux pompes en permanence. Le CCU, l’urbaniste Nathallie Legault en tête, considère que le dossier est complet et ne semble pas enclin à replonger dans cette saga. «On a des photos qui démontrent que la maison n’a jamais été plus haute que ça», clame Mme Legault.

Selon le maire, tout a été fait pour faciliter la tâche de l’entrepreneur. «On a voulu faire des forages forcés (directionnels) à quatre ou cinq pieds sous le fossé pour réussir à joindre son drain français, mais c’est du roc. La municipalité était même prête à partager les frais pour régler le problème d’égouttement, rappelle Clément Cardin. Lui voulait jucher la maison neuf pieds dans les airs!». 
«De l’avant, la maison n’aurait été que de trois pieds au-dessus du niveau de la rue, défend Philippe Juneau. Et cette solution était acceptée par Parcs Canada.»

Selon le réalisateur télé, un remblai derrière aurait permis de réduire l’effet de hauteur, tout en lui permettant d’installer ses bureaux. Une solution idéale au plan technique et patrimonial, souligne-t-il.

Michel Pelletier, gestionnaire du Fonds pour favoriser les propriétés patrimoniales commerciales à Parcs Canada, confirme que dans une lettre du 5 décembre 2006 adressée à Philippe Juneau avec copies conformes à la municipalité de Piedmont et au CCU, le ministère indiquait qu’il ne voyait pas d’objection à ce que la maison soit déplacée sous une nouvelle fondation, mais il fallait une solution satisfaisante au point de vue patrimonial. «On a passé beaucoup de temps sur le dossier et on trouvait que ça avançait très bien, confie M. Pelletier. Mais une fois que la querelle a été enclenchée entre la ville et M. Juneau, on ne pouvait plus faire grand chose.» Cette «querelle» est venue contrecarrer les projets de Philippe Juneau, qui profiter d’une subvention et projetait de filmer chacune des étapes de rénovation de la maison pour en faire un documentaire. Après plusieurs délais, Parcs Canada a dû clore le dossier.

La Société d’histoire muette
«La locomotive du projet aurait dû être la Société d’histoire des Pays-d’en-Haut, clame Alain Messier, policier à la retraite et ex-président de l’organisme. «Nous on voulait faire de la maison Thibodeau un musée de la poste et un centre d’interprétation d’histoire des Laurentides. Mais on n’est pas capable d’associer la culture à l’économie, dénonce M. Messier. Pourtant, la société a un devoir de mémoire.» Pour cet ancien policier, non seulement la maison Thibodeau aurait dû constituer une priorité des élus, mais trois autres maisons d’époque, situées à l’arrière de celle-ci auraient mérité qu’on s’y attarde. Le président actuel de la société déplore les disputes et affirme que M. Juneau n’a fait appel à l’organisme qu’en début de projet. La maison sera finalement déplacée mardi et mercredi prochains et Philippe Juneau invite la population à assister à l’opération.

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