«Méchants, pas gentils médias!»

Par Andre Berard

Les Adélois recevront bientôt dans leur boîte aux lettres un dépliant faisant le point sur les multiples poursuites et litiges impliquant la Ville de Sainte-Adèle, Marc Lupien, Lise Proulx et la société en commandite du Sommet Bleu. Selon le document, le montant des poursuites intenté par les citoyens s’élève à près de 6,8 millions de dollars, incluant le recours collectif représenté par Michel Sarazin, résident du Sommet Bleu, qui au nom d’un groupe de citoyens, réclame des dédommagements pour avoir ingurgité, sans l’avoir commandé, un ragout de raton (sans coliformes fécaux, il faut le préciser), mijoté dans le bassin d’eau potable du Sommet Bleu.

Véritable diatribe contre les médias, le mot de la mairesse qui introduit ce «dépliant explicatif» qui affirme présenter la vraie de vraie version des faits, se révèle n’être qu’une inutile et couteuse entreprise de relations publiques, pour le moins inusité, visant à astiquer les armoiries de la Ville dont la patine est mise à rude épreuve dans le climat politique abrasif adélois. Se posant en victime des médias, la mairesse Houle pousse, possiblement sans leur consentement, son administration sur la ligne de front dans une guerre qu’elle semble à tout prix (à n’importe quel prix) vouloir mener contre les médias régionaux et nationaux. Loin de moi l’idée de démêler ici cet enchevêtrement juridique qui oppose des citoyens et leur ville. Ce qui me pique et m’irrite, ce sont les accusations ouvertes qu’elle lance aux médias. Visiblement, cette mairesse non élue, habituée aux coulisses, aux messes basses et aux murmures, a de la difficulté à gérer le volet «relations avec les médias» du poste qu’elle doit occuper pour un court laps de temps. Expliquant le mutisme de la Ville dans l’affaire Lupien par l’observation de la règle du sub judice «laquelle impose aux parties impliquées dans des litiges judiciaires une retenue dans leurs commentaires hors cours», la mairesse pousse le bouchon trop loin en affirmant: « force est de constater que la municipalité, ses dirigeants et élus, en respectant cette règle juridique, se sont malheureusement désavantagés face à des campagnes médiatiques faites à leur détriment. Des personnes, organismes et médias ont profité de cette position de la municipalité pour l’attaquer sans ménagement. Elle accuse ici les médias de fomenter des campagnes médiatiques contre la Ville et d’avoir profité de sa mauvaise position. Ça s’appelle un procès d’intention. Par ses propos, la mairesse insulte à la fois les médias et la profession de journaliste. Elle nous accuse — elle ou ceux qui tirent les ficelles — de collusions avec Marc Lupien. Que la mairesse sache que nous, journalistes, observons aussi des règles. Elles ne portent pas de noms latins, mais nous y sommes tout de même très attachés: «les journalistes servent l’intérêt public et non des intérêts personnels ou particuliers. Ils ont le devoir de publier ce qui est d’intérêt public» stipule le guide de déontologie de la fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). L’affaire Lupien est de toute évidence d’intérêt public. À maintes reprises, Éric-Olivier Dallard, rédacteur en chef de l’Accès et moi-même avons tenté de communiquer avec la mairesse remplaçante et avec sa bouée de sauvetage, le greffier Rousseau, afin de connaître leurs versions des faits et de la publier. Étant la cible d’un boycottage de cette administration, nous n’avons malheureusement rien à écrire sur eux. Marc Lupien, quant à lui, répond à nos questions et fournit des documents étayant ses affirmations. En publiant la version des faits du citoyen Lupien nous ne menons aucune «campagne médiatique», nous faisons simplement notre travail de journaliste. Nous aurions fait le même travail pour l’Administration adéloise si elle avait simplement accepté de nous parler.
À travers ce dépliant, la mairesse souhaite rétablir des faits. Je m’étonne qu’elle n’ait pas opté pour un moyen qui a fait ses preuves, peu couteux et véritablement transparent: la conférence de presse. Imaginez: vous convoquez les médias, vous leur remettez un communiqué, vous répondez à quelques questions et le tour est joué. Beau, bon pas cher. Je crois que vous avez ignoré cette possibilité, car vous ne souhaitiez pas faire face aux journalistes, vous savez, ceux qui posent des questions auxquelles il faut répondre. Je crois aussi que pour certains, cette approche est beaucoup plus rentable. Combien aura coûté cette «mise au point?»

Petite politique, «agenda caché», prise de décisions en petit groupe, sont les termes utilisés par le conseiller Guinard pour expliquer sa démission. J’espère que vous êtes consciente, Madame la mairesse, que vous devez impérativement revoir votre «style», car il ne passe carrément pas.

Sachez que: même perdue dans un labyrinthe, il faut se méfier de la main secourable que l’on vous tend. Rien ne vous garantit que c’est vers la sortie que l’on souhaite vous conduire. Vous me suivez?

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