Mon choix

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Chronique d’un X

par Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com

 

J’en reviens pas de ce qui se passe en ce moment, avec tous les commentaires sur l’intention d’étendre l’aide médicale à mourir pour les personnes qui souffrent d’Alzheimer.

En 77 ans, j’en ai vu des absurdités, mais je peux pas croire que certains puissent s’y opposer! Non, mais de quoi je me mêle ?!

Aujourd’hui, l’opinion c’est comme les pissenlits, tout le monde en ont des tonnes, mais personne ne fait rien d’utile avec. Et parlant de se prononcer…

« Trois Québécois sur quatre croient que les personnes atteintes d’Alzheimer devraient pouvoir demander l’aide médicale à mourir avant de perdre leurs facultés », rapportait récemment le Journal de Montréal, d’après un sondage Léger.

Je le sais, c’est pas si simple. Qu’est-ce qu’on fait avec les proches aidants qui ne sont pas d’accord ? … ou avec ceux qui voudraient qu’on parte au plus vite ?! Les abus… les dérapages… personne n’est à l’abri, mais ça veut pas dire qu’il faut pas progresser.

Le chemin de croix

Le problème de plusieurs qui se permettent de donner une opinion sans avoir vécu de près un calvaire comme l’Alzheimer et les maladies apparentées, c’est qu’ils savent pas à quel point c’est une condamnation à mourir lentement, dans des conditions pitoyables. C’est une bombe atomique perpétuelle qui ravage tout sur son passage et qui fait de nombreuses victimes collatérales… sur d’éternelles années.

Je peux pas parler pour les autres, mais je sais que quand tout le monde me cherchait parce que je m’étais perdue en auto dans mon propre quartier, et disparue pendant des heures… avec mon petit-fils d’à peine six ans assis sur le banc d’en avant, j’ai commencé à m’inquiéter sérieusement.

Ensuite, lorsque je me suis mise à appeler mon fils 38 fois par jour au travail parce que j’avais oublié que je venais de l’appeler, je peux m’imaginer que ça l’a mis un tantinet à l’envers. J’ai aussi fait ça à mes frères et sœurs, puis à pas mal toutes les personnes dont le numéro de téléphone était dans mon calepin de notes. J’ai fait ça pendant des mois… à moins que ce ne soit des années, je m’en souviens plus trop.

Ça, ça passait encore, jusqu’au jour où j’ai commencé à faire des menaces et à tenir des propos violents envers ceux que j’aime.

Là, ma famille a commencé à vraiment s’alarmer… mais pas autant que la fois où j’ai appelé la police en jurant m’être fait attaquer sauvagement par un voleur de sacoche imaginaire qui s’était supposément infiltré dans ma maison.

La décente en enfer

Bon… j’veux pas vous déprimer, mais c’est loin d’être le pire. Imaginez… j’étais consciente que je perdais mon autonomie et ma lucidité.

Je me faisais barouetter d’un endroit à l’autre, soit parce qu’ils ne voulaient pas me garder, soit parce que les places étaient contingentées.

Eille, même l’urgence de l’hôpital où j’ai passé d’innombrables séjours appelait mon fils la nuit, car ils ne savaient plus quoi faire avec moi. Je me souviens encore… quand il avait réalisé qu’on m’avait attachée sur un lit et enfermée dans une salle capitonnée, il voulait virer la place à l’envers tellement sa douleur était intense.   

La bave, les couches, la surmédication et le monde qui t’abandonne parce qu’ils ne sont plus capables de supporter cette souffrance, tout ça passe encore.

Mais quand tu ne reconnais plus personne… surtout tes petits enfants, ceux qui étaient ta flamme, ta fierté et ton sang, tu le sais que c’est le temps.

Honnêtement, ça fait deux ans que j’ai quitté le véhicule dans lequel j’étais prisonnière, et chaque jour, je remercie ma pneumonie de m’avoir délivrée, et mes proches de m’avoir accompagnée jusqu’à ma dernière soufflée.

Chacun a son histoire, et la mienne en est une parmi tellement d’autres. Au fond, je suis juste une grand-maman qui souhaite paisiblement que les mots choix, dignité et liberté, eux, ne soient jamais oubliés.

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