Mon Morin-Heights à moi

Par Josée Pilotte
Mon Morin-Heights à moi

Il y a deux choses certaines dans la vie: les impôts et la mort. Dans mon cas on peut ajouter les lunettes double-foyers et les REER. 

 

«Être une femme libérée, c’est pas si facile», chantait Cookie Dingler dans les années ’80. Il paraît qu’on a eu le droit de vote en 1940. Moi j’ai ouvert mon premier compte REER en 2011!

 

Est-ce que ça fait de moi une femme libérée au sens où l’entend le Conseil du statut de la femme? J’en sais rien. Ce que je sais, c’est que ça fout les jetons. 

 

Ce qui fait le plus mal? Le fait de voir son argent immobiliser dans des REER ou bien le constat que je deviens trop raisonnable? Dans les deux cas c’est mortel. Y’a-t-il rien de plus plate dans la vie que de prendre des REER plutôt que flamber sans remord ton fric comme si demain n’existait pas. Plus plate que ça, tu assortis ta sacoche à tes souliers! Tout ça pour dire que la femme libérée que je suis maintenant s’est retrouvée à passer «raisonnablement» sa semaine de relâche à… Paris, Londres, New York? Non: Morin- Heights.

 

Ça m’a enfin permis d’explorer ce lieu familier, de faire le tour de ma cour arrière, de découvrir mon Morin-Heights à moi! 

J’avais tout ça, juste sous les yeux, pendant des années. Comme un trésor inca, comme l’Atlantide, une Cité d’or, juste là, dans mon patelin. J’avais tout ça, j’ai rien vu.

Étais-je là? Oui, j’étais pourtant bien là… mais sans doute aussi un peu trop ailleurs, occupée à m’agiter sans REER. 

 

Morin-Heights… Morin-Heights, LE terrain de jeu, l’ultime carré de sable pour les 7 à 77 ans. Je suis la première à dire que toute la beauté du monde se retrouve à Paris, Londres, New York… mais là, je suis obligée d’admettre que j’ai «pogné de quoi»…

 

Et tout a commencé par une remarque de mon voisin:

«J’vous vois depuis des années, la petite famille sportive… vos vélos de montagne sur le toit, vos bâtons de hockey sous le bras, les skis sur le rack du char, j’vous vois tout faire ça… mais saviez-vous que…»

 

… J’ai donc découvert que j’avais juste derrière chez moi parmi les plus anciennes pistes de ski de fond du Québec. Juste là, pas d’rack, pas d’char. 

Bon, on s’entend-là: je savais qu’elles existaient mais je n’avais jamais osé explorer à fond les lieux comme nous l’avons fait cette année. Jack Rabbit aurait été fier de nous!

 

Je vous dis qu’on en a parcouru des kilomètres et des kilomètres sans jamais (ou presque) rencontrer une âme humaine. Des kilomètres de paysages à couper le souffle… des kilomètres de pur bonheur, une blancheur à la virginité qu’on a presque le goût de ne garder que pour soi.

Ouais, devenir raisonnable et garnir de REER mes bas de laine m’a obligée à les enfiler durant une semaine de relâche de neige plutôt que de sable… Mais, savez-vous quoi?… Ça a un foutu bon côté: enrichir à la fois ma retraite et ma tête!

 

On peste, on chiale, on crisse contre l’Hiver. On rêve des Républiques-de-bananes-tout-inclus. Mais que voulez-vous, l’hiver c’est nous. T’as le choix: tu t’enfermes 6 mois par année… ou bien tu chausses tes bottines. Moi, elles m’ont menée sur des sentiers aux noms évocateurs: la Chasse-Galerie, la Western, la Portageur, les terres de la Couronne…

 

Si vous croisez cet hiver un p’tit roux à barbichette (roux sur blanc, ça ne se manque pas!)… Ben, dites-lui que je suis bien fière d’habiter chez lui!

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