Monialités

par Jean-Claude Tremblay
Monialités
Amoureuse est un documentaire de Louise Sigouin. (Photo : Jean-François Leblanc, K-Films Amérique)

Documentaire « Amoureuses »

 

J’ai toujours été fasciné par les congrégations de moines et de sœurs cloîtrées, que l’on appelle maintenant « moniales ». Fasciné non pas par croyance religieuse, mais certainement par curiosité et désir de comprendre ce qui pousse, ou ce qui attire, des êtres humains à s’exclure afin de vivre dans le silence et la tranquillité pour le restant de leur vitalité.

 

Je présume que comme nous, ces hommes et ces femmes sont à la recherche de mieux-être, de paix et de spiritualité – mot de plus en plus accepté dans notre société, dans la mesure où il désigne la quête d’un sens à nos vies effrénées.

Récemment, j’ai été mis en contact avec Louise Sigouin, auteure et documentariste, qui a eu le privilège de pénétrer dans l’univers des Sœurs de Berthierville, la seule communauté francophone de moniales dominicaines en Amérique du Nord depuis près d’un siècle. L’aventure des religieuses avait défrayé les manchettes il y a quelques années, car elles avaient été contraintes de vendre leur monastère et de quitter en 2012, faute de moyen financier. Mme Sigouin, avec son film qui contribue à préserver la mémoire et la riche histoire derrière cette congrégation et ces bâtiments, nous raconte d’abord le récit de femmes d’exception, ricaneuses et enjouées – des êtres humains qui ont, comme chacun d’entre nous, un passé singulier.

Louise Sigouin, auteure et documentariste.

Une vocation en voie de perdition

Selon l’association Conférence Religieuse Canadienne (CRC), qui regroupe les leaders de 240 congrégations de religieuses et de religieux présentes sur le territoire Canadien, il y en avait 13 126 en 2017, dont 7 256 seulement au Québec : en somme, le fleurdelisé représente 70 % du marché. La répartition par groupe d’âge est aussi très révélatrice : 50 % ont plus de 80 ans, 44 % ont entre 60 et 80 ans et 5 % seulement ont entre 40 et 60 ans.

Vous ne serez guère surpris d’apprendre que dans ce contexte, seulement 1 % ont moins de 40 ans et que seulement 120 personnes sont en formation initiale sur tout le groupe recensé – on peut donc conclure que la pérennité de tout le mouvement est nettement menacée.

S’accrocher et préserver

En ces temps où la laïcité est reine de notre contrée, et où « religiosité » soulève la méfiance et a la capacité de créer des tollés, ce documentaire nous ramène sans culpabilité à une source, une source que plusieurs appelleront la « nôtre ». Louise Sigouin est profondément préoccupée par le désir de conserver, voire de laisser des traces de ce qui a été, afin de toujours se rappeler. C’est dans cet esprit qu’elle a, dans son film documentaire intitulé Amoureuses , exploré un sujet qui en toile de fond nous rejoint tous : notre relation avec le temps et les rites de passage, eux aussi, tout comme le mouvement religieux, en voie de perdition.

Cette œuvre prouve hors de tout doute que nous avons tous encore, cette fascination, voire ce besoin viscéral de se rattacher à quelque chose de sacré dans ce bas monde, trop souvent rempli de « superficialités ».
Amoureuses , est un documentaire de Louise Sigouin présentement à l’affiche dans certaines salles au Québec.

youtu.be/e0EhZyhNYA0

www.kfilmsamerique.com/fiches/amoureuses.shtml

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