Next

Par Stephane Desjardins

Futur imparfait

Il est surprenant qu’un film de science-fiction avec de grosses pointures hollywoodiennes comme têtes d’affiche fasse si peu de bruit. D’autant que Next, de Lee Tamahori, est inspiré d’une nouvelle, The Golden man, du maître du genre, Philip K. Dick. Rappelons que le cinéma doit plusieurs de ses succès à M. Dick, dont Blade Runner, que je considère un chef-d’œuvre du septième art, ainsi que Total Recall et Minority Report.

Dans ce nouvel opus dickien, Nicolas Cage incarne (avec peu de convictions) une personne hors de l’ordinaire, Chris Johnson. Cet homme un peu désabusé et franchement affecté par sa condition, possède un pouvoir «naturel» assez extraordinaire: il peut prédire l’avenir. Mais pas plus de deux minutes et demie. Et seulement si cet avenir le concerne personnellement.

Blessé durant l’enfance par d’obscures expériences psychologiques, Johnson a choisi de vivre incognito et joue profil bas.Il gagne sa vie en offrant un spectacle de prestidigitateur minable à Las Vegas, et arrondit ses fins de mois en jouant dans les casinos et en volant des voitures. Ses dons lui permettent d’échapper aux équipes de surveillance des salons de jeu et aux policiers à sa poursuite.

Il y a quelque chose qui cloche avec ce personnage. Il me semble que si j’avais un tel don, à son âge, j’en serais rendu au niveau de Bill Gates, mais bon…

La seule exception à ce don concerne une jeune femme qui, on le devine, sera le grand amour de M. Johnson. Il «voit» sa première rencontre des années à l’avance et parvient à prédire l’avenir de cette jeune femme. Ce rôle de potiche a échu à Jessica Biel, dont la beauté (à défaut d’un jeu convaincant), il faut l’avouer, coupe le souffle.

Mais Johnson est aux prises avec un sérieux problème: il est poursuivi par le FBI et un agent d’élite (Julianne Moore), qui cherche à désamorcer une crise sérieuse. Car des terroristes menacent de faire sauter à tout moment une bombe nucléaire dans la région de Los Angeles. Vous l’avez deviné, l’agente a appris les «dons» de Johnson par hasard et entend s’en servir pour mettre le grappin sur les terroristes avant que la bombe ne fasse des millions de victimes. Elle aura pourtant fort à faire pour con­vaincre Johnson à coopérer.

Le film joue donc sur les capacités du personnage principal à deviner ce qui va se produire dans le futur immédiat, multipliant les ellipses et les prospectives. Ce qui donne un certain rythme hachuré au récit. Ce qui n’est pas désagréable, car cela soutient une intrigue plutôt mince.

Certaines scènes sont intéressantes, comme celle où Johnson convainc sa belle de son don plutôt surnaturel. Le réalisateur en profite pour multiplier les clins d’œil aux films qu’on devine ses préférés. Dont Dr Strangelove, de Stanley Kubrick. On apprécie également ce caméo de Peter Falk, qui ne rebute pas faire ce genre de personnage plutôt sympa.

Mais plusieurs aspects du film irritent. Comme cette finale qui laisse le spectateur sur sa faim. On comprend les intentions du réalisateur, mais on se sent laissé en plan. Un one liner plus fort aurait fait le travail. Peut-être une scène humoristique.

D’autre part, certains plans donnent dans le ridicule. Comme lorsque la belle demande aux terroristes: «Qui êtes-vous?» pendant qu’ils la kidnappent. Ben voyons… Et tous ces terroristes ont des gueules d’arabe ou des accents étrangers (du genre russe). Les préjugés ont la vie dure chez nos voisins du sud.

Le plus rigolo: deux méchants qui s’expriment parfaitement en français, avec l’accent de l’Hexagone. Comme si Hollywood prenait sa revanche sur les positions de Chirac sur la guerre du Golfe.

Bref, il faut prendre cela pour ce que c’est: un bon moment à passer au cinéma après une journée chiante au bureau…

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