Noël jaune

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Noël jaune

Chronique d’un X par Jean-Claude Tremblay

jctremblayinc@gmail.com

 

Oui, on est rendu là – la mi-décembre. Le culminant jour J n’est qu’a une dizaine de jours d’ici, j’en reviens juste pas. Il me semble que l’on est passé de l’été à l’hiver, d’un coup sec. Exit l’Halloween, bienvenue aux lutins-surprises. D’ailleurs, parenthèse, suis-je le seul à ne pas avoir reçu le mémo ? Depuis quand les lutins sortent-ils de leurs tanières en novembre ?! Message d’intérêt public à tous les parents concernés : faudrait pas ambitionner sur le bon pain ! (À moins que ce ne soit le bon vin…). Enfin, « Dehors novembre », chantait Dédé, bienvenue décembre qui bat son plein, avec ses lutins coquins et la frénésie du quotidien !

L’an dernier à pareille date, je publiais un texte qui touchait la surconsommation – faut croire que je suis constant. Mais cette année il y a quelque chose de différent, tout va trop vite, et bien que l’hiver soit arrivé depuis six mois, je ne le sens pas trop, le temps des fêtes. Pourtant ce n’est pas faute des magasins et des publicités d’avoir redoublé d’efforts pour constamment nous le rappeler. Il y a définitivement un lien tordu entre le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, et cette période dite « festive » où l’on nous incite à surconsommer et à nous endetter.

Et puis il y a l’actualité, particulièrement ce mouvement des « gilets jaunes » qui m’a fortement interpellé. Au fond, il touche la planète en entier, car ce qui est dénoncé, c’est l’incapacité de joindre les deux bouts et d’y arriver. Ledit mouvement fait jaser, et est appuyé par une vaste majorité de Français, 77 %, selon la firme de sondage Odoxa.

Casser ses casseurs que je ne saurais voir !

Il est triste que d’une cause et d’un mouvement si justifié, émane plusieurs atrocités qui font ombrage à sa légitimité. Des policiers, pères et mères de famille attaqués à l’acide et à l’ammoniaque par des manifestants, c’est dur à avaler. « Des cas d’exceptions », ont dit certains « gilets jaunes » qui semi-cautionnent certains gestes répréhensibles. Et les pavés jetés en pleine gueule ? « Inévitable », ont dit d’autres. L’Arc de Triomphe initié en 1806, sauvagement vandalisé ? « Agent provocateur du gouvernement », disent les conspirationnistes. C’est Napoléon, le commanditaire original de l’Arc, qui doit se retourner dans sa tombe.

Il est clair que ces actes barbares ne sont pas l’œuvre de représentants types des « gilets jaunes », des travailleurs d’une classe moyenne étouffée et exténuée, mais en revanche, ils doivent tous, clairement condamner ces gestes, sans détour.

J’y pense… ça ne vous rappelle pas certaines manifs étudiantes bien de chez nous, où la casse était parfois reine, et où de nombreux porte-parole refusaient systématiquement de condamner la violence ? Ça n’a pas empêché plusieurs instigateurs d’occuper d’importantes fonctions dans la société par la suite … « Je me souviens »… quelle risée.      

La beauté et le danger de la révolution citoyenne

Un mouvement solidaire multi-idéologique et organique sans représentant élu ou officiel, né des réseaux sociaux, court-circuitant les médias traditionnels…. C’est spontané et rafraîchissant. Mais c’est tout sauf simple, surtout dans un état de droit, qui disons-le, ne sais absolument pas par quel bout prendre ça ! J’ai lu qu’une des revendications était de « légiférer sans passer par le Parlement »… et c’est là où sa se complexifie. Ce que l’on sait, c’est que l’équilibre est brisé entre justice sociale et ordre public… et ça ne concerne pas que les Français– c’est juste que le peuple québécois est pas mal plus (trop !) tolérant.

Ce qui est parti de la contestation d’une hausse de carburant est devenu un mouvement fourre-tout déchirant, mais sur le fond, c’est une action qui nous touche tous, car il dénonce l’abus de pouvoir, le déséquilibre fiscal et la mauvaise gestion. « Donnez-moi la sérénité de changer les choses que je peux », disait le théologien Niebuhr. « Aide-toi et le ciel t’aidera », disait Jean de La Fontaine. J’y ajouterais mon propre proverbe : « Entre pauvreté et 60 pouces d’écran télé, tu as une responsabilité ». À quelques semaines d’une période festive ou l’amour devrait être le cœur des chaumières, je souhaite à tout le monde une prise de conscience, entrelacé d’importants moments de gratitude et de sobriété commerciale.

Au final, nous avons beaucoup à apprendre de cette mobilité citoyenne, assoiffée de justice sociale. La talentueuse Lynda Lemay disait avec amour des Français qu’ils « font des manifs au quart d’heure », mais dans ce cas-ci, c’est un mouvement lourd – un qui cache de multiples maux, éparpillés sous un long manteau de précieuses leçons – vivement le dialogue et l’évolution.

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