Virage budgétaire : un écosystème sous pression à Saint-Sauveur
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
La réduction du financement accordé par la Ville de Saint-Sauveur à plusieurs organismes phares force une remise en question rapide de l’offre culturelle, patrimoniale et événementielle locale.
L’adoption du budget municipal 2026 entraîne une série de compressions qui touchent directement trois piliers de la vie collective à Saint-Sauveur: la Chambre de commerce, le Musée du ski et le Festival des arts. Si aucun ne parle de fermeture immédiate, tous reconnaissent que les montants annoncés modifient profondément leur capacité d’action à court terme.
Les chiffres, désormais connus, donnent la mesure du choc. La Chambre de commerce voit son financement amputé d’environ 50 %, passant de 428 400 $ à 200 000 $. Le Musée du ski affirme ne recevoir que 15 % de l’aide municipale qu’il obtenait auparavant. En 2025, le Musée avait reçu 75 000 $, alors que pour 2026, la subvention sera de 10 000 $. Quant au Festival des arts, sa subvention passe d’environ 73 500 $ à 36 700 $, soit une réduction de moitié.
Tous disent vouloir s’adapter. Tous préviennent aussi que les conséquences concrètes se préciseront dans les prochaines semaines.

Chambre de commerce: moins de moyens, mêmes attentes

À la Chambre de commerce de Saint-Sauveur, la coupure impose une réflexion urgente. Son président, David Dufour, rappelle que plusieurs événements majeurs du calendrier local sont portés par l’organisme, même s’ils sont souvent perçus comme municipaux.
« Beaucoup de gens pensent que c’est la Ville qui organise le défilé de Noël ou l’Halloween, mais ce sont des événements de la Chambre de commerce », souligne-t-il.

Avec une réduction de financement d’environ 50 %, la capacité à maintenir ces activités est désormais incertaine. « On va devoir prendre des décisions difficiles. Organiser une parade de Noël, c’est plus de 150 bénévoles et une énorme organisation », explique Dufour, qui insiste toutefois sur la volonté de préserver l’essence du village.
La Chambre dit analyser ses priorités, consciente que son rôle dépasse l’animation ponctuelle. « Ce qu’on protège, c’est un écosystème. Des commerçants dynamiques, une ambiance festive, une qualité de vie qui attire les gens ici », résume-t-il.
Musée du ski: survivre avec 15 %
Pour le Musée du ski, la réduction est encore plus brutale. Son président, Mark Brennan, affirme que l’aide municipale représentera désormais environ 15 % de ce qu’elle était auparavant. « Ça nous affecte énormément. Il va y avoir des changements assez importants », dit-il sans détour.
Le musée, relocalisé et rénové récemment grâce à des subventions dédiées à l’aménagement intérieur, se retrouve avec peu de marge de manœuvre. Brennan rappelle que le financement d’un musée patrimonial repose difficilement sur les dons. « Ce n’est pas un hôpital, ce n’est pas la recherche sur le cancer. Les levées de fonds, ce n’est pas évident », explique-t-il.
La question de la gratuité d’entrée, testée durant le temps des Fêtes, demeure ouverte. « Quand c’était gratuit, l’achalandage était beaucoup plus élevé. Mais si on charge, on perd du monde. On est un peu coincés. »
Toute hypothèse de déménagement est rejetée. « On est au cœur du village. C’est là que ça a du sens, pour les citoyens comme pour les visiteurs. »
Festival des arts: un levier fragilisé
Au Festival des arts de Saint-Sauveur, la coupure marque un précédent historique. Son directeur général, Étienne Lavigne, rappelle que l’organisme n’avait jamais subi de réduction de cette ampleur en 35 ans. « On est passé de 73 500 $ à 36 700 $. C’est une coupure de moitié », affirme-t-il, en précisant que le montant accordé est inférieur à celui reçu en 2003, sans tenir compte de l’inflation.
Selon lui, la subvention municipale agit comme un levier financier. « Enlever 40 000 $, ce n’est pas juste enlever 40 000 $. C’est fragiliser notre capacité d’aller chercher des fonds ailleurs. »
Une étude récente chiffre à environ 2 millions de dollars les retombées économiques du festival dans la région. Lavigne rappelle aussi que les événements gratuits soutenus par la Ville représentent souvent plus de 120 000 $ en dépenses par activité. « Ce sont malheureusement ces événements gratuits qui risquent d’être les premiers touchés », dit-il, alors que le budget 2026 devra être revu par le conseil d’administration.
Une adaptation collective, sous surveillance citoyenne
Malgré les inquiétudes, aucun organisme ne parle de se retirer. Tous affirment vouloir rester dans l’action, réévaluer leurs capacités et maintenir le dialogue avec la Ville et les partenaires régionaux.
Mais au-delà des ajustements internes, ces compressions posent une question plus large: quel rôle Saint-Sauveur souhaite-t-elle accorder à la culture, au patrimoine et à l’animation de son centre-ville?
Les prochaines semaines permettront de mesurer les impacts réels de ces choix budgétaires. Une chose est déjà claire: derrière les chiffres, ce sont des services, des événements et des espaces de culture qui pourraient disparaître ou se transformer. Et cette fois, les décisions ne toucheront pas seulement les organismes, mais l’ensemble de la communauté.