Ocean’s Thirteen

Par Stephane Desjardins

La «coolitude»

Steven Soderbergh propose un troisième volet à la franchise Danny Ocean qui, rappelons-le, est inspirée d’un film de 1960 de Lewis Milestone, tourné également à Las Vegas, avec le célèbre Rat Pak (Frank Sinatra, Dean martin, Sammy Davis Jr) comme tête d’affiche.

La série contemporaine est, comme toujours, le symbole de la branchitude accomplie, avec son iconographie tirée des années 60, son langage, l’attitude décontractée, la musique, l’humour et une façon insouciante de voir la vie qui rend toute cette entreprise éminemment sympathique.

Comme le veut désormais la «tradition», le film rassemble toute la bande de vedettes qu’avait recrutée George Clooney pour le premier opus. Et ceux-ci jouent apparemment avec autant de plaisir que lors des deux films précédents. De ce jeu naturel, magnifié par une mise en scène qui montre les comédiens d’une façon si décontractée qu’on les dirait en vacances. On rit presque de voir ces voleurs sophistiqués monter et faire leur coup avec la détermination d’entrepreneurs branchés de la nouvelle économie, comme s’ils géraient une firme de capital de risque. Ils ont même une «stratégie de sortie»!
À chaque film s’ajoute une vedette (même si Julia Roberts n’est pas de la fête cette fois). Ce sera Al Pacino, qui joue le méchant Willy Bank, mais sans la flamboyance habituelle. Une retenue qui, somme toute, lui sied bien.

Dès les premières minutes, le ton est donné: musique pop très funk, néons et couleurs plastiques. Nous sommes à Vegas et le clinquant est au rendez-vous. Un Las Vegas hypertrophié comparé à celui de l’époque de Sinatra (les personnages soulignent d’ailleurs ce fait dans le film), où le dernier casino en date, érigé par un bonze du jeu à l’ambition démesurée (Bank), ouvre ses portes dans le faste et la démesure.

Mais ce projet ne s’est pas fait sans heurts. Pour obtenir un emplacement stratégique, le promoteur a roulé dans la farine un des membres de la bande, Ruben (Elliott Gould), ce qui a valu à ce dernier une crise cardiaque qui a failli l’achever. Ocean et ses acolytes vont alors orchestrer la revanche. Le projet : faire perdre son casino à Bank. Mais la maison de jeu est protégée par un système informatique dernier cri… qui ressemble à celui d’Alerte dans l’espace, la fameuse série britannique des années 60 où les extra-terrestres attaquaient la Terre.

Ocean imaginera un plan incroyable, faisant appel à tous les trucs du métier et plus encore. Il simulera un tremblement de terre!Mais, on s’en doute, la bande frappera toutes sortes d’obstacles en chemin. Et devra demander l’aide de son pire ennemi, Terry Benedict (Andy Garcia), le rival de Bank.

Le film, un peu long, se déguste tout de même avec bonheur.Le ton, l’humour, les prises de vues, le montage: la maîtrise du langage cinématographique de Soderbergh n’est plus à démontrer.Las Vegas y est encore une fois filmée avec amour: la capitale du vice a déclassé New York comme destination branchée. Et les clins d’œil au passé ou à d’autres films se multiplient à notre grand plaisir. Certains m’ont réellement fait sourire. Comme cette reprise de la musique de Debussy (faut le faire!), cette fois reprise par Tomita, une icône de la musique électronique du début des années 70. Et ces allusions constantes à Sinatra. Comme quoi l’Amérique sait célébrer sa propre culture.

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