Odette Toulemonde 

Par Stephane Desjardins

plaisir du vin

Le choc culturel entre les élites et le petit peuple (notez le paternalisme qui se cache derrière cette expression). De nombreux romans et films s’attardent à ces différences qui se transforment souvent en abyme, lorsque deux personnes, issues d’une classe différente, vivent désormais ensemble par la force des choses. Et cela se complique beaucoup lorsque la relation est amoureuse.

Je me souviens de l’admirable film La Dentellière de Claude Goretta, d’après un roman tout aussi savoureux mais bref de Pascal lainé. Qui traitait exactement du même sujet que cette Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt: un intellectuel tombe amoureux d’une femme simple, occupant un emploi peu valorisant et qui ne fait même pas partie de la classe moyenne. Dans La Dentellière, un véritable gouffre séparait l’univers du jeune homme et celui de la jeune fille.

Dans «Odette Toulemonde», notre intellectuel est un auteur de romans à succès dits «populaires». Il est riche, habite un grand appartement au décor branché dans Paris intra-muros, chauffe de grosses bagnoles, «a une conjointe qui coûte cher» (pour reprendre l’expression favorite de mon cousin Yves, qui est très peu orthodoxe sur le plan de la rectitude politique), et connaît la gloire associée à tout ce qui est glamour dans le merveilleux monde culturel.

Odette, quand à elle est vendeuse au rayon des cosmétiques d’un grand magasin, et plumassière le soir, pour boucler ses fins de mois. Plumassière? Elle confectionne les frou-frou des «vêtements» de scène des filles des revues du Crazy Horse et autres boites de nuit parisiennes. Et elle habite Charleroi, une sorte de Drummondville belge (pardon pour les gens de Charleroi). Elle habite un petit appartement à la déco quétaine, squatté par ses deux enfants et le chum fainéant de sa fille.

Bref, l’un vit une sorte de conte de fées. L’autre survit dans une existence minable. Et pourtant.

Notre auteur, Balthasar Balsan (Albert Dupontel) est malheureux comme les pierres. Il fait face au vide : incapable d’écrire une seule page, son dernier roman est descendu en flammes par la critique, sa femme le trompe avec un rival, les queues se font moins longues aux séances de signatures.

Le hasard placera Odette Toulemonde sur son chemin. À une séance de signature où elle se confond, aux yeux de Balsan, dans la masse des gens, elle lui remet une lettre dans laquelle elle lui confie son admiration pour son œuvre et, surtout, qu’elle lui a sauvée la vie. Car la littérature a ceci de particulier : qu’il s’agisse d’un roman de gare ou de la brique intellectuelle de mille pages, si ça convient à vos attentes, vous décollez dans un univers souvent loin de votre quotidien.

Et c’est exactement ce que le cinéaste (qui est un écrivain connu, soit dit en passant) propose : lorsqu’Odette lit, elle plane. Littéralement.

Le cinéaste multiplie d’ailleurs ces séances de haute voltige, ainsi que toutes sortes d’effets spéciaux délibérément bas de gamme, pour mieux souligner l’état d’esprit de ses personnages. Tout comme Jaco van Dormael l’avait fait dans Le Huitième jour, avec les tournesols qui dansent au rythme de la musique de Luis Mariano.

Dans Odette Toulemonde, Odette craque plutôt pour Joséphine Baker. Et c’est cette fraîcheur qui transformera la vie de Balsan. Et qui fait, surtout, le succès de cette comédie. Impossible de ne pas sortir de ce film-là sans sourire. C’est le propre de tout feel good movie : on se sent bien, on a plané, on a ri, on a vu des étoiles.

D’autant plus que le jeu de Catherine Frot est exceptionnel. Ainsi que celui des second rôles (notamment le fils d’Odette, interprété par Fabrice Murgia). Je suis moins en­thou­siasmé par celui de Dupontel, qui fait trop appuyé par moments. On a de la difficulté à croire au personnage.

Mais cela est secondaire dans la balance des pour et des contre. Profitez donc de la saison des films intelligents, qui ne s’étendra pas encore trop longtemps. Le blockbusters épais et les comédies sentimentales sucrées des Américains s’en viennent pour le temps des Fêtes.

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