(Photo : Courtoisie)
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Avec des yeux d’enfant

Par Frédérique David

Il m’arrive parfois de ne plus trouver les mots, de ne plus trouver l’énergie créatrice, ni la ferveur, ni la volonté de faire réfléchir. Il m’arrive de lire les nouvelles et de me dire « à quoi bon? ». Il m’arrive de regarder les étoiles et de souhaiter rester des heures à m’y perdre, pour ne plus réfléchir, ne plus me laisser atteindre par cet état des lieux en route vers sa perdition. M’accrocher à ce qu’il reste de beau, à ce qui fait briller les yeux des enfants. Retrouver cette insouciance. Cette belle insouciance qui ne fait voir que le beau.

Le centre d’achat

Samedi dernier, j’ai été témoin d’une file INTERMINABLE de parents avec leurs enfants devant le kiosque du père Noël dans un centre d’achat. Des bébés, des poussettes, des accoutrements grotesques, des pleurs, de l’impatience, des pique niques improvisés à même le plancher du centre d’achat pour passer le temps. J’ai eu envie de pleurer, de crier à tous ces parents de cesser de faire subir cette interminable attente à leurs enfants, d’aller jouer dehors dans la neige. J’imaginais des enfants raconter à leur enseignante le lundi (si celle-ci n’est pas en grève) qu’ils ont passé leur samedi à avoir trop chaud et à s’ennuyer pendant des heures dans leurs habits inconfortables pour une simple photo. Mais après tout, peut-être qu’ils n’ont retenu de tout ça que l’instant magique où ils ont pu parler au père Noël, le toucher même, faire partie quelques secondes de son monde féerique. Peut-être que de le regarder dans les yeux, lui, le fabricant de rêves et le faiseur de possibles, ça a illuminé leurs yeux à eux. Peut-être que ces heures à attendre ont permis de fabriquer un souvenir inoubliable blotti à jamais dans leur mémoire.

La classe spéciale

Un de mes proches enseigne cette année dans une classe spéciale avec des élèves qui ont une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Comme tous ceux qui enseignent, il réalise à quel point il n’y a plus de budget pour les élèves. Dans la petite cour clôturée de ses élèves, il n’y a rien d’autre qu’un bac à sable en plastique… sans sable! On attend des subventions pour l’aménager! Heureusement, il se vit régulièrement de petits miracles dans les écoles, dont personne n’entend jamais parler. Des initiatives citoyennes qui redonnent espoir en l’humanité et produisent des étincelles dans les yeux des petits. Le conjoint de la secrétaire de l’école entendait chaque jour cette dernière lui parler des élèves de la classe spéciale, des progrès de l’un, des victoires de l’autre, de leurs beaux sourires qui font sa journée. Immanquablement, il s’est attaché à chacun d’eux, sans même les connaitre. Pour Noël, il voulait leur offrir un petit moment de bonheur alors il leur a payé la visite d’une compagnie qui offre des ateliers de sciences en classe. Comme ça, de sa poche, parce qu’il se trouve chanceux de ne pas avoir des enfants avec des besoins particuliers. Il ne verra même pas les lumières dans leurs yeux… mais il pourra les imaginer. Elles seront là, c’est sûr! Moi j’en ai pleuré.

La bibliothèque

Je ne sais pas ce que les enfants pensent de toutes ces grèves. Certains doivent être contents de rester à la maison. C’est un peu comme un congé. D’autres sont peut-être conscients de leur nécessité, mais j’en doute. J’en doute parce que les enseignantes ont cette formidable capacité de se montrer toujours souriantes, toujours positives, toujours enthousiastes, même quand elles sont au bout du rouleau, exténuées, découragées. Le « pétage de coche » du comédien Michel Charette dans l’émission « Le bonheur », ça n’arrive que dans la tête des enseignantes, jamais en vrai! Mais elles en voient régulièrement dans leurs classes, par contre, des élèves qui lancent des chaises, frappent, crient. Et quand cela devient trop dangereux pour les autres, avant que les ciseaux ne se mettent à voler dans la classe, l’enseignante évacue le local avec tout son groupe, rapidement mais calmement. Elle ne montre jamais un signe de détresse, un signe de panique, même si son cœur bat la chamade en dedans. Elle s’arrange pour que ses élèves ne subissent rien de cette violence. Alors elle se réfugie avec eux à la bibliothèque, pendant qu’un technicien en éducation spécialisé s’occupe du coco qui est en train de virer la classe à l’envers. Elle s’assoit par terre, tout contre ses élèves, et leur lit « Devine combien je t’aime ». « Moi je t’aime jusqu’à la lune et retour », dit grand lièvre à petit lièvre. Alors elle ferme le livre et voit briller mille étoiles dans les petits yeux qui l’entourent.

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