| Par Production Accès

Ce fossé toujours plus profond

L’annonce du gouvernement Legault d’accorder un crédit de 500 $ à chaque Québécois qui gagne jusqu’à 100 000 $ par année est arrivée de façon aussi inattendue que discutable. Comment ne pas y voir une décision électoraliste? Parce qu’on va se le dire, 1 000 $ dans les poches d’un couple qui gagne 180 000 $ par année n’ont pas le même impact que 500 $ dans le budget d’une mère monoparentale qui peine à joindre les deux bouts avec sa job au salaire minimum.

Il y a comme une forme d’indécence à offrir un paiement sur la Lexus LC d’un citoyen bien nanti et l’essence à une mère pour qu’elle puisse continuer d’aller chercher ses enfants à la garderie qui se trouve à 40 km de chez elle parce que c’est tout ce qu’elle a réussi à trouver. Il y a comme un malaise à donner la même somme d’argent à ceux pour qui l’inflation se traduira peut-être par un voyage de moins aux îles Turquoises qu’à ceux qui devront faire appel à une banque alimentaire pour nourrir leur famille.

Le malaise est d’autant plus grand que la réalité sur le terrain est dramatique. Les banques alimentaires ont subi une hausse de 50 à 60 % du nombre d’usagers depuis le début de la pandémie. Étranglées par l’inflation, elles craignent même de ne plus pouvoir répondre à la demande. Quant aux milliardaires, ils ont gagné plus d’argent pendant la pandémie que lors des dix dernières années. Et pendant que les Musk, Bezos et Gates de ce monde ont vu leur revenu doubler, les inégalités contribuent à la mort d’au moins 21 000 personnes par jour selon Oxfam, en raison du manque de soins, de la violence liée au genre, de la faim et de la crise climatique. Le Québec n’échappe malheureusement pas à cette dure réalité. Au moins 21 femmes ont été assassinées par des hommes en 2021 au Québec et les maisons d’hébergement vivent une hausse record des demandes.

Dans une société démocratique, gérer adéquatement l’argent des contribuables, c’est tenir compte de cette terrible réalité et faire en sorte que le fossé entre les riches et les pauvres cesse de se creuser. D’autant plus que le portrait général des inégalités économiques au cours des quatre dernières décennies a révélé que le Québec enregistrait les plus grands écarts de richesse du Canada. Les plus riches du Québec ont vu leur patrimoine accumulé doubler en 20 ans pendant que la population la plus pauvre s’est appauvrie.

Si nos politiciens préfèrent se voiler la face pour gagner des votes, il serait temps que les mieux nantis fassent leur juste part pour réduire ces terribles inégalités, en commençant par donner ce montant de 500 $ aux organismes communautaires de leur région. Dans les Laurentides, la situation est d’autant plus grave que la crise du logement a atteint un point dramatique, voire honteux! Louer un 3 ½ à 1500 $ par mois n’a plus aucun sens! Et la pénurie est telle que les chambres des motels de la région se sont transformées en logements temporaires pour des familles qui s’y entassent en attendant de trouver mieux. Et pendant que certains font de la surenchère sur les chalets dans les Laurentides pour voir des chevreuils passer devant leur fenêtre en mode télétravail, des mères monoparentales en arrachent pour payer leur logement mal isolé et sans fenêtres. À ce sujet, j’ai une question pour ceux qui ont transformé leurs sous-sols en chambres à louer à 600 $ chacune par mois : vous dormez vraiment bien le soir en sachant que vous payez votre hypothèque sur le dos de pauvres gens qui doivent faire appel aux banques alimentaires pour subvenir à leurs besoins de base?

L’ampleur des inégalités dont nous sommes aujourd’hui témoins ne peut nous laisser indifférents. Encore faut-il s’éloigner de ces convictions encore très présentes que le succès ou l’échec sont fondés sur le mérite et les efforts individuels. Il serait temps de sortir de notre individualisme, de notre confort et de notre indifférence et de percevoir l’importance de la coopération sociale. Comme le rappelle très justement l’économiste Thomas Piketty, l’inégalité détruit la démocratie. Puisse l’entraide agir sur les causes systémiques de ces inégalités. Puissent nos actions agir sur les décisions de nos politiciens et réduire ces injustices.

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