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Chronique triste et sans pitié, suite

Par Éric-Olivier Dallard

«Le silence inquiétant

De ces espaces infinis

M’effraie.»
– Pascal

Les critiques seront dithyrambiques, je vous l’annonce. Répétez-le: vous aurez l’air intelligent d’ici quelques semaines, quand tout le monde bêlera le même hymne.

Le film À l’Ouest de Pluton présente l’univers d’adolescents actuels, évoluant dans une banlieue actuelle, comme il y en a partout. De ce thème galvaudé par trop d’inepties cinématographiques – l’adolescence – le réalisateur tire un truc plutôt «nouvelle vague», Godard en moins, un truc plutôt bien foutu, qui rappelle de loin Elephant du formidable Gus Van Sant (mais c’est sûr que vous le détestez), et qui rappelle de près les plus populaires Thirteen et Kids (tiens!, eux vous les avez vus, et sans doute même que vous avez «adorrrré»).

Si l’on oublie la forme et que l’on est attentif au propos d’À l’Ouest de Pluton, ce qui frappe le plus est son absence. S’il y a bel et bien une proposition artistique de la part des concepteurs et réalisateurs du film, le vide de ce monde adolescent sur lequel ils braquent leur lentille est exposé dans toute sa crudité.

Je vous le rappelle tout de suite: je n’ai jamais été l’un de ces réactionnaires anti-jeunes post-soixante-huitards qui pullulent dans les salles de rédaction; j’ai défendu la jeunesse dans cette colonne même, et pas plus tard que l’an dernier, lorsque le grand Jacques Godbout en avait fait de bouillie dans les pages de L’Actualité. Dans cette chronique-là, souvenez-vous, j’avais allègrement démoli ma génération, la X, qui ne laissera rien, et pas même une croix sur un bulletin de vote, c’est dire! J’avais démoli ma génération… tout en encensant la suivante – celle qui est aujourd’hui dans la vingtaine – , à laquelle je reconnais d’indéniables qualités, qui est l’une de ces générations qui devra se montrer exceptionnelle compte tenu des défis que lui proposera le monde, et qui le sera en effet.

Là, avec À l’Ouest de Pluton, on est au cœur de la génération qui a 15 ans aujourd’hui… et on est en fait en pleine vacuité intellectuelle, au cœur d’un monde où les onomatopées les plus convenues (tsé genre) succèdent aux idées plus convenues encore (on est des zombies, man, on nous dicte quoi penser).

Ces jeunes n’ont crissement rien à dire,. Ils n’ont crissement rien à dire… et aucun mot même pour dire ce «rien».

C’est pathétique, c’est sidérant c’est à en donner le vertige, ce même vertige qu’inspirait au philosophe Pascal le vide intersidéral.

C’est ça, ce qui est dans la tête de nos ados?! Plusieurs professeurs avec lesquels j’en ai discuté semblent confirmé: ce film est juste.

Non, ces jeunes n’ont rien à dire… et aucun mot même pour dire ce «rien».
À L’Ouest de Pluton? «Le silence inquiétant / De ces espaces infinis / M’effraie.»

Ce qui est triste? C’est que le monde risque d’échapper à toute une génération sans mots, ce monde qui appartient d’abord à ceux qui savent le nommer.

Triste humanité adolescente, encore enfant. Toujours enfant.

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