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La grosse clâsse.

Par Josée Pilotte

-J’ai de la misère avec la misère, du moins avec celle qui est décrite depuis une semaine par les médias. De la misère? De l’étonnement plutôt. J’entends et je lis que la classe moyenne n’est pas capable de boucler ses fins de mois sans se priver de l’essentiel, même sur la table de cuisine. J’ai du mal à penser que l’on doive se priver de fruits et de légumes, faute de «blé».

J’ai vraiment de la difficulté à concevoir que la «classe moyenne», avec un revenu allant de 40 000$ à 90 000$, souffre de ne pas pouvoir suivre le Guide alimentaire canadien.
(On s’entend je ne parle pas ici des familles les plus démunies, pour qui la vie en 2008, cette époque où nous sommes perpétuellements sollicités pas la Consommation, puissent être dans une situation intenable financièrement et moralement). Je me souviens de mon enfance. Élevée par une ma-man monoparentale à faible revenu dans le quartier Chomedey de Laval. Je me souviens de ma tanière de béton, un 4 1/2 avec balcon et vue imprenable sur la 70e Avenue. Me souviens aussi de ma mère, de son portefeuille orange et de ses millions d’enveloppes vides (une pour la semaine courante, une pour l’épicerie, l’autre pour les comptes, les imprévus et les petits extras…) qu’elle remplissait d’argent chaque jeudi et qu’elle rangeait dans sa cachette secrète, son premier tiroir de bureau.

Je me souviens qu’à cette époque je vivais sur la plus belle rue du monde avec de gros arbres. Souvenir de ma mère le samedi matin à concocter sa fameuse sauce à spag’. Souvenir aussi de la voir se badigeonner d’huile «coppertone» pour prendre son bain de soleil hebdomadaire…. dans le terrain de stationnement qui nous servait de cour. Je me souviens surtout de n’avoir manqué de rien. Rien pantoute. Le terrain de stationnement était un formidale terrain de jeu, la haie qui le bordait une forêt, notre 4 1/2 un château. Le fameux royaume de ma mère.

Avait-elle un don? Ma mère était-elle une sainte? (pour une femme monoparentale des années 60, vous pouvez bien imaginer que le mot «sainte» n’était pas le premier qualificatif qui venait aux gens à son sujet!). Son secret était plutôt dans l’enveloppe, qui ne contenait rien d’autre que des 1 piastre, des 2 piastres, des 5 piastres, des 20 piastres, parfois des 50 bien roses… tous en papier et… non en plastique. Ma mère n’a jamais eu de carte de crédit, n’a donc jamais dépensé l’argent qu’elle n’avait pas.

Elle a eu un don certain, mais sans doute un certain don aussi pour que je ne définisse pas ma valeur dans le regard des autres. Elle n’a jamais eu le symdrome du voisin gonflable ou, si elle l’a eu, je n’en ai vu que du feu.

Alors vous comprendrez que que je trouve gonflées les plaintes d’une classe moyenne richement équipée électroniquement, richement véhiculée, richement fringuée, bref richement dépensière, qui dit ne pouvoir mettre des tomates sur sa liste d’épicerie!

On peut-tu se dire les vraies affaires? On est une société – et surtout une génération – de faux parvenus, on fait de l’embonpoint, on est boulimiques des belles images sur papier glacé. On a la bouche grande ouverte, on nous gave et on en redemande encore. EN-CO-RE!

Tsé, ça se peut qu’on ne puisse pas avoir le plasma 42po, le iPhone, le voyage à Cuba, les deux voitures… Ça se peut que qu’on ne puisse pas avoir tout ça…. et une tomate! Au fond on veut toutte-toutte, tout de suite. Normal qu’on se plaigne un peu. Mais. Le bon côté de l’affaire c’est qu’on a encore le choix.

Faque le iPhone ou la tomate?

J’m’ennuie de ma mère…

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