(Photo : Courtoisie)
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Une étoile filante

Par Frédérique David

Ta voix a accompagné bien plus qu’une génération. Elle a fait triper les jeunes, danser les grands-mères aux partys de Noël, veiller les familles autour du feu de camp. Les enfants te chantaient à tue-tête sur l’autoroute des vacances. T’as fait pleurer des foules, réfléchir une société inquiète et rassembler à la Saint-Jean. Ta voix, c’est celle d’un peuple en quête de projets, celle de millions de personnes en mal d’amour et d’enchantement, celle qui fait espérer et grandir le Québec tout entier. C’est celle aussi qui nous a fait rayonner dans toute la francophonie. Ta voix a mis de l’amour dans les vies à une époque où « tout tient avec d’la broche ». Ta voix est ce qui restera de toi pour qu’on continue de s’élever, de s’unir et de s’aimer.

D’une bonté extrême

T’es le gars qu’on aurait voulu comme père, comme frère, comme chum. Le bon Jack rassembleur. Celui aussi qu’on croyait invincible parce que ta grande carrure te reflétait solide comme un rock. « Une force tranquille, le pilier d’une famille, d’un groupe et de milliers de fans », écrivait ta douce Marie-Annick après ton départ. C’est bien la preuve que l’foutu crabe s’en prend même aux meilleurs et aux plus forts. Il t’a ramassé solide, et nous avec. Mais jusqu’au bout t’as tout donné, même ton grand cœur et ta générosité. « Tant qu’on aura de l’amour » aura été ta devise. Ta compagne de tournée et partenaire de vie nous l’a bien dit : « Mon homme, notre grand Karl Tremblay était d’une bonté extrême ». Le Québec l’a senti. Autant de larmes versées pour le départ d’un artiste, c’est pas arrivé depuis Dédé ou bien Gerry. C’est presque gênant de pleurer autant une personne qu’on n’a pas connue personnellement. Presque indécent de te tutoyer comme je le fais présentement. Mais y’a pas de barrière possible entre toi et ta patrie chérie. Pas de distance de mise quand il s’agit de te rendre ce que tu as donné, de te remercier pour ton amour, ton émerveillement et ton humilité. Y’a pas de protocole qui vaille quand on veut se donner un câlin collectif et célébrer le beau et le bon que tu as semé sur ta route.

Notre conscience collective

Et puis même si tu trouvais que « c’était beau les aurores boréales dans l’ciel de Chibougamau », même si tu disais que c’était devant la beauté du monde qu’il fallait s’extasier, tu savais nous secouer aussi face à des causes sensibles comme la protection de l’environnement. Dans les mots que ton grand chum Jean-François Pauzé te faisait chanter, il y avait de l’indignation, un constat moins heureux, des revendications sociales, parce que tu aimais ta patrie et tu aspirais à un meilleur avenir pour nos enfants. Des chansons comme « En berne » ou « L’Amérique qui pleure » ont nourri notre conscience collective, indéniablement. Si certains aimaient le côté festif des Cowboys fringants, d’autres ont apprécié cette poésie plus sombre qui cherchait à nous rappeler « Que derrière les beaux paysages / Y’a tellement d’inégalités / Et de souffrance sur les visages. » L’égoïsme, l’hypocrisie, la médiocrité culturelle et le capitalisme étaient décriés dans vos chansons portées par ta voix. Le véritable hommage qu’on pourrait te rendre aujourd’hui serait peut-être de prendre soin du beau, l’environnement et l’humain en tête. « L’environnement, la pauvreté, ç’pas des sujets prioritaires / On n’entend pas beaucoup parler derrière les portes des ministères », n’as-tu cessé de répéter, scène après scène, sur les routes de vos innombrables tournées au cours des deux dernières décennies.

Nos larmes partagées

T’aurais été fier de nous ces derniers jours, de notre élan collectif, de cette vague d’amour spontanée, de ces rassemblements sur les places publiques et de nos larmes partagées. T’aurais sûrement été le premier étonné de ce NOUS uni pour toi. Certainement gêné aussi. Y’avait même des drapeaux en berne. T’auras réussi ce coup de maître, cette finale grandiose et belle. T’auras réussi à resserrer les liens dans un Québec plus divisé que jamais. T’auras réussi à nous sortir de « notre routine et du bonheur préfabriqué » pour se donner la main et être ensemble. On a vu « de la couleur dans les zones grises » et « du bon dans la froidure de novembre ». Tant de mots chantés qui prenaient une autre résonance alors que ton départ nous a permis « de nous coller plus ensemble. » On va encore faire face au vent d’hiver parce que « La vie s’accroche et renaît / Comme les printemps reviennent / Dans une bouffée d’air frais / Qui apaise les cœurs en peine ».

« Mais au bout du ch’min, dis-moi c’qui va rester »… ton étoile filante.

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