Où sont les bonnes manières?

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Par Thomas Gallenne

La dernière idée que j’ai eue en tête a été de vendre ma feluette-moto-pseudo-sportive, pour une custom bien grasse, avec le projet d’en faire un bobber, une moto allégée de ses accessoires superflus et de ses chromes, ersatz des motos d’après-guerre. Pour réaliser ce projet, je me devais de vendre ma première moto.

 

Direction les annonces classées sur internet. Et bien j’y ai goûté!! Du courriel tweeté en novlangue, sans bonjour ni merde, avec pour seule préoccupation, celle de savoir si le prix était négociable alors que j’avais bien insisté sur le fait qu’aucune négociation ne se ferait par courriel ou téléphone. C’est à croire que le monde virtuel dans lequel nous vivons nous a à ce point désensibilisés du rapport d’autrui et que «l’autre» est devenu un concept. Suis-je à ce point dépassé pour réagir de la sorte? Les codes de savoir-vivre, de bienséance – je n’ose parler d’étiquette – se sont-ils dilués à ce point dans cette bouillie d’individualisme boostée aux nouvelles technologies de l’information, pour perdre de vue ces règles de conduites les plus élémentaires qui tissent le fil ténu qui nous tient ensemble et qui différencie l’humain de l’animal? Je charrie? Pas si sûr! Des exemples, j’en ai à la pelle, il n’y a qu’à penser à nos comportements sur la route, on en aurait pour des heures à raconter nos histoires d’horreur.Bref, finalement, après être passé par tous les stades de découragement envers l’espèce humaine, j’ai été contacté par un acheteur sérieux, par téléphone cette fois. Et avant de négocier le prix, il a souhaité voir la moto et me rencontrer. Car souvent, de voir le propriétaire du bien peut en dire long sur l’usage qu’il en a fait. Ce que ne remplacera jamais un tweet de 140 mots ou un échange par courriel. Et je ne vous parle même pas de la tentative d’hameçonnage dont j’ai été victime. Ce sera pour une prochaine.

 

Me présenter en politique? T’es-tu malade!

Je suis arrivé en retard au dernier conseil de ville de Saint-Sauveur. Quoique le retard était bien relatif puisque je suis arrivé au bon moment pour moi, soit pour la période de questions dans la salle. Comme d’habitude, le maire a eu droit à quelques questions terre-à-terre, à quelques piques, et chose plus rare (j’espère), à un esclandre.

Je me tenais au fond de la salle, une fesse au bout de ma chaise, jetant quelques mots sur mon calepin, quand mon voisin, sourd d’une oreille, m’a tendu le journal qu’il tenait d’une main, avec en Une, la photo de 29 cols bleus de la Ville de Saint-Sauveur. «Avez-vous vu ça, cet article?», me lance-t-il, avec le ton de celui qui détient le scoop qui va faire rouler des têtes. «Oui, oui, c’est moi qui l’ai écrit», lui réponds-je candidement, avec un petit sourire en coin. «Ahhh!!!», de répondre mon voisin, avec un soupçon d’étonnement et d’incrédulité dans la voix, me félicitant finalement pour mon bon travail. Va dire ça à d’autres! me dis-je. S’ensuivront quelques questions insipides portant sur la couleur des fleurs du tapis, ou sur la menace improbable de milieux humides par un projet de développement immobilier au pied du Mont Saint-Sauveur, projet qui n’a même pas encore été déposé à la Ville. L’art d’empapaouter les mouches. Comme dirait les ados: «Get a life!»

 

Quand je suis arrivé dans la région en 2008, on m’avait parlé des conseils municipaux de ma localité comme le «meilleur show en ville». Et à certains égards c’était vrai, à entendre les réponses faites par les élus pendant les périodes de questions, qui dépassaient parfois l’entendement. Finalement, en 2009, je me suis présenté aux élections municipales car j’avais des idéaux et je voulais participer à améliorer le monde autrement que comme gérant d’estrade. Je crois encore aujourd’hui que cela prend du courage et un certain renoncement pour s’engager en politique, quelque soit le niveau. Particulièrement dans cette ère de cynisme ambiant.

 

Je crois aussi que comme jeune société, nous avons de sérieuses croûtes à manger pour faire de la démocratie, un système efficace. Il ne suffit pas, pour exercer pleinement son rôle de citoyen, de voter aux quatre ans. Et encore, je rigole à voir les taux d’abstention. Après avoir voté, la job n’est pas finie, elle ne fait que commencer. Et dites-vous que la nature a horreur du vide: si vous désertez l’espace de la démocratie, d’autres vont le combler et vous l’organiser. Avec ou sans bonnes manières.

 

 

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