Panier d'épicerie : plus cher et moins rempli ?

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Par Thomas Gallenne
Panier d'épicerie : plus cher et moins rempli ?

Avons-nous rêvé, ou bien le prix des aliments de base, des fruits et légumes a augmenté ? Ce phénomène est-il saisonnier ou constant depuis quelques années ? Accès a mené son enquête auprès de détaillants et grossistes locaux.

«Les prix des produits frais n’ont pas réellement augmenté, mais les dépenses autour, oui», de répondre Martin Charbonneau, gérant de la petite épicerie, installée depuis juillet dernier à la place du Patrimoine à Saint-Sauveur. Le ton est donné. Si durant la belle saison, les produits frais du Québec ont la part belle dans les étals des marchands de fruits et légumes, les produits provenant de Californie, de la Floride, du Mexique, d’Amérique centrale et du sud, inversent la tendance en hiver. Les quelques produits québécois proposés en hiver se résument essentiellement à des légumes-racine et des pommes. Hormis le coût du transport qui est inclus dans le prix de ces denrées, qu’est ce qui explique les fluctuations de coût ? 

«Le marché des fruits et légumes dépend de l’offre et de la demande, du coût de l’énergie et des conditions météo, explique Marc Bourassa, rejoint à son magasin-entrepôt de Sainte-Agathe. Les pluies qu’ont connu la Californie en décembre dernier ont un impact sur la qualité des produits frais qui vont pourrir plus vite, ou créer de la rareté chez certaines variétés.» À ces fortes précipitations s’ajoute le gel qui a frappé la Floride et affecté les agrumes, comme le rappelle Richard Piché, directeur du marché Axep à Prévost. 

Patrick Fortin, propriétaire du Marché le 5 saveurs à Saint-Jérôme, mentionne que l’hiver, le prix de certains produits peut carrément doubler. Le brocoli et la laitue par exemple, peuvent atteindre 1,99 $ en saison hivernale tandis qu’on les retrouve à moins de un dollar l’été. La banane échappe toutefois à ces écarts. «C’est le fruit qui connaît le moins de variation de prix sur le marché, confirme Marc Bourassa. Il y a une abondance, mais un prix plafond est fixé. En plus, les régions équatoriales sont moins affectées par la météo». 

 

Guerre de prix

Mais comment ces épiceries font-elles pour offrir des produits de qualité et maintenir des prix intéressants face aux grandes bannières? « C’est sûr qu’on est en compétition avec les chaînes de marché, sauf qu’elles ne font pas leur argent avec les fruits et légumes, d’indiquer Martin Charbonneau. Ce sont des produits d’appels. Elles se rattrapent sur le reste des achats.» Le détaillant précise que ces dernières vont jusqu’à écouler leurs produits en dessous du prix coûtant pour faire face à la concurrence.

Le propriétaire du Marché le 5 saveurs soutient pour sa part qu’il écoule sa marchandise 30 % moins cher que les grands distributeurs. «Eux doivent payer leurs entrepôts, celui du bureau-chef et ceux des magasins, leur flotte de camions, et tous les frais d’exploitation et d’entretien qui vont avec. Moi je fais directement affaire avec le distributeur, je n’ai pas de grosse structure à gérer et je me fais livrer les produits». 

 

Et les produits bio ?

Chez la plupart des épiciers interrogés, les produits biologiques représentent encore une part infime de leur offre (2 à 3%). Marc Bourassa a fait le test, en proposant un étalage complet de produits biologiques à sa clientèle durant un mois et demi, mais la demande n’y était pas. Et ce n’est pas qu’une question de coût. «Ce ne sont pas les plus fortunés, mais les plus conscientisés qui achètent du bio», précise le grossiste. 

Toutefois, Richard Piché de chez Axep admet qu’il note une tendance pour ce type de produits dans son épicerie de Prévost. «Mais je ne peux pas satisfaire la demande au complet», poursuit-il. À l’épicerie-santé Rachelle-Béry, appartenant au groupe Sobeys (IGA, Tradition), on admet que selon la saison, le brocoli biologique peut fluctuer de 1,99 $ à 4,99 $ la botte. D’où l’importance de bien surveiller les prix et de magasiner en conséquence.

 

Un panier plus cher ?

Qu’en est-il du prix des denrées de première nécessité, comme les produits laitiers, les œufs,  les produits céréaliers, le sucre, les huiles, etc. ? Le directeur du Marché Axep n’a pas noté d’augmentation importante. Le prix des œufs demeure stable. Par ailleurs, les produits laitiers connaissent une hausse de l’ordre de plus ou moins 2 % au premier février de chaque année. Enfin, les prix ont légèrement augmenté au niveau des pièces de viandes préparées, telles que les rôtis et les plats faits maison. 

 

Des données contradictoires

Malgré des discours qui se veulent rassurants, Statistique Canada révèle que l’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une augmentation constante depuis ces 5 dernières années, avec un pic en 2008 qui a coïncidé avec la crise économique mondiale. L’année 2010 n’a pas échappé à la règle. Les coûts ont progressé de 2%. 

Outre l’alimentation, cet indice évalue d’autres composantes telles les transports, le logement, sans oublier l’énergie. Toutes ces hausses ont une répercussion directe sur le pouvoir d’achat des familles démunies, la catégorie la plus vulnérable de notre société. Voilà pourquoi de plus en plus de travailleurs à la petite semaine doivent se tourner vers les banques alimentaires pour nourrir leur famille. «On constate de plus en plus de gens qui ont un emploi à temps plein, mais qui n’y arrivent plus avec l’augmentation du coût de la vie et qui ont affaire aux banques alimentaires. On les appelle les «nouveaux pauvres». On parle aussi bien des ménages avec enfants que des personnes seules. L’augmentation de la demande dans notre région est de l’ordre de 30 % en 2010 !» de conclure Annie Bélanger, directrice générale de Moisson Laurentides.

 

Nouvelle astuce: des contenants réduits

L’industrie a trouvé une nouvelle tactique pour écouler ses produits au même prix.  On en réduit le format! Le downsizing, ou sous-dimensionnement, touche autant les contenants de jus que les paquets de gâteaux, en passant par les pots de yogourts. Le contenant de beurre d’arachides Rien que des arachides de Choix du Président est passé en douce de 1 kilo à 750 grammes, alors que son prix est demeuré inchangé (4 99$).

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