Parce qu’on vient de loin

Par Josée Pilotte
Parce qu’on vient de loin

Il y a de cela 18 mois. Je me souviens du choc ressenti. Je me souviens aussi de notre regard empreint de peur et de questionnement que nous avions tous alors. Je me souviens des mots qu’elle nous a dits ce soir là: «J’espère crisse, que toute cette merde servira au moins à quelque chose…»

Vendredi dernier, 18 mois après l’annonce du diagnostic fatidique, j’étais debout au milieu des 400 personnes venues célébrer la vie lors de l’exposition «Je m’expose», faite en collaboration avec Annie Duranceau, survivante elle aussi du cancer. Je me

suis vue chanter pour la deuxième fois de ma vie – mais cette fois-ci la gorge nouée d’émotion – «Parce qu’on vient de loin de Corneille».

 

«Parce qu’on vient de loin…»

Ces mots chantés il y a de cela plusieurs années à tue-tête comme deux folles, loin du malheur et de ce crabe tueur de rêve, ont aujourd’hui une toute autre signification pour elle, mais aussi pour nous toutes ses amies.

 

Le cancer, son cancer, nous aura tous fait sortir de notre zone de confort. Mais. Entre la peur ressentie au fin fond de nos entrailles dans l’annonce de sa mort prochaine, s’est aussi installé entre nous le mot «Vrai».

 

Du fou-rire et du pied de nez qu’elle aura décidé de faire au mal qui la ronge en confrontant la maladie et en affrontant la vie dans tout ce qu’il y de plus beau, mais aussi dans tout ce qu’il y a de plus laid, a fait de nous aujourd’hui j’en suis convaincue, de meilleures personnes, ou à tout le moins, de meilleures amies.

 

Parce que malgré les tempêtes et les bourrasques, le plus beau de la vie s’est accroché sur nous.

 

C’est donc au fil de nos soupers de filles, tous aussi colorés les uns que les autres, qu’elle nous aura fait oublier sa maladie. Je ne peux vous expliquer comment elle s’y est prise, mais on a fini par oublier d’avoir peur. Je crois que c’est dans sa grande créativité de «vivre» et de «faire», que nous avons aussi fini par oublier la mort.

 

Et c’est là, au milieu de ces 400 personnes conviées à célébrer la vie, celle de Nathalie et d’Annie, mais aussi la nôtre, que j’ai compris l’émotion nouée dans ma gorge en chantant les paroles de Corneille…

 

C’est en regardant Nathalie sur cette scène, cette femme pleine d’audace, de prestance, devant tout un public en admiration que j’ai compris que nous étions privilégiés de la côtoyer. Et que malgré les tempêtes et les bourrasques de la vie, le plus beau s’est accroché pour nous faire voir que tout est toujours possible.

 

Qu’en cultivant l’amour, tu reçois de l’amour, qu’en cultivant la résilience, tu reçois aussi de l’amour et qu’en cultivant le partage, tu reçois encore de l’amour et de l’amour…

 

Quand je la regarde semaine après semaine, chimio après chimio et toujours aussi

dynamique à faire rougir de honte plusieurs d’entre nous alors qu’elle aurait toutes les excuses du monde pour se plaindre sur son sort, elle sourit encore à la vie.

 

Vendredi dernier, ce n’est plus la maladie que l’on voyait, ni même ce corps meurtri par les années de traitements, ni même le poids du drame. Non. Vendredi soir dernier, c’est son âme qui était exposée devant nos yeux, sa «Soul»…

 

Je me dis combien je suis fière de ce que nous sommes et de la grande femme qu’elle est devenue. 

Tu as réussi mon amie. Bravo Nathalie!

 

J’irais plus loin que Corneille: «Parce qu’on revient de loin…»

 

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