« Le TDAH fait partie de moi, mais il ne me définit pas »

Par Ève Ménard (initiative de journalisme local)
« Le TDAH fait partie de moi, mais il ne me définit pas »
Dans la capsule vidéo, Danny St Pierre et Malika ont fait un atelier de cuisine (Photo : MC2 Communication Média)

On parle de santé mentale dans la nouvelle série documentaire adressée aux jeunes, Parfaitement Imparfait. Disponible gratuitement depuis le 2 mars sur ICI TOU.TV, elle est découpée en 20 épisodes d’une dizaine de minutes.

Le concept est le suivant : vingt adolescents vivant avec un trouble de santé mentale sont jumelés à vingt personnalités qui partagent leur condition. Dans chaque épisode, le duo fait une activité – pêche, saut en parachute, session photos ou encore atelier de cuisine – tout en discutant de leur réalité ou des astuces qu’ils ont développées au cours de leur vie. C’est original, léger et efficace. Malika, résidente de Sainte-Adèle, a pris part à cette expérience unique. On la découvre en compagnie du chef cuisinier Danny St Pierre, dans une capsule dédiée au trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Une « boule d’énergie »

La jeune femme âgée aujourd’hui de 18 ans a complété tout son secondaire à Augustin-Norbert-Morin. Pendant deux ans, elle a participé au projet « La deMOIs’aile », une plateforme de blog regroupant différentes écoles secondaires. Dans certains de ses articles, elle parlait justement de santé mentale et de son TDAH. C’est la fondatrice de la plateforme, Marie-Eve D’amours, qui lui a donné l’idée de participer à la série documentaire, tournée à l’été 2020.

« C’est comme si j’étais une boule d’énergie qui peut changer de couleur à tout moment. » Voilà comment Malika décrit son trouble, dès les premières secondes de la capsule vidéo. Elle a donc de la difficulté à contrôler ses émotions ou sa manière d’agir. En entrevue, elle illustre sa réalité par la métaphore d’une balle de ping pong : ses idées partent dans un sens puis dans l’autre, ce qui rend sa concentration difficile.

En chiffres

  • Au Québec, un jeune sur cinq souffre d’un trouble de santé mental
  • On estime qu’une personne sur quatre vivra un épisode d’anxiété intense au cours de sa vie
  • Le taux de suicide chez les jeunes au Canada est le troisième plus élevé des pays industrialisés
  • 50% des maladies mentales se déclarent avant l’âge de 14 ans et 75% avant l’âge de 22 ans
  • Parmi les troubles les plus courants, on compte l’hyper-anxiété qui touche 25 % des filles de 12 à 14 ans, les troubles alimentaires qui représentent la troisième maladie mentale la plus fréquente chez les jeunes et l’automutilation qui affecte 10 à 20 % des jeunes au Canada

Rejet de la médicamentation

Malika a été diagnostiquée dès l’âge de 8 ans. Dans son cas, la médicamentation n’a pas du tout fonctionné. « C’était horrible comme expérience », confie-t-elle : perte d’appétit, perte de poids, manque de sommeil et idées suicidaires. Et elle n’avait que 9 ans. Malika souligne avoir été médicamentée très tôt puisque ses parents ne savaient pas tout à fait quoi faire et le trouble était particulièrement prononcé chez elle. D’ailleurs, elle trouve très dommage qu’on doive en arriver aussi rapidement à la médicamentation.

« Avant, il n’y en avait pas de médicaments pour le TDAH et ce n’est pas apparu du jour au lendemain. Ça doit faire bien longtemps que ça existe. […] Je suis certaine que les gens trouvaient des moyens naturels à l’époque. »

Depuis cette pénible expérience, Malika n’est plus médicamentée et réussit à se trouver des astuces qui l’aident à bien fonctionner. Elle écrit beaucoup, et tout le temps. Soit pour s’exprimer ou bien pour canaliser son énergie. Aussi, elle se met plusieurs alarmes, calcule son temps et s’organise de manière à s’établir une routine, sans n’avoir besoin de toujours penser à tout. Elle s’efforce aussi de manger sainement et à des heures régulières.

Apprendre à vivre avec le TDAH

Malika est très à l’aise de parler de santé mentale, de démystifier le sujet et de s’exprimer plus personnellement sur son propre trouble. Pourtant, il arrive tout de même qu’elle ait honte d’elle-même. « Parfois, je me frustre envers moi-même. Ça me frustre d’être comme ça, de ne pas être mieux. » Or, lorsqu’elle en parle, elle le fait d’un ton léger et positif, de manière à ce que les autres puissent se com-prendre et se reconnaître en elle, comme elle a pu se sentir comprise à travers les autres.

Il s’agit donc d’un travail constant que la jeune femme doit faire sur elle-même. Au fil des années, elle a appris à vivre avec son trouble, ce qui n’a pas toujours été facile, surtout plus jeune. Au secondaire, elle raconte avoir laissé le TDAH l’envahir complètement : « Je mettais toute la faute sur mon trouble et je ne prenais pas les responsabilités de mes actions. » Aujourd’hui, elle entretient une relation beaucoup plus saine, et poursuit ses apprentissages. « Le TDAH fait partie de moi, mais il ne me définit pas. »

Quelques ressources

ANEB Québec (troubles alimentaires)

anebquebec.com | Ligne d’écoute : 1 800 630-0907 ou 514 630-0907

Tel-Jeunes

teljeunes.com | Appeler 24/7 : 1 800 263 2266 ou texter de 8h à 22h30 : 514-600-1002

Tel-Aide

telaide.org | 514 935-1101

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