Paroles d’un livreur d’espoir

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Paroles d’un livreur d’espoir

 

 

                   «Il y avait une dame qui errait dans le parc juste en face, les mains plongées dans les poubelles. J’ai compris que ce qu’elle cherchait, c’était de quoi se nourrir. Moi j’aurais longtemps hésité à manger des cœurs de pommes pourries. Elle, apparemment sa faim était suffisamment grande pour ne pas s’en soucier.»

 

Ces paroles sont celles de Daniel Cayer, livreur pour l’organisme à but non lucratif le Garde-Manger des Pays-d’en-Haut. Nous avons eu le privilège de côtoyer l’homme dans sa tournée matinale, au cœur d’un réseau de distribution alimentaire, où plusieurs donateurs, tels des restaurants, épiceries, grossistes, font don d’une partie de leurs denrées. Ce complexe réseau se nourrit d’une simple

ambition: aider les plus démunis.

 

«Nous étions juste là, de l’autre côté de la rue, à distribuer de la nourriture. Lorsque je suis allé voir la dame, elle ne savait pas qu’en face, elle trouverait de bons aliments, gratuits et sains. Elle a

accepté de venir, brisant sa solitude, rencontrant d’autres gens: certains dans une situation similaire, d’autres disposés à l’aider. Les plus seuls, ce sont souvent les plus démunis.

 

Ça prend de l’humilité pour accepter la charité. Les gens doivent passer par-dessus leur orgueil. La pauvreté c’est déjà

assez dur, et les préjugés le sont tout autant, sinon plus. Des préjugés comme quoi les pauvres profitent du système. Comme quoi ils s’accrochent au collet de la société. Comme quoi ils reçoivent tout cru dans le bec, sans faire aucun effort. Des profiteurs, oui, il y en a et il y en aura toujours. C’est comme dans n’importe quoi. Sauf que c’est une minorité. La plupart en arrachent. Sur l’aide sociale, avec 604$ par mois pour une personne seule, une fois le loyer payé, il ne reste plus grand-chose pour se nourrir, s’habiller. Et la solitude chez les plus démunis creuse davantage leur précarité.

 

N’importe qui peut perdre son emploi du jour au lendemain. Nous rencontrons des gens qui ont de l’éducation, qui avaient un bon emploi, mais que, à un certain moment, la vie a malmenés. Il y a cette dame qui était agent d’immeuble, mère de famille, et qui a perdu son emploi. Ce n’est qu’une mère parmi les 423 familles que nous aidons. Rien que dans les Pays-d’en-Haut, sans compter les personnes seules. […]

Ça fait 12 ans que je suis livreur pour le Garde-Manger, et je ne retournerais pas à mon ancien métier. Je suis très fier de ce que j’accomplis. Se sentir utile, aider son prochain, c’est ça qui est payant et valorisant. Je pourrais avoir un emploi saisonnier qui me rapporterait plus d’argent, et le reste du temps être sur le chômage. Je préfère me rendre utile, faire quelque chose que j’aime. Pour moi, ce n’est pas du travail. J’aide les gens dans le besoin. Aider son prochain sans artifice et sans grande cérémonie, sur le terrain, là où ça fait une vraie différence, c’est une idée qui se perd de nos jours.»

 

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