Pas tannés de cracher sur les baby-boomers?

Par Eric-Olivier Dallard

La «boom», vous en êtes certains?

«La boom»: film français des années 1980, qui a révélé l’actrice Sophie Marceau.

Une «boom», en langage populaire (emprunté à l’argot) de France, est une fête, un «party».

Tombé en désuétude depuis le début des années 1990, l’équivalent actuel en France de ce mot serait «teuf», comme dans l’expression «faire la teuf» (en fait, le mot «teuf» est le mot «fête», prononcé à l’envers… un style de langage parlé nommé le «verlan» – «l’envers» –, très prisé dans les banlieues parisiennes).

Ainsi donc les baby-boomers se seraient payé, sur le compte des générations suivantes, une grande boom, un party perpétuel?…
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«Merci à mon père, qui a dû travailler fort et multiplier les emplois pour m’aider à réaliser ce rêve!»

Les premières pensées de Lewis Hamilton, nouvelle coqueluche de la Formule 1, ses premiers mots à sa descente du podium, après sa première victoire, célébrée cette fin de semaine à Montréal, sont allés à ce père qui fut derrière lui, et aussi financièrement.

Plus capable d’avaler cette soupe refroidie, maintes fois resservie, au mélange douteux, qui laisse un arrière-goût amer et acre, que l’on nous ressert à chaque occasion, sous toutes les formes, dans toutes les formules: talk-shows, analyses pseudo-sociologiques, essais et romans, tables rondes d’intellos, tables familiales à l’apéro…

Un exemple? Le tout démago bouquin d’Alain Samson, Les Boomers finiront bien par crever, farci de clichés et d’approximations: «Après leur jeunesse oisive, ils sont devenus compétitifs, ils aiment mieux dépenser qu’économiser, ils sont convaincus que le monde leur doit tout, ils pensent prioritairement à eux et souhaitent voir leurs besoins comblés instantanément», résume l’auteur.

On n’est pas loin du méprisant «J’irai cracher sur vos tombes» de Boris Vian…

Casser du sucre sur le dos des baby-boomers? Si facile! Les arguments, simplistes, dévalent rondement la pente de la mauvaise foi: ils ont tout pris – jobs, subventions, plans de retraites, lits d’hôpitaux, etc… et n’ont rien laissé aux générations suivantes, pollueurs, profiteurs, amoraux… À la fois metteurs en scènes et acteurs d’un système dont ils se sont octroyé les premiers rôles, ceux bien en vue et bien payants et bien payés… Ils ont investi les sphères de la fonction publique et du pouvoir, modelant le tout à leur convenance, selon leurs besoins.

Permettez que j’y crache, dans votre soupe «anti-boomers», à défaut de vos tombes que vous creusez vous-même allègrement?

Cette génération-là a eu tous les courages: envoyer valser la religion (d’accord, il n’était par contre pas nécessaire de jeter Dieu avec l’eau – bénite! – de l’Église); jeter les bases d’une réelle social-démocratie; envisager l’indépendance du Québec; lancer les grands travaux qui nous permettent, aujourd’hui, de nous tailler une place plus qu’enviable sur le marché le plus intéressant du moment, celui de l’énergie propre…
… Et puis le rock’n roll, et puis la contraception, et puis la laïcisation des institutions, et puis les véritables débats de fond, et puis Expo 67, et puis mai 68, et puis l’idéalisme, et puis, sur fond de choc pétrolier, le choc des idées, et puis…

Nous, la X, vous, la suivante, qu’avons-nous, qu’avez-vous donc réalisé de grand, mis à part chialer contre les boomers?

Cette génération-là a travaillé comme pas une… et certainement pas celles qui lui ont succédé, la critiquant vertement, c’est un comble!

Manque de générosité, égoïsme des boomers? S’ils ont semblé avoir allègrement profité des subsides de la sphère publique (notamment du système de santé), je vais vous dire, aucune autre génération n’a été aussi généreuse qu’elle dans la sphère privée.

Générosité constante dont profitent encore aujourd’hui les générations qui ont suivi.

Mais oui!, je vais là «généraliser», parce que dans la généralisation se terre parfois un début de réalité… Quelle autre génération que celle des enfants des boomers a entendu des trucs comme ça:
«Regarde ti-gars, si tu veux aller à l’université, on t’encourage. Pas d’souci pour rien, on s’occupe de tout! Pis si tu veux faire soudeur, idem, on est là.»
«Après ton bac’ en lettres, tu veux faire philo? On comprend ça. Casse-toi pas la tête…»
«Pourquoi tu travaillerais pendant tes études? Concentre-toi donc sur elles, c’est ça l’important… As-tu besoin de quelque chose?»
«Après ton bac’ en philo, tu veux la maîtrise? Va pour la maîtrise! Y’a rien comme faire c’qu’on aime dans la vie!»
«Troisième blonde qui te largue? Pauv’ ti-pit! Ben oui, t’as encore ta chambre… Pis Tanguy, c’t’un maudit bon film!»
«Arts visuels? Ah!, j’le savais qu’au fond t’étais un artiste! Yé jamais trop tard pour trouver sa voie, s’accomplir, se réaliser!»
«Ben voyons donc, tu vas pas rouler dans ce bazou-là… imagine l’hiver, c’est pas sécuritaire… Non, j’en dormirais pas. On change justement notre voiture : pourquoi tu la prends pas? Si, si, ça va nous rassurer…»
«T’écoutes quoi comme musique? Non, non, j’t’assure, ça m’intéresse!»
«Hey!, j’viens de terminer ce bouquin… pas mal. Tu le veux?»
«Ça existe ça, un doctorat en arts visuels?! Ben cou’ don’…»
(…)
Ça vous change pas un peu des «’gârde la mére, y’a 12 ans, faut qu’y travaille… on l’a nourri depuis l’début…»

Vraiment, si les boomers ont fait la boom et ont profité au maximum de la sphère publique, dites-vous que plusieurs en ont aussi fait largement profiter leur sphère privée.
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«Merci à mon père, qui a dû travailler fort et multiplier les emplois pour m’aider à réaliser ce rêve!»

Les premières pensées de Lewis Hamilton, nouvelle coqueluche de la Formule 1, ses premiers mots à sa descente du podium, après sa première victoire, célébrée cette fin de semaine à Montréal, sont allés à ce père qui fut derrière lui, et aussi financièrement.

Ainsi, permettez que j’y crache, dans votre soupe refroidie anti-baby-boomers?

Ah oui!, et puis… étouffez-vous donc avec!

Car ces honnis baby-boomers sont souvent des Monsieur Hamilton.

Mais j’ai aussi l’impression que leurs fils n’ont pas tous la reconnaissance du sien.

Oui, les baby-boomers sont souvent des Monsieur Hamilton

Leurs fils ne sont pas tous des Lewis.쇓

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