Porno: méfiance?

Par Claude Jasmin

Inutile d’épiloguer sur un fait têtu, la porno se répand désormais. Jadis, les ados curieux, devaient chercher longtemps pour voir des nudités. Maintenant un simple clic de souris sur l’ordi et l’offre au voyeurisme se présente. Loin des pudibonderies d’antan, du mode prude des anciens «protestants» frustrés qui arrosaient de menaces folichonnes le moindre écart sur ce plan, il reste une réalité.

Entre le triste voyeur compulsif, plus ou moins honteux en sortant du recoin aux images XXX de son vidéo-club et le maladif voyeur dépensant ses temps de loisirs en naviguant sur des sites pornos, restent des individus, mâles surtout, lamentablement coincés. Ils sont à plaindre tous, le scrupuleux excessif et le soi-disant «libéré». Il n’y a aucune liberté vraie soit à fuir comme peste la moindre cuisse dénudée soit à s’emprisonner dans la manie navrante du voyeur, de l’abonné systématique aux images «cochonnes» faites de copulations mécaniques.

Il y a un piège et il est bien connu des misérables piégés qui ne peuvent plus décrocher de cette pâture néfaste. C’est le bon mot: un piège. Des «malades» en voyeurisme l’admettent volontiers, il n’y a qu’à questionner (comme je l’ai fait) des soigneurs aux prises avec ces victimes, devant décontaminer des adeptes de porno, des thérapeutes nouveaux en sont navrés. C’est qu’au «monde de la porno» il y a surenchère, il y a un besoin inévitable du «toujours plus».

C’est donc absolument un piège, une sorte de tunnel où l’on coule inexorablement. J’ai constaté la chose. Un jour, un camarade de travail débutait dans ce marécage avec de simples «films à voyeurs» ordinaires. Peu à peu, il glissait dans des formes plus crues. La surenchère. À la fin, il vivait en vue de ce «toujours plus», fait de stocks immondes, mélange de pédophilie et de bestialité. On le retrouva suicidé dans sa baignoire un samedi matin. C’était un garçon brillant, fort capable en scénographie, promis à une carrière fructueuse. Son dérapage le fit sombrer dans cela que je nomme «piège».

Certains jeunes, la plupart je l’espère, ont de l’instinct. Important cela, l’instinct. Accidentel ou non, dès la première approche en porno, ils devinent pourtant ce gouffre lamentable, ils refuseront carrément d’y glisser et ils vont fuir cette planète nauséeuse. Ah, qui dira l’importance de l’instinct? En être dépourvu est un grand malheur. L’intelligence seulement ne suffit pas dans ces affaires de mœurs. Ami lecteur(e) si tu as ouvert une porte à cette lie, à cette porcherie, à cette forme d’inhumanité — à ou les émotions sexuelles humaines, les sentiments humains, les rapports amoureux humains sont bafoués — si tu as mis un pied, un œil, dans cette faiblesse morale du voyeurisme, referme vite cette porte, il s’agit, crois-moi, de bonne santé mentale ordinaire.
À quoi, à qui, sert cette florissante industrie mafieuse du sinistre voyeurisme? Au laideron? Au grave handicapé? À celui qui est dépourvu de tout charisme physique, à celui qui ne sait rien de la séduction essentielle face à l’autre sexe? À ce paresseux crasse, incapable du moindre effort pour conquérir sexuellement «l’autre»? Au très grand timide impuissant? Sans doute.

Mais le jeune citoyen qui souhaite l’accouplement sain, et si merveilleux, doit posséder cet instinct. Celui qui lui cire:
«piège!» Une cage et sans espoir de sortie. Collégiens des années 40, un mini-vignette de la Vénus de Milo, nue sans bras!, dans son petit Larousse illustré, nous était une naïve promesse de bonheur «manuel». C’était un temps fou, celui où des prédicateurs en robes noires affolaient nos jeunes consciences et, prévenaient-ils: «la masturbation allait nous rendre sourds!»

Bien sûr, on rit de ces époques de noirceur. Mais le progrès (!) fait que de très jeunes enfants sont soumis désormais aux lamentables concoctions voyeuristes de producteurs dégénérés. D’un excès l’autre, voici donc le temps des «détournements de mineurs», il conduit à la névrose, au moins, aussi, comme pour ce camarade perdu, à la psychose, mot qui veut dire «folie». La clinique pour déments attend ses adeptes. Oui, il y a «la folie pornographique», un ravage actuel, un fléau répandu qui dénature l’amour physique. «Il rend l’homme semblable à la bête», comme disait les anciens prêcheurs en alcoolisme? Exactement. La porno pop — à louer, à vendre, gratuite sur Internet — évacue le plaisir vrai de la sexualité, le profond plaisir des sens, celui qui vient avec l’éternel et vérifiable mélange des sens et des sentiments entre deux amoureux. Il est facile de l’affirmer et sans l’ombre d’un doute; jeune homme, l’imprudent sans instinct qui s’entiche de voyeurisme le regrettera toute sa vie.

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