Pour un après Covid plus respectueux de la nature

Par Frédérique David (Journaliste de l'initiative locale)
Pour un après Covid plus respectueux de la nature
(Photo : UQO )

Le confinement de plusieurs semaines a eu des effets bénéfiques sur l’environnement, notamment une réduction des émissions de CO2. Il s’agit toutefois de bénéfices temporaires et il serait souhaitable de réfléchir à nos habitudes de vie, croit Christian Messier, professeur au Département des sciences naturelles à l’Université du Québec en Outaouais.

 

« Est-ce que les gens vont se comporter différemment une fois que cette pandémie sera terminée, d’ici un ou deux ans? Est-ce que les gens vont avoir une perception différente des milieux naturels? » se questionne le professeur Messier. « Pendant le confinement, les gens se sont mis à observer la nature de façon plus intense qu’auparavant. J’ai bon espoir que cela va avoir eu un effet positif. »

Notre responsabilité

Christian Messier rappelle que l’être humain fait partie de la nature. « Ce virus qui vient paralyser la planète nous donne une leçon incroyable, dit-il. Le fait de s’approprier de plus en plus le milieu naturel, de prendre des espèces du milieu naturel et de les amener dans d’autres milieux où il y a d’autres animaux, cela a des effets très importants sur l’environnement. »

Titulaire d’une chaire de recherche sur la résilience des forêts, le professeur Messier voit des points communs entre la pandémie de la Covid-19 et la détérioration de la nature. « Plusieurs pandémies affectent nos arbres et ont à peu près les mêmes causes que la Covid-19, explique-t-il. L’agrile du frêne est un petit insecte qui vient d’Asie et qui s’attaque à tous nos frênes qui n’ont aucune résistance. Avec nos échanges commerciaux débridés, nous multiplions les risques qu’un insecte voyage par conteneur et vienne affecter nos animaux, nos plantes et nos arbres. On le voit de plus en plus! »

Le chercheur rappelle qu’une étude publiée l’année dernière prédit que 50% des espèces d’arbres de l’Europe seront détruites par des maladies ou des insectes exotiques dans les 50 prochaines années. « Au Québec, une trentaine d’espèces sont menacées de la même façon », déplore-t-il.

« Malgré tous les impacts négatifs, nous avons une nature encore relativement saine, mais il y a des limites », explique Christian Messier. « Nous commençons à avoir atteint les limites. Jusqu’à récemment, la nature était capable de s’adapter et de résister, mais les changements climatiques se font trop rapidement. »

Des leçons à tirer

« Avant la Covid-19, une quinzaine de virus ont menacé l’espèce humaine au cours des dix dernières années, mentionne le chercheur. Il y en aura d’autres. On espère que cette crise va remettre en question notre façon de fonctionner qui est totalement irrespectueuse de la nature et du fonctionnement des écosystèmes naturels. »

Des écologistes ont mentionné que ce virus est une façon pour la nature de se défendre contre une espèce, l’humain, qui prend trop de place sur la planète. « Quand une espèce devient trop abondante, elle est contrôlée par une maladie ou un insecte, explique Christian Messier. C’est comme un mécanisme naturel pour contrôler la surabondance d’une espèce qui est, dans ce cas-ci, l’être humain. »

Le professeur et chercheur en sciences naturelles a bon espoir que les politiciens feront de meilleurs choix à l’avenir. « J’entends messieurs Trudeau et Legault dire qu’il va falloir reconstruire l’économie en étant beaucoup plus respectueux de l’environnement, dit-il. Malgré toutes les prouesses technologiques, nous sommes encore très dépendants de la nature. J’ai l’impression que cette pandémie va nous rendre moins arrogants, plus près de décisions qui vont mieux respecter la nature. »

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