«Prenez un dictionnaire, monsieur le maire»

Par Alain Messier

Voilà la réponse que fit le docteur Alfred Marsil au maire Edmund Guérin, lors d’une séance de la commission d’enquête du comité exécutif de la ville de Montréal, en juillet 1910, commission dont le but était de faire la lumière sur «un présumé complot de la loge maçonnique l’Émancipation pour impliquer des prêtres catholiques en les attirant dans des endroits mal famés (bordels) pour les y compromettre».

Le docteur Marsil répondait ainsi à la question du maire qui s’informait de la signification du mot émancipation. Ce présumé complot eu pour cadre le Congrès eucharistique mondial qui eut lieu à Montréal à l’automne 1910, dont le but était d’adorer l’Eucharistie et d’évangéliser.

Pour un compte rendu de l’importance de ce congrès, mentionnons que près de 100 000 personnes défilèrent en partant de la basilique Notre-Dame jusqu’au Mont Royal dans une marche précédée du légat papal Vincenzo Vannutelli, elle dura sept heures.

Avant que les adeptes du complot mondial et des manoeuvres occultes ne s’emballent, précisons ce qu’est la maçonnerie. C’est une association apparue en Grande-Bretagne au 18ième siècle et ayant des ramifications internationales, elle est une fraternité caritative avec des rites initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l’art de bâtir.

À Montréal la loge maçonnique l’Émancipation, une branche du Grand Orient de France, prit naissance en 1896. Ses membres sont des gens aux idées libérales, qui prônent l’alphabétisation, l’enseignement obligatoire et gratuit, qui veulent la séparation de l’État et du clergé, l’éducation par les laïcs plutôt que par les religieux, et une intervention vigoureuse par l’État dans des secteurs clés, bref, ce sont des visionnaires de ce qui allait advenir lors de la révolution tranquille.

La plupart sont des intellectuels, athées, un grand nombre sont médecins, s’ils sont anticléricaux, ils ne sont pas des ennemis de la religion catholique, ils sont plutôt tolérants et un chrétien peut très bien être membre de leur association. Au mois de février 1910, trois hurluberlus de l’association catholique de la jeunesse canadienne française louent un appartement au-dessus du local de la loge maçonnique située coin Sainte-Catherine et Hôtel-de-Ville dans l’édifice du journal La Patrie. Ils peuvent ainsi voir les entrées et sorties des membres de la loge et ils notent leurs noms, ils peuvent ainsi entendre tout ce qui se dit dans le local, mais sans pouvoir distinguer les individus: «on avait percé un trou de 8 pouces carrés dans le plancher; les lattes étaient enlevées et on avait fixé sur l’ouverture ainsi pratiquée trois cornets de phonographe reliés chacun à un stéthoscope par un tube de caoutchouc.»

Ils prennent alors connaissance du «complot» il s’agit d’une lettre anonyme reçue par un des membres Ludger Larose qui la lit devant l’assemblée aux membres, et qui suggère de piéger les nombreux curés qui seront présents chez les sulpiciens lors du Congrès eucharistique de les amener dans le quartier chaud de Montréal pour les y compromettre avec des demoiselles…

Certains membres proposent qu’on les photographie, lorsque l’inspecteur Grandchamps de la police montréalaise, qui est un des membres de la loge effectuera des descentes.

Mais la discussion loufoque au début devient sérieuse et il est résolu que cela n’aurait rien de bon pour la réputation de la loge de donner suite à pareille action et que les idées que prônent celle-ci ne sont pas en conformité avec semblable mentalité, la lettre est détruite.

Mais les «espions» reviennent à d’autres séances,interprètent à leur façon ce qu’ils entendent et font un rapport écrit au maire Guerin, ami intime de l’évêque Bruchési, pour qui les francs-maçons sont des démons, puisqu’ils veulent créer une bibliothèque publique… l’évêque n’aurait plus alors le droit de censure…

Une Inquisition

L’Inquisition que sera la commission d’enquête du comité exécutif de la ville de Montréal, sous le fallacieux prétexte qu’il y avait des employés municipaux membres de la loge, il y en avait trois, l’inspecteur de police Grandchamps et deux médecins, dont le docteur Adelstan Le Moyne de Martigny qui deviendra une sommité mondiale de la lutte contre la tuberculose.

L’Inquisition prendra fin en novembre 1910 par un jugement de la Cour supérieure déclarant ultra vires cette mascarade de commission. La loge l’Émancipation se sabordera pour renaître sous l’appellation Force et courage. Cette dangereuse société secrète avait 22 membres… De nos jours l’édifice des francs-maçons peut être visité, il est situé coin Sherbrooke et Saint-Marc une merveille architecturale et patrimoniale. Aujourd’hui nous avons une Bibliothèque nationale, l’enseignement obligatoire et gratuit, l’État et le clergé deux entités distinctes. Tiens j’apprends que le maire de Palerme, je corrige de Montréal, Gérard Tremblay, malgré qu’un regroupement de citoyens aient signé un registre de contestation avec le nombre de signatures requis pour l’obtention d’un référendum pour s’opposer au projet de transformation de l’ancienne maison des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie, le projet Catania… le maire Tremblay, vient de décider qu’il n’y aura pas de référendum, la chartre de la ville l’autorisant, comportement légal, mais immoral.

Prenez un dictionnaire monsieur le Maire, voyez au mot «Immoral»… Ah vous n’avez pas de dictionnaire, bon, rendez-vous à la Grande Bibliothèque de Montréal, il y en a plusieurs, c’est l’héritage des francs-maçons…

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