Prévost: Des commerçants harcelés pour des questions de zonage

Par Nathalie Deraspe
Prévost: Des commerçants harcelés pour des questions de zonage

La gestion d’une ville en expansion n’est pas chose facile, mais tout le monde gagne à se parler… Des entrepreneurs prévostois dénoncent l’approche répressive de la ville en matière d’urbanisme. Épuisé de se battre, l’un d’entre eux a décidé de déménager ses pénates du côté de Saint-Jérôme.

C’est d’ailleurs ce que la directrice du département de Développement durable et de la collectivité, Marisol Charland, et son collègue de l’urbanisme, Éric Gélinas, auraient fortement recommandé à Normand Paradis, propriétaire des Ateliers petits moteurs qui, depuis mai dernier, a reçu près d’une vingtaine de visites de la part d’inspecteurs municipaux. Le maire se serait lui-même déplacé à deux reprises pour discuter du dossier avec lui. Depuis, plusieurs constats d’infraction lui ont été remis.

Établi depuis 5 ans, le commerce de location d’outils et d’équipements divers est situé sur la 117, juste en face du nouveau développement résidentiel de Prévost, un secteur en pleine expansion. Le ministère des Transports aurait déjà fait une proposition pour acquérir le terrain. Le site est perpendiculaire à la Porte du Nord de l’autoroute 15. Dans le passé, une sortie en direction de Saint-Hippolyte y avait d’ailleurs été envisagée. A-t-on ressorti l’idée des cartons?

Normand Paradis affirme n’avoir jamais eu de démêlés avec l’ancienne administration municipale. Cette fois, il a dû faire appel à un avocat pour tenter de faire valoir ses droits. «Mon client a collaboré entièrement depuis le début, soutient Pierrot Januzzi. La ville de Prévost aura le fardeau de la preuve. Jusqu’à présent, on ne nous a pas démontré qu’on ne respectait pas la réglementation.»

Nacelle trop haute, étalage de machinerie lourde, affichage, voilà autant de facteurs qui contrecarrent, semble-t-il, les projets d’embellissement de la 117.

Des règles resserrées

Normand Paradis n’est pas le seul à se plaindre de l’approche répressive de la Ville. Près d’une dizaine de commerçants ont été contactés par Accès. Tous tiennent le même discours. La nouvelle administration veut les chasser de la 117. Les inspecteurs multiplient les allers-retours et prennent une quantité de photos, parfois directement dans la cour des commerçants. Le zonage est passé d’industriel à commercial et les droits acquis auraient été abolis il y a 5 ans. Des complexes résidentiels se multiplient alentour, ce qui crée de l’animosité entre commerçants et locataires.

Le maire admet que cette portion de la ville sera dans le viseur au cours des prochaines années. «On va être là-dessus pendant trois ans.» Germain Richer affirme que son administration a dû mettre les bouchées doubles pour reprendre le contrôle au niveau de l’urbanisme. «Ça été un feu roulant de janvier à juin. Je ne veux pas que le Conseil gère les dossiers en mode 911.»

Pourtant, certains commerçants déplorent la lenteur des procédures administratives à Prévost. «Ça prend des mois avant d’obtenir les autorisations nécessaires, lance un commerçant qui préfère garder l’anonymat. À Saint-Sauveur, tout est réglé en l’espace de 48 heures. Demandez aux résidents, ils en savent quelque chose.»

Prévost, ville dortoir?

Le propriétaire de l’Ardoisière a construit sa bâtisse en 2003. Le commerce a pris de l’ampleur depuis l’acquisition d’un site d’extraction en Nouvelle-Écosse. Spécialisé en transformation d’ardoise de haute densité, Denis Bisson est conscient du bruit qu’il cause dans l’entourage. «Je veux être un bon citoyen corporatif, mais ce ne sera pas drôle quand les locataires vont s’installer dans le complexe qui vient d’être bâti derrière.» Celui-ci aspire à des agrandissements, mais craint d’établir de mauvaises relations avec son entourage. «Il y a des gens qui commencent avec des petits commerces et nous arrivent avec des girafes et des éléphants, rétorque le maire. Ça crée des frustrations. La population nous demande d’encadrer les promoteurs. C’était notre engagement.»

Réal Laroche lui, a décidé de jeter l’éponge. Il affirme s’être battu durant des années pour tenter de faire valoir ses droits. Aujourd’hui, il est convaincu que la Ville ne veut pas de Laro technologies. L’électricien de formation a été le premier au Québec à faire le réusinage de poteaux métalliques principalement utilisé pour l’éclairage. «Je travaille la nuit. Cet été, je n’ai presque pas fabriqué de poteaux. J’avais peur de déranger. La Ville va abaisser les limites de vitesse. Ils ont changé le zonage et là, tout ce qu’ils veulent, c’est des petits commerces. Moi j’ai des grands projets et je vais aller m’installer là où je suis sûr de ne jamais déranger personne.»

Même s’ils admettent que l’idée d’embellir la 117 n’est pas mauvaise, des commerçants établis depuis 20 ou 30 ans déplorent la rigidité exemplaire de la Ville face au respect de sa réglementation. «On est traités comme des vrais bandits!», lance pour conclure Normand Paradis.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de