Un p’tit joint mamie?

Par Diane Baignée
Un p’tit joint mamie?

Dans la foulée de la légalisation du cannabis, il a très peu été question de la consommation de cette substance chez la population aînée.

D’abord, protégeons nos jeunes

Quand on pense aux consommateurs de cannabis, on imagine de jeunes adolescents qui se passent un joint au fond de la cour d’école ou bien dans un party de sous-sol, le samedi soir. On se représente un groupe d’élèves du cégep, assis dans un parc, qui sèchent leur cours et qui se partagent un beau gros « pétard ». On veut triper! N’est-ce pas représentatif de ce que plusieurs bébé-boomeurs ont vécu à une certaine époque?
Aujourd’hui, dans la littérature, on reconnaît les dangers de cette substance sur le développement du cerveau de nos jeunes et les risques accrus de voir apparaître un problème de santé mentale grave (schizophrénie). L’usage répété, voire quotidien, augmenterait le risque. Finalement, lorsque les dommages se sont installés et que s’opère une modification du fonctionnement du cerveau, le quotidien n’est plus jamais pareil. C’est pourquoi la prévention est un incontournable. Vivre avec une schizophrénie change radicalement le cours de la vie et celles de ses proches. C’est sérieux et il vaut mieux prévenir!

La consommation de récréation des bébé-boomeurs

Selon Statistique Canada, les personnes nées entre 1945 et 1964 représentent les plus grands consommateurs de cannabis. On les estime à 23 % de l’ensemble des consommateurs en 2017. Êtes-vous surpris?
Les « peace and love » de la génération de la libération sexuelle sont nos aînés d’aujourd’hui. Est-ce que la légalisation changera quelque chose pour eux? On apprend que les fumeurs de marijuana de longue date, ceux qui fument un petit joint à l’occasion dans un but récréatif, ne seront pas les plus inquiétants. Ils sont nombreux, mais discrets. Probablement que leur consommation ne connaîtra pas de modification outre la curiosité d’essayer de nouvelles variétés du produit sur le marché légal.

Médicinal, récréatif ou addictif

Saviez-vous que le chanvre indien était utilisé 1000 ans avant J-C. pour contrer des maux de tête, réduire l’anxiété et les coliques? Il servait d’anticonvulsif, d’anti-inflammatoire, d’antibiotique et avait bien d’autres usages thérapeutiques. Or, la différence réside dans le fait que la marijuana est plus psychoactive que le chanvre quoique de même apparence.
Bientôt 20 ans que le cannabis est consommé légalement au Québec à des fins médicinales. Il est surtout prescrit pour traiter et réduire la douleur.
Tout comme l’alcool déjà prohibé, le cannabis risque de suivre la même trajectoire, soit une recrudescence des ventes par curiosité et une utilisation plus ou moins fréquente par la suite. Or, la qualité du produit, la récurrence de la consommation, la quantité, le contexte et l’intention de son utilisateur demeureront les indicateurs à surveiller afin d’évaluer si un problème s’installe.
Quelques recherches permettent d’avancer que la marijuana chez les personnes âgées augmenterait l’appétit, améliorerait le sommeil, réduirait la douleur et préviendrait le glaucome. Encore mieux, on prétend que « cette substance pourrait retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer en éliminant une protéine toxique liée ». Ce n’est qu’une hypothèse en voie de développement. Mais tout compte fait, on en revient toujours aux bienfaits médicinaux et aux faibles conséquences si le pot est consommé à l’occasion.

Quand la dépendance s’infiltre

Cette réflexion sur l’usage du cannabis de nos doyens m’incite à élargir le débat. Les tranquillisants mineurs et majeurs (benzodiazépines) prescrits abondamment à nos aînés et renouvelés à répétition, ne sont-ils pas aussi dommageables pour la santé?
Ces psychotropes sont pourtant légaux. Nos aînés sont anxieux, dorment mal, éprouvent de la douleur, vivent le mal de la solitude et de l’avenir. Des médicaments psychotropes sous ordonnance sont consommés pour les soulager, les apaiser, engourdir la souffrance et la douleur. Finalement, quand on pense aux effets du cannabis, il ne faut pas écarter les effets non négligeables de ses acolytes, l’alcool et les médicaments de type benzodiazépine et les opiacés. Loin d’être inoffensives, ces petites pilules agissent tout autant sur le système nerveux central et les neurotransmetteurs, pouvant créer des effets indésirables. Elles sont susceptibles d’altérer la mémoire, la concentration, d’agir sur l’attention et de provoquer la confusion.
Bref, la dépendance se crée lorsqu’un mal-être s’installe parce non soigné. Mais quand l’être humain a besoin de s’engourdir tous les jours pour ne plus ressentir la boule d’anxiété sise au cœur de son thorax, eh bien, s’entourer de bons soins, de bonnes personnes est la méthode la plus aidante pour faire face à ce mal de vivre.
Services régionaux utiles : www.dependancelaurentides.com/services-a-la-population/
Diane Baignée est travailleuse  sociale en pratique privée.

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