Quand les cultures se rencontrent

Par Ève Ménard
Quand les cultures se rencontrent
Claude, d’origine congolaise, est arrivé au Québec le 12 décembre 2018. Photo : Ève Ménard (Photo : Ève Ménard)

Les rendez-vous culturels

Claude a 28 ans et est d’origine congolaise. Il est arrivé au Québec le 12 décembre 2018 et habite à Saint-Jérôme. Au départ, il croyait que l’hiver n’était qu’un « paysage monté » qui n’existait pas réellement. Même qu’un jour, alors qu’il vit le soleil rayonner à l’extérieur, il sortit en short et en sandales dans l’impression qu’il faisait beau et chaud. Il a rapidement compris que l’hiver était bien réel! « C’était une grande surprise! Je suis retourné à l’intérieur très rapidement », raconte-t-il en riant. Claude est très curieux de nature et envisage déjà avec enthousiasme tout ce qu’il lui reste à découvrir.

Guy Justin a 52 ans et est établi à Saint-Jérôme avec sa fille de 24 ans, Lucienne, depuis octobre 2019. Cette dernière me pointe les feuilles orangées à l’extérieur pour m’illustrer le magnifique paysage qui s’offrait à eux lors de leur arrivée. N’ayant emménagé dans les Laurentides que depuis 11 mois, ils s’acclimatent tranquillement à leur nouveau lieu de résidence.

Carlos et Milena, un couple provenant de la Colombie, sont arrivés au Québec en 2015. Alors qu’ils habitaient auparavant à Laval, cela fait quelques mois qu’ils sont déménagés dans les Laurentides, une région qu’ils apprennent à connaître. « C’est vrai-ment beau, il y a pleins d’espace verts », se réjouit Milena. « En Colombie, il n’y a pas de saisons donc pour nous, c’est tellement joli de regarder comment les feuilles tombent chaque année », indique pour sa part Carlos.

Donner le goût du Québec par la culture

Qu’ont en commun ces nouveaux arrivants installés depuis quelques mois ou quelques années au Québec? Ils font tous partie des 18 participants des Rendez-vous culturels dans les Laurentides, un projet du Mouvement national des Québécoises et des Québécois qui a pour buts principaux de favoriser l’intégration des allophones et de donner le goût du Québec par la culture.

Le concept est bien simple : Pendant sept semaines consécutives, un groupe de 15 à 20 allophones est invité à participer à une séance hebdomadaire leur permettant de non seulement mieux se familiariser à la culture québécoise, mais aussi de créer des liens entre eux et avec la communauté. Il y a donc plusieurs cohortes à travers les différentes régions du Québec, dont celle des Laurentides. Les activités sont toujours organisées en collaboration avec un artiste, une institution ou un organisme de la région, par exemple un musée, une société d’histoire ou encore un théâtre, afin que les participants puissent fréquenter et découvrir les lieux culturels qui les entourent. 

Carlos et Milena sont un couple colombien installé au Québec depuis 2015, et dans les Laurentides depuis quelques mois. Photo : Ève Ménard

Une cohorte diversifiée et intergénérationnelle

« Passionnés », « dynamiques », « sympathiques », « chaleureux », « intéressants » : Thérèse David qui anime cet automne cette nouvelle cohorte ne manque pas de qualificatifs pour décrire les participants. Elle relève aussi la diversité du groupe et ses rapports intergénérationnels, alors qu’on compte autant de très jeunes adultes qu’un père de neuf enfants. C’est par tout hasard que Thérèse David a débuté son implication au sein des Rendez-vous culturels il y a trois ans. Depuis, elle a tellement aimé l’expérience qu’elle l’a poursuivie à Saint-Jean-sur-Richelieu, Laval, Montréal, Longueuil et cette année, dans les Laurentides. Elle travaille en collabo-ration avec la chargée de projet, Véronika Di Palma, qui s’occupe de l’organisation des activités et des suivis avec les participants.

« J’ai visité la salle théâtrale; c’était quelque chose d’extraordinaire que je n’avais jamais vu dans ma vie! », s’exclame Claude au sujet de la première activité à laquelle il a pris part le 19 septembre dernier. Celle-ci avait lieu au Théâtre Gilles-Vigneault et consistait à faire découvrir l’histoire du théâtre québécois, volet théorique donné par Thérèse David, ainsi qu’à visiter les coulisses de la salle de spectacles et aller à la rencontre d’artisans.

La seconde activité ayant pour thème les arts visuels au Québec avait lieu samedi dernier, le 26 septembre. La première partie s’est déroulée sur la mezzanine du Théâtre Gilles-Vigneault pour le volet théorique portant notamment sur les grands artistes québécois, puis s’est poursuivie au Musée d’art contemporain des Laurentides où les participants ont pu contempler et analyser les œuvres présentes.

Thérèse David anime le volet théorique portant sur les arts visuels au Québec. Photo : Ève Ménard

C’est « tigidou »!

L’animatrice précise que l’apprentissage ne se veut pas uniquement théorique, mais promeut aussi une participation active. « Il ne faut pas les embarquer comme si c’était un autre cours de francisation. Il faut que ce soit ludique et amusant! » Thérèse David termine justement chacune de ses présentations en expliquant quelques expressions québécoises, une section qui fait bien rire les participants! Samedi dernier, ils ont notamment été familiarisés avec les expressions « Tigidou », « Gosser » ou encore « Avoir de la broue dans le toupette ». Or, leur favorite fut sans aucune doute « Tabarouette » qu’ils se sont amusés à pratiquer et à utiliser dans différentes situations le reste de l’après-midi, ce qui a fait rigoler tout le groupe, y compris l’animatrice et la chargée de projet.

En amont de cette deuxième activité, Thérèse David me confiait que le contexte actuel avait un impact sur le groupe, en comparaison avec ses expériences antérieures, alors qu’il y a quelques désistements et que le respect de la distanciation sociale et le port du masque réduisent le contact humain. Or, au terme de cette journée, l’animatrice s’est réjouie de voir naître une belle chimie et une ambiance qui lui rappellent les dernières années.

Ajustements

Le 30 septembre, le journal apprenait par l’entremise de Thérèse David, que la Santé publique ne permettrait  plus les activités des Rendez-vous culturels en présence dans les zones rouges. La cohorte des Laurentides est donc concernée par cette mise à jour puisque que la grande majorité des activités avaient lieu à Saint-Jérôme dont le pallier d’alerte passera au rouge à partir du 1er octobre. Or, des activités de remplacement en virtuel ou à travers des formules personnalisées sont présentement en préparation  afin de ne pas laisser tomber les participants.

Guy Justin et sa fille, Lucienne, sont installés à Saint-Jérôme depuis 11 mois. Photo : Ève Ménard
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