Que nous réserve 2021… socialement ?

Par Simon Cordeau (initiative de journalisme local)
Que nous réserve 2021… socialement ?
Stéphane Chalifour est professeur de sociologie au Collège Lionel-Groulx (Photo : Courtoisie)

L’année 2020 derrière nous, à quoi peut-on s’attendre en 2021? Nous avons discuté des enjeux sociologiques qui nous attendent avec Stéphane Chalifour, professeur de sociologie au Collège Lionel-Groulx. « L’année qui vient, en fait celles qui viennent auront des bouleversements majeurs, au pluriel! »


Crise de confiance

Un élément central à la présente crise, c’est la confiance : confiance envers les élus et, maintenant, confiance envers le vaccin. M. Chalifour trouve « ahurissant » qu’une part appréciable du personnel de la santé ait des réticences face au vaccin. Il parle aussi des complotistes, desquels on a beaucoup discuté en 2020, mais qui ne sont pas près de disparaître en 2021.

Quant aux élus, il rappelle que : « les politiciens ont le fardeau d’agir. » Depuis le début de la crise, ils doivent prendre des décisions importantes rapidement, sur la base d’informations incomplètes, ce qui peut mener à de l’improvisation. « J’ai l’im-pression que le gouvernement québécois, malgré tout, s’en sort assez bien. Legault maintient sa cote de popularité. Mais elle demeure fragile », avertit le sociologue. Il ne faudrait pas beaucoup d’erreurs, même commises de bonne foi, pour miner cette confiance.


Personnes âgées

M. Chalifour insiste que nous devrons repenser la place des personnes âgées dans notre société, pour éviter que la tragique situation actuelle ne se reproduise. « Qui aurait cru, il y a un an, qu’on serait obligés de choisir qui va mourir? », demande-t-il. Peut-être bientôt, les hôpitaux débordés devront favoriser les plus jeunes, qui ont plus de chances de survivre, au détriment des plus vieux. « Ce sont des questions morales extrêmement déchirantes. »

Et il ne faut oublier que, depuis le début, les aînés forment la vaste majorité des victimes de la pandémie. « Quand tu atteins un certain âge, où tu n’es plus actif, on te place dans le couloir de la mort », déplore-t-il, en référence aux CHSLD.


Télétravail

Pour celui qui a étudié la sociologie du travail, il est clair que le télétravail amènera des bouleversements bien au-delà de la pandémie. « Des sociologues craignent que c’est peut-être un piège. D’un côté, ça peut émanciper les travailleurs, qui sont plus libres de leur temps, et ça peut aider la conciliation travail-famille. Mais c’est aussi comme le téléphone cellulaire. Tu n’as plus besoin d’une secrétaire pour prendre tes messages, mais le cellulaire te suit partout, il dort à côté de toi! » M. Chalifour croit que le gouvernement devra légiférer au plus tôt pour encadrer et limiter le télétravail.


Le retour de l’État-nation

Le sociologue tient à souligner le rôle important joué par les États-nations durant la crise. « Ce n’est pas l’OMS, ni l’ONU, ni une obscure organisation internationale qui gère la pandémie. Ce sont les états nationaux qui gèrent la crise comme ils le pensent, en amenant des solutions nationales. » Il donne l’exemple de la fermeture des frontières. Sur cet aspect Justin Trudeau, qui décrivait le Canada comme le premier État « post-national » en 2015, est d’ailleurs encore réticent à agir, indique M. Chalifour.

Il note aussi le retour de la sociale-démocratie, née de la crise économique de 1929. Partout en Occident, l’État est inter-venu massivement dans l’économie. « Même pour les conservateurs! Comme Doug Ford en Ontario : il est devenu un social-démocrate redoutable! »

Selon le professeur, cette intervention rapide, et surtout nécessaire, est venu « casser le mythe de la mondialisation et du libre-marché ».


Notre relation aux autres

La méfiance qui s’est installée face aux autres est aussi là pour rester, selon M. Chalifour, même après la vaccination.

« Oui, il y aura un effet sur la proximité des relations interpersonnelles, sur la manière dont les individus vont s’approcher. »

Il est particulièrement inquiet des manières de tisser des liens, voire de se courtiser, virtuellement. « L’être humain est un être social, de paroles, qui a besoin de chaleur humaine. Quel sera l’effet sur ceux qui grandissent maintenant? »

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