Quelques questions à Nicole Ménard de la Bank of Montreal repêchée par le parti Libéral du Québec

Par Leo-Paul Lauzon

Quelle bonne nouvelle mes amis, la nouvelle recrue du parti libéral du Québec, Nicole Ménard, qui sera candidate dans Laporte en Montérégie, a répété abondamment qu’elle voulait servir et donner à la société et qu’elle était une femme profondément engagée. Riez si vous voulez, mais moi je ne doute aucunement de la profondeur de son engagement. Elle trouvera en moi un allié indéfectible, même si elle est au parti libarâl. Afin de démontrer ma bonne foi, je vais lui adresser quelques problèmes importants de société qu’elle va assurément contribuer à résoudre, du fait de son expérience pertinente de 40 ans à la Banque de Montréal.

Faut bien reconnaître le sens de l’humour particulier de Jean Charest qui a présenté sa candidate «vedette» à titre de «la vice-présidente» de la Banque de Montréal afin de péter de la broue. Disons, sans toutefois rien enlever à madame, qu’elle est juste une des mille vice-présidentes régionales de la dite Banque. En fait, Nicole Ménard est vice-présidente sud-est du Québec, ce qui veut dire que le gros de ses fonctions a à voir avec le «P.R.», soit les relations publiques. D’ailleurs, son nom n’apparaît nullement parmi les 44 membres de la haute direction de la banque à la page 135 du rapport annuel 2006 de cette firme.

Puis-je me permettre, madame, de féliciter votre Banque d’avoir réalisé un bénéfice net record de 2,7 milliards de dollars en 2006, soit le double de celui engrangé en 2002 au montant de 1,4 milliards de dollars? Vraiment impressionnant. Ne soyons pas sceptiques et n’ayons point peur du succès, comme nous l’a suggéré récemment André Boisclair, chef du parti québécois, et faisons aussi l’éloge de la richesse, comme nous l’a ordonné Alain Dubuc, ce brillant éditorialiste à La Presse et dans tous les autres journaux de Power Corp. D’ailleurs, tous de­vraient s’en réjouir car les chantres du capitalisme global et intégral n’ont de cesse de nous seriner que plus les compagnies font des gros profits, plus elles vont créer de l’emploi, partager cette richesse avec leurs employés en augmentant leurs salaires et payer de l’impôt, non?
«Étonnement», et allant à l’encontre de cette vision paradisiaque du capitalisme, j’ai devant moi l’article du Devoir daté du 1er février 2007 et intitulé: «La BMO supprime 1000 emplois. La Banque de Montréal a engrangé des profits de 2,6 milliards». Quand l’entreprise va mal, comme dans le cas d’Olymel, Lucien Bouchard et sa joyeuse bande de mononcles nous disent que les employés doivent accepter des baisses importantes de salaires et d’avantages sociaux pour «sauver» leurs jobs. Et quand ça va bien, et même très bien pour l’entreprise, eh ben là, soit que l’on flushe des employés ou que l’on coupe dans leurs conditions de travail afin de faire encore plus de profits. Le capitalisme représente un système économique à sens unique dans lequel les employés ont toujours été et seront toujours les dindons de la farce des compagnies. Madame Ménard, je suis assuré que, comme moi, votre indignation est à son paroxysme devant le dernier geste posé par votre Banque et, qu’à l’interne, vous vous êtes opposée farouchement à ce coup de massue. Peut-être est-ce ce geste inqualifiable posé qui vous a incité à remettre votre démission et à entrer en politique? Le pire dans tout ça, madame, est que les dirigeants de la Banque de Montréal ont dit qu’ils vont licencier 1000 employés afin «d’atteindre leurs objectifs financiers». Des profits records à chaque année de plusieurs milliards de dollars ne suffisent plus, il en faut toujours plus pour satisfaire l’appétit sans fin des détenteurs de capitaux. On ne peut mieux illustrer la véritable nature du capitalisme sauvage qu’en utilisant l’exemple de la Banque de Montréal. Madame Ménard, qu’allez-vous faire pour arrêter drette là ces gestes odieux d’entreprises qui considèrent leurs employés comme de vulgaires instruments pour parvenir à leurs fins économiques abjects? Pour ces dirigeants, 1000 employés congédiés, ce n’est là qu’une froide statistique et non 1000 drames humains. Je suis assuré à l’avance que vous allez vous battre de toutes vos forces afin de renforcer les droits des travailleurs.

Dans un article du Journal de Montréal du 19 septembre 2006 du journaliste Michel Van de Walle intitulé: «Les employeurs sabrent dans les avantages sociaux», madame Ellen Whelan, directrice chez la firme de con­seillers en ressources humaines et d’actuaires Mercer, a dit que : «Les grandes banques canadiennes ont été parmi les premières à sabrer dans les protections d’assurance de leurs employés puisque ces derniers ne sont pas syndiqués». Vraiment écœurant, n’est-ce pas madame Ménard? Les chanceux qui ne sont pas flushés dans les banques doivent obligatoirement accepter des baisses importantes dans leurs conditions de travail sinon «bye, bye». Madame Ménard, vous avez évidemment pris bonne note que les banques ont les coudées très franches puisque leurs employés ne sont pas syndiqués. Allez-vous vous battre pour corriger cet anachronisme et autoriser la syndicalisation des employés dans le milieu bancaire afin de rétablir quelque peu le rapport de force entre l’employeur et ses employés pour que de tels gestes, aussi odieux, ne se reproduisent plus jamais?

Madame Ménard, parlons maintenant fiscalité si vous me le permettez. Vous connaissez la vieille rengaine usée à la corde qui dit que plus les compagnies font du profit, plus elles paient d’impôts aux gouvernements. Le patronat va même jusqu’à jouer aux victimes en prétendant crouler sous les impôts. Gros impôts ou pas, madame Ménard, ça les empêche pas de réaliser des profits records année après année. Moi, dans ma petite tête, je me demande comment ils font pour continuellement réaliser des profits records s’ils sont vraiment surtaxés. Peut-être pourriez-vous éclairer ma lanterne à cet effet? Trêve de discussions théoriques, prenons un cas concret, soit celui de votre Banque de Montréal madame Ménard. À la note 23 des états financiers portant sur la charge d’impôts sur les bénéfices apparaissant à la page 125 du rapport annuel 2006 de la Banque de Montréal, il est écrit que même si en deux ans le bénéfice net avant impôts de l’institution a augmenté de 200 millions $, passant de 3,3 milliards $ en 2004 à 3,5 milliards $ en 2006, et bien attachez ben comme il faut votre capine, les impôts sur le revenu payés par la Banque de Montréal aux gouvernements fédéral et provinciaux du Canada ont diminué de 369 millions $ en l’espace de seulement deux ans, passant de 968 millions $ en 2004 à 599 millions $ en 2006. Scandaleux, n’est-ce pas madame Ménard? Pour une seule institution financière canadienne et en prenant seulement deux ans, la Banque de Montréal a payé 369 millions $ de moins en impôts aux gouvernements, même si son profit net a augmenté considérablement. Alors que les compagnies milliardaires, comme votre Banque, ont droit à de plantureuses baisses d’impôts, le monde ordinaire a droit, lui, à des somptueuses hausses du coût du transport en commun, des frais de scolarité à l’Université, du prix des médicaments, des tarifs d’électricité, des taxes municipales et scolaires et, avec, en prime, moins de services publics. Bravo! Vraiment édifiant en termes d’équité! Excellente mesure pour le bien des générations futures! Puis-je compter sur votre courage madame Ménard pour corriger cette insoutenable iniquité fiscale?

Dans mon prochain article, je vais poursuivre sur l’iniquité fiscale et également parler d’évasion fiscale, deux sujets qui, je n’en doute point, devraient être de véritables chevaux de bataille pour quiconque qui se dit au service de la société…

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