Qui sommes-nous pour juger ?

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Qui sommes-nous pour juger ?
(Photo : Ève Ménard)

Andreanne Migneault-Tohermes (étudiante en travail social) – Vivre en situation d’itinérance par choix ? À 25 ans, Jean-Simon fait ce choix. Voici son histoire.

Haut vers les étoiles

Jean-Simon vient d’une famille très aisée de Gatineau. Au secondaire, il fréquente une école privée et entrevoit un avenir radieux : « Tout me montrait que j’aurais un chemin aisé et que j’irais vers les étoiles, mes rêves et tout. »

Toutefois, son cercle d’amis est plutôt restreint et il n’a pas l’occasion d’avoir de relation amoureuse. Ces circonstances l’affectent grandement. Au moment d’entamer des études supérieures, Jean-Simon décide d’entrer sur le marché du travail, promettant de reprendre ses études plus tard. En quête de nouveauté et voulant s’évader de la maison familiale, il déménage avec plusieurs garçons de son âge en appartement. Pour la première fois, Jean-Simon ressent un sentiment d’appartenance. Influencé par ces nouvelles fréquentations, il commence, peu à peu, à consommer du cannabis pour se soulager.

Étoiles brillantes à sombres

Dès l’âge de 17 ans, Jean-Simon visualise d’atteindre certains objectifs précis avant ses 21 ans. Affecté par ce sentiment d’échec, il s’isole de plus en plus, cesse de manger et de dormir ou, au contraire, dort à l’excès. Éventuellement, il quitte son emploi et n’arrive plus à payer ses comptes.

À 25 ans, Jean-Simon fait une tentative de suicide. Ne voulant plus retourner à son appartement, il décide, par lui-même, d’aller à la rue. Il réside, maintenant, avec d’autres personnes dans une forêt. Pendant la journée, il marche dans la ville à la recherche de bouts de cigarettes. Ayant de la difficulté à subvenir à ses besoins de base, Jean-Simon explique qu’il n’a jamais été aussi débrouillard : « C’est une fausse croyance de penser que les personnes itinérantes sont paresseuses. Par le fait même, c’est exigeant mentalement et physiquement. Pour manger, il faut se rendre à l’heure, il faut pousser du monde, il faut se faufiler dans la ligne juste pour avoir un donut ! »

Un changement réconfortant

Depuis plus d’un an, Jean-Simon œuvre comme infirmier auxiliaire. Ce changement n’a pas été instantané. Au début, il ne voulait pas l’aide apportée par les autres. Il a fallu un « déclic » avant qu’il accepte de l’aide afin de retrouver du contrôle sur sa vie. Maintenant, il se décrit comme une personne heureuse et moins soucieuse du lendemain. Il est très reconnaissant d’avoir des proches et de vrais amis qui l’entourent.

L’itinérance peut affecter tout le monde. Dans son parcours, Jean-Simon a rencontré une variété de personnes qui avaient des avenirs prometteurs, mais qui se sont toutes retrouvées dans le même bateau que lui. Il se peut que ces personnes ne soient pas prêtes à demander de l’aide, mais pour tous ceux qui veulent aider, Jean-Simon dit : « Ne lâchez pas de demander si les personnes en situation d’itinérance veulent de l’aide. Peut-être qu’éventuellement, elles vont dire oui, comme moi. »

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