Réactions en chaîne: croisements de fer / croisements de plumes

Par Eric-Olivier Dallard

Chroniqueurs, journalistes et lecteurs d’Accès réagissent à divers textes publiés en nos pages. Pour retrouver l’intégralité des textes originaux: www.acceslaurentides.com. Bonne lecture, bonne réflexion… bonnes réactions! SUIVEZ LE GUIDE…

1. Claude Jasmin répond à JC Ba­taille (chronique La malbouffe littéraire).

Extrait du

texte de Bataille:
« Le marché du livre obéit malheureusement à une loi implacable: celle de la rentabilité absolue. Le lecteur est avant tout un consommateur. Mieux encore! Le lecteur est naïf ! À la base, quel est l’intérêt d’un livre ? car c’est bien là qu’est la question. Il n’existe pas de profil type, mais on peut s’entendre pour dire qu’un bon livre a deux objectifs principaux: nous divertir et nous éduquer. Idéalement, un bon livre restera dans les annales. Bref, il deviendra une référence ou même immortel. Combien de livres publiés aujourd’hui répondent à ces critères?

L’automne dernier, j’assistais médusé au battage médiatique entourant la publication des biographies de Dominique Michel et de Maman Dion (comme on l’appelle affectueusement). Ces deux ouvrages furent les stars du salon du livre de Montréal pendant que des dizaines d’auteurs québécois tiraient la langue en priant pour que leurs derniers livres se vendent à quelques centaines, voire milliers d’exemplaires. C’est sans doute là le plus bel exemple de ce que j’appelle la Malbouffe littéraire. Je n’ai rien contre le fait de voir quelques biographies sur les rayons des libraires, il faut de tout pour faire un monde. Mais ce qui m’a mis hors de moi, c’est la dimension médiatique entourant ces deux ouvrages. Tout le monde en parlait. Les journaux, les radios, les émissions télévisées consacraient 75 % de leurs manchettes ou de leur temps d’antenne à ces deux volumes en pleine rentrée littéraire.

La grosse machine était en branle. (…) Au­jourd’hui, je plains les auteurs qui sont confrontés à des éditeurs mesquins (à ce sujet, j’en ai beaucoup à dire aussi), à des chroniqueurs et journalistes aveugles et sourds, à des distributeurs qui ne font plus leur boulot (le pouvoir, ce sont eux qui l’ont) et à des libraires résignés. Mais je plains avant tout les lecteurs qui ont de moins en moins de bonne lecture à se mettre sous la dent. Et si demain tous les restaurants gastronomiques faisaient faillite, il ne resterait que des Mac’Do-minique Michel pour vous nourrir…»

Réaction de Jasmin:
«Monsieur Bataille. Ce n’est pas moi qui vais déconseiller l’auto-pub (telle votre deuxième chronique d’Accès), mais je veux vous mettre en garde sur autre chose: Votre attaque à D. Michel. Au Québec les gens ont des icônes et il est vain de s’y frotter. Futile. Dominique Michel en fait partie, comme une Ginette (Reno), ou une Janette (Bertrand). Le grand public les appelle par leurs prénoms, c’est dire.

Interdisez aux “Salons du livre” ces biographies populaires et nos livres littéraires seraient lus davantage. Ne rêvez pas.

Ce que vous soulevez (avec raison) n’a guère à voir avec les éditions populaires bien-aimées du monde ordinaire. À Paris aussi un livre signé disons par Catherine Deneuve ferait florès, n’est-ce pas? Le livre de littérature ne jouit pas d’une bonne couverture en médias parce (N.B.) que le monde lit peu. Ni n’obtient la visibilité nécessaire au succès, (N.B.) car les gens ne lisent guère. Les causes de cette chétivité sont donc ailleurs, n’ont rien à voir avec ces succès populaires des “vedettes” s’adonnant aux récits de leur vie. Si vous me faites l’honneur de lire “Écrire pour la gloire et l’argent” (Trois-Pistoles, éditeur), vous en saurez davantage. Saluts amicaux.

_Claude Jasmin

2. JC Bataille réplique à Claude Jasmin.
«La réaction est venue de l’intérieur. Mon dernier billet, La malbouffe littéraire, a suscité un sursaut de notre chroniqueur Claude Jasmin qui me conseille vivement de ne pas tirer sur Dominique Michel, l’une des icônes de la culture québécoise. Maudit Français que je suis!

Mise en garde bien comprise, mon cher Claude. (À une époque je souriais jouissivement lorsque Gilles Proulx réglait ses comptes avec Stéphane Gendron par micro interposé, mais nous n’en arriverons pas là!).

Mettons plutôt cela sur le compte du malentendu. Loin de moi l’idée de vouloir m’attaquer au star système québécois dont font partie Dominique Michel, Ginette Reno ou encore Janette Bertrand. (Il paraît même que Jacques Villeneuve s’est acheté un micro…) Dans votre réaction, vous me dites qu’interdire ces biographies au salon du livre de Montréal ne changerait rien, nos livres littéraires ne se vendraient pas plus. Effectivement, vous avez parfaitement raison, c’est pour cette raison que je n’ai pas même sous-entendu qu’il fallait virer Dodo du salon du livre ! Le mal se situe ailleurs!
À la limite, j’aurais viré Sophie Chiasson qui, bien qu’elle ait eu parfaitement raison de défendre son honneur en traînant un animateur de radio au tribunal, aurait pu au moins s’abstenir d’en faire une affaire d’État sans saveur. Est-ce que je publicise à tout va ma poursuite contre un promoteur immobilier italien? (Oups!, je viens de le faire…). Quand on en arrive à écrire sa vie alors que l’on a pas franchi la barre des vingt-cinq ans, ça en devient risible. Mais bref, là n’est pas le sujet.

Ceux que j’avais dans la ligne de mire n’étaient autres que les chroniqueurs culturels qui ne font plus leur boulot, et plus généralement l’industrie du livre qui ne manque jamais une opportunité de faire du fric en abêtissant les pauvres lecteurs. Pour cela, elle bénéficie de la complicité de quelques chroniqueurs (je dis “quelques” parce qu’il serait exagéré de les mettre tous dans la même marmite) illettrés qui, en pleine période de rentrée littéraire, consacrent leur temps à encenser les biographies de nos icônes au détriment de nos vrais écrivains. Bien sûr, en France, une biographie de Catherine Deneuve se vendrait très bien (on voit même des choses pires que ça sur les rayons des libraires), mais les chroniqueurs littéraires n’éluderaient pas pour autant le reste de l’actualité du livre et, surtout, garderaient beaucoup d’encre pour le reste de l’actualité. Ils ne feraient pas d’une parenthèse un titre en gras!
À qui la faute?

Pas à Dominique Michel…

Pas aux lecteurs…

Mais à tous ceux qui se situent entre les deux!»

_JC Bataille

3. L’historien Alain Messier répond à JC Bataille (chronique Le Devoir ne fait pas son devoir!)

Extrait du

texte de Bataille:

Sans conteste très amer, Jean-François Nadeau n’a pas hésité à dénoncer les organisateurs, allant même jusqu’à dire en onde que “Même si on me payait, je n’irais pas voir un groupe comme Police qui après vingt ans de non productivité vient se remplir les poches à Montréal!”

Mon cher monsieur Nadeau, vous êtes un bébé gâté! Lorsque vous ferez votre travail, peut-être recevrez-vous enfin quelques invitations. Ne jetez pas la pierre lorsque vous ne jouez pas le jeu. J’ai découvert depuis mon arrivée au Québec à quel point le journalisme est un milieu peu reluisant. Pour exemple, je discutais un jour avec un de mes amis cinéaste dont je tairais le nom pour ne pas l’impliquer dans cette histoire; celui-ci me confiait tout naturellement et le plus simplement du monde: “Mon cher Jean-Claude, si tu veux que les journalistes parlent de ton livre, glisse-leur un billet de cent au lieu d’un marque-page!”. Heureusement, quelques-uns relèvent un peu le niveau sur le plan informatif. Parmi eux, votre grand concurrent et quelques hebdos libres qui ne servent pas leur soupe sans saveur et qui n’ont qu’un objectif: celui d’informer et de promouvoir l’événementiel. (…)Je ne peux que plaindre ceux qui ternissent ce beau métier, bébés gâtés, inconscients du pouvoir qu’ils ont, se croyant privilégiés qui tapent du pied en croisant les bras et en faisant la baboune quand ils n’ont pas ce qu’ils veulent. Ne passez pas les intérêts personnels avant l’intérêt de l’information.»

Réaction de Messier:
«Monsieur Bataille, j’aimerais non pas discuter de vos livres dont vous parlez abondamment dans les quelques chroniques dont vous nous avez gratifiés, mais du manque de rigueur intellectuelle, de la condescendance et surtout de votre duplicité à l’égard des lecteurs du journal Accès, du journal Le Devoir et du responsable des pages culturelles de ce même journal, monsieur Jean-François Nadeau. Voyons les faits et comment vous les avez travestis afin d’écrire un texte qui se voulait à teneur éditoriale, mais qui se révéla à saveur désagréable, voire nauséabonde. Tous les journalistes des quotidiens montréalais avaient reçu des billets d’admissions pour le spectacle The Police de la part de Groupe Spectacle Gillet, procédure habituelle où en retour on s’attend implicitement à ce que les journalistes publicisent l’événement. Au représentant du journal Le Devoir, plutôt qu’à la formule habituelle “nous n’avions pas suffisamment de billets pour tous” on commenta en disant que le journal Le Devoir avait un faible tirage, qu’il se refusait systématiquement à publiciser les événements et qu’il avait peu d’impact sur la scène culturelle. Ce à quoi le représentant du journal répliqua en disant qu’il y avait quand même un tirage de 300 000 à 350 000 lecteurs et de plus les sondages démontraient que ces lecteurs adoptaient largement le secteur culturel comme référent. Le journal Le Devoir étant le seul journal indépendant, il y avait là une coïncidence… Et qu’il soit le seul exclu, puisqu’il ne suit pas le troupeau, n’était que lune en Jupiter. Le journaliste Jean-François Nadeau rédigea alors un article “Pourquoi Le Devoir n’ira pas au spectacle de The Police” article dans lequel il dénonçait l’attitude de plusieurs, qui confondent publicité et information et que de ne pas donner de billets de spectacles correspondait ni plus ni moins, à une forme de chantage stipendiée à laquelle il n’accorderait pas sa complicité. Vous avez pris à partie Le Devoir, et cautionné Groupe Spectacle Gillet, disant que le journal n’avait pas fait ses devoirs,devoirs de quoi,de faire la publicité du groupe The Police !!! Vous avez attaqué le messager et non le message.

Mais où votre article devient indécent et malhonnête c’est lorsque vous mentez… Comment?

En inventant ce “cinéaste” qui vous a dit “Mon cher Jean-Claude,si tu veux que les journalistes parlent de ton livre, glisse-leur un billet de cent au lieu d’un marque-page”. Mon­­sieur Bataille, les écrivains n’ont pas, règle générale, ce cent dollars; vous témoignez d’une frustration littéraire que vous projetez sur notre culture qui, il est vrai, a des faiblesses, mais aussi des forces, ne les défiez pas…

Pamphlétaire vous vous croyez, mais non!, vous êtes une pâle imitation d’Arthur Buies (vous connaissez…). Le journal Le Devoir a une longue tradition remontant à 1910, son fondateur Henri Bourassa a donné pour devise au journal Fais ce que dois, le grand-père d’Henri Bourassa, Louis-Joseph Papineau (vous connaissez…) avait pour devise: “Soyez vrais” Votre conclusion vous incrimine lorsque vous écrivez: “Dommage, ceux qui voudront un compte-rendu du spectacle achèteront le Journal de Montréal. Parce que vous avez décidé de boycotter un rendez-vous culturel qui n’aurait pas du souffrir de votre élan d’humeur”. Vraiment! Pourrais-je vous conseiller grand prêtre venu d’Europe, de conjuguer vos pensées et actions avec l’auxiliaire être, plutôt qu’avoir.

_Alain Messier, historien

4. André Fauteux (chro­nique «Environ­ne­ment» d’Accès) réa­git au texte «Une hy­per­sensible malmenée par le système», présentant le cas de la Lauren­tienne Manon Lavoie.

Extrait du texte de la journaliste

Nathalie Deraspe:
«Pour Michel Gaudet, vice-président et porte-parole de l’Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec (AEHAQ), le moment est venu pour le Gouvernement du Canada d’adopter une législation qui garantisse la protection de la santé publique. Quoique certaines provinces reconnaissent l’existence de la maladie, aucune politique claire n’a encore été élaborée à ce sujet. L’AEHAQ affirme que plusieurs de ses membres (ils sont près de 300 ) vivent de grandes souffrances à cause des traitements médicaux inadéquats offerts au Québec, des services de soutien inexistants et du manque d’aménagements appropriés en milieu de travail, dans les écoles et dans les hôpitaux.»

Réaction de Fauteux:
«Madame Deraspe, mes félicitations! Votre texte aurait pu s’intituler d’ailleurs: “Un système hypersensible à la nouveauté”…

Il est étrange que le porte-parole de l’Hôpital de Sainte-Agathe affirme que son personnel n’avait “pas d’indication claire ni de méthode à suivre” pour traiter Manon Lavoie sans exacerber son hypersensibilité chimique. En fait, l’information abonde dans ce domaine depuis plusieurs années, mais le lobby de certains groupes de médecins et l’industrie pétrochimiques réfractaires à la reconnaissance de cette maladie (reconnue notamment en Allemagne) réussit encore à perpétuer le mythe qu’il s’agit d’une maladie psychosomatique.

Journaliste écrivant sur l’hypersensibilité environnementale depuis 1990, je connais Mme Lavoie depuis plusieurs années. En apprenant son admission à l’hôpital, j’ai donc appelé son infirmière pour offrir de mettre le personnel hospitalier en contact avec des spécialistes et leur transmettre de la documentation pertinente (notamment sur le principal traitement: l’évitement des produits irritants, tout comme on le fait pour les asthmatiques). Celle-ci m’a répondu “être au courant de sa situation”. Que le personnel de l’hôpital ait accusé Mme Lavoie d’être phobique et asociale et l’ait forcée à respirer les parfums des employés et autres produits chimiques est proprement scandaleux. L’Association pulmonaire canadienne a écrit noir sur blanc que les produits parfumés pouvaient déclencher des crises d’asthme et une étude suédoise a confirmé que 6% de la population est hypersensible aux parfums.

En 1997, j’écrivais un dossier sur l’hypersensibilité chimique dans le quotidien La Presse. “C’est le devoir de notre ministère (de la Santé) de voir ce qui se fait dans d’autres provinces”, me disait alors le directeur de la Protection de la santé publique du Québec, le docteur Maurice Poulin. J’ai peine à croire que dix ans plus tard on ne soit pas plus avancé, qu’on accuse encore les hypersensibles de souffrir de maladie mentale.
“Je peux confirmer que 90% de mes patients sont hypersensibles, dont 10% ont failli mourrir de maladie respiratoire, me disait aussi le Dr Roy Fox, directeur du Centre de santé environnementale de la Nouvelle-Écosse. Les hypersensibles ne souffrent pas plus de maladies mentales que les autres groupes de malades.”

Le Dr Fox m’a même plus tard confirmé que Manon Lavoie était un des cas d’hypersensibilité les plus graves qu’il ait eu à traiter.

Pourquoi alors ne pas avoir pris en considération la pile de documents confirmant son diagnostic, dont la lettre d’un médecin de Sainte-Agathe? Et pourquoi persister à croire qu’il est nécessaire d’utiliser de puissants produits nettoyants qui peuvent aussi incommoder les autres patients de l’hôpital?
(Pour les protocoles pour la prévention de la pollution dans les hôpitaux: www.mcscanadian.org/hospital.html)

_André Fauteux, éditeur du Magazine

La Maison du 21e siècle_Sainte-Adèle

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