Régie de police de la Rivière-du-Nord

Par Nathalie Deraspe

Les accusations pleuvent

Après une fausse accalmie, une véritable guerre ouverte s’est amorcée entre la Fraternité des policiers et le président de la Régie de police de la Rivière-du-Nord, le maire Gilles Rousseau, de Saint-Hippolyte. Notre dossier du 1er août a remis le feu aux poudres (voir encadré), mais des documents internes indiquent que l’ambiance de travail a toujours été déficiente.

Cinq ans après la constitution de la Régie, les agents demandaient au ministre Serge Ménard d’intégrer le corps de police de la Sûreté du Québec. «Nous n’avons pas les ressources requises, la motivation du personnel est très faible, nous avons des problèmes de recrutement, les possibilités d’avancement sont inexistantes et une diversité dans nos carrières est impossible», indique une missive datée du 25 septembre 2001. Aujourd’hui encore, patrons et em-ployés s’attaquent, tandis que la population demande à être desservie adéquatement. Dimanche dernier, l’Association des propriétaires du Lac Achigan a demandé des comptes à la Régie, s’inquiétant de voir si peu de patrouille nautique. Celle-ci était présente sur le lac mardi, malgré le temps froid et l’absence de villégiateurs. Les salaires des cadres grugent à eux seuls 350 000$ dans le budget de la Régie, allèguent les policiers. «On a même un sixième cadre, le secrétaire trésorier, qui a son local.» C’est énorme, compte tenu qu’il s’agit de l’un des plus petits corps de police de la province, disent-ils. Et comme nous le mentionnions, trois de ceux-là bénéficient d’une voiture fournie. Deux ont été achetées neuves. «C’est très rare que le capitaine aux enquêtes ait le véhicule fourni, à part s’il travaille avec 70 policiers. Lui nous a envoyé un courriel pour nous dire de ne pas le déranger durant ses vacances», dénoncent les agents.

En 2003, le maire Maurice Charbonneau promettait de «mettre les bouchées dou-bles» pour entre autres, conclure un nouveau contrat de travail avec les policiers, et améliorer le système de télécommunications afin d’être plus performants. «Rien n’a été fait, déplore le syndicat. Nos imperméables prennent l’eau et ne sont pas fluorescents. Certains sont tellement usés qu’on ne peut même plus voir le mot « police» dessus.»

En congé de maladie depuis février, la secrétaire aux enquêtes a finalement démissionné. Un répartiteur poursuit son congé sans solde et un poste permanent demeure vacant. On fait de l’économie de bout de chandelles en faisant appel à des surnuméraires, répli-que-t-on. Et la politique sur le harcèlement psychologique, promise depuis octobre 2006, se fait toujours attendre. Malgré une apparence de conflit d’intérêt, le syndicat affirme que le directeur de la Régie enquête lui-même sur les griefs qui lui sont destinés. «Ils aiment mieux mettre l’argent sur leurs avocats plutôt que d’investir dans leur corps de police. Y’a aucune autre façon de régler le dossier que de mettre un terme à la Régie. En intégrant la Sûreté du Québec, on change d’uniformes et on règle toutes nos bibittes.»

L’approche communautaire en cause?

Lors d’un colloque sur la police et les citoyens tenu en 2005, le président national de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ), Denis Côté, relevait les écueils de la politique déployée par le ministère de la Sécurité publique en 2000. «En bout de ligne, il est légitime de se demander si nous assistons à une véritable implantation de l’approche communautaire ou à un exercice de rationalisation. Il y a un coût dans l’innovation policière et ce coût n’a jamais été assumé. Personne n’a eu le courage politique d’admettre que le gouvernement et les municipalités ne disposaient pas de ressources financières pour leur permettre d’augmenter les effectifs policiers nécessités par une telle implantation. Les directions des services policiers devraient fournir davantage des ressources à leur personnel afin qu’il réponde efficacement aux attentes des citoyens.»

Denis Côté espère toujours une rencontre avec le maire Rousseau, mais affirme qu’il est toujours sans nouvelles de lui.

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