Réserve naturelle Alfred-Kelly

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Par Sandra Mathieu

Cette réserve naturelle est protégée. PHOTO : Antoine Gascon

Plusieurs arbres ont été coupés. PHOTO : Antoine Gascon

Conflit au cœur des sentiers

Des visions bien différentes de l’usage des sentiers de la Réserve naturelle Alfred-Kelly ont mené à des actions controversées au cœur de ce territoire protégé et à une escalade de commentaires sur les réseaux sociaux. Le point sur une situation qui prend de l’ampleur.

Situé majoritairement à Piedmont, et également à Prévost, la Réserve naturelle Alfred-Kelly est une propriété de Conservation de la nature Canada (CNC) depuis 2008 (2010 pour certains secteurs). D’une superficie de près de 500 hectares, la réserve assure la conservation de milieux naturels et la sauvegarde d’espèces protégées.

L’organisme à but non lucratif Les Amis de la réserve Alfred-Kelly a été créé afin de promouvoir la protection et les activités de découverte à l’intérieur de la réserve. Il travaille en collaboration avec CNC pour faire en sorte qu’elle soit accessible au public. Sur le site du Comité régional pour la protection des falaises, un autre organisme collaborant avec le CNC, le règlement est clair : « les vélos ne sont pas permis, puisque les sentiers ne sont pas construits pour résister à l’érosion induite par ceux-ci ».

Circulation illicite

Annie Ferland, chargée de projets pour CNC, a sollicité il y a quelques semaines l’aide des bénévoles en rapport avec la circulation illicite de vélos de montagne dans le secteur Piedmont, sur le sentier connu sous le nom de « Misto », qui est connecté à la Wizzard.

« Nous sommes au courant depuis plusieurs années de la problématique d’intrusion de vélos de montagne à cet endroit. Les cyclistes tracent de nouveaux sentiers sur la réserve, en plus de circuler sur le réseau existant, particulièrement la Wizzard, La Passe, L’Érablière et la Boucle. L’équipe a récemment obstrué les sentiers avec des coupes partielles d’arbres (qui demeurent vivants). Cette solution était préconisée par les experts dans ce genre de situation, car une barrière serait facilement contournable. Toutefois quelques jours après l’intervention, les cyclistes sont venus dégager les sentiers, coupant des arbres à nouveau. »

Mme Ferland se dit ouverte à écouter les propositions des usagers, mais précise que CNC est tenu par la loi de limiter les activités dans la réserve et qu’un changement de vocation d’un sentier devrait alors être accepté par les instances gouvernementales.

La mairesse de Piedmont, Nathalie Rochon, se désole pour sa part que les différences de visions mènent à des coupes d’arbres même si ces dernières sont faites dans les règles de l’art. « Je trouve ça triste. Les usagers doivent réaliser que nous sommes chanceux d’avoir une réserve comme celle-là chez nous. Il ne faut pas oublier que le plan B était un projet immobilier. Nous devons respecter la mission première de la réserve qui est de conserver avant tout la faune et la flore. CNC y sont chez eux et les règlements doivent être respectés et les communications plus claires. »

Pro vélo

Selon Éric Léonard, responsable de l’International Mountain Bike Association (IMBA) Canada pour le Québec, les organismes de conservation prennent de plus en plus conscience que les meilleurs pratiques en aménagement durable de sentiers proviennent des enseignements et de l’expertise de l’IMBA.

« Le développement doit aller de pair avec la conservation afin d’être durable et d’éviter les situations conflictuelles. Il faut prendre en compte l’état actuel des lieux et les usages avant de mettre un projet de conservation de l’avant et s’assurer d’obtenir l’adhésion des usagers déjà présent, des projets à venir dans le secteur, et aussi de tendre la main pour obtenir de l’appui auprès de ses groupes d’usagers. Bref, s’allier à la communauté sur deux roues, deux pattes et leurs amis à quatre pattes, c’est une des clés du succès pour tout projet de conservation. »

Une gestion très stricte

Autre son de cloche du côté de Denis Bergeron, président et secrétaire des Amis de la réserve Alfred-Kelly. « Dans une réserve naturelle à conservation stricte, pas question “d’aménager” les sentiers pour autres usages que la randonnée pédestre. D’autres endroits ont très bien été conçus à proximité de la Réserve pour le vélo de montagne. Certains cyclistes “développent” de façon sauvage un réseau de pistes qui hachurent de façon désastreuse des milieux humides et des espaces où poussent une flore exceptionnelle caractérisée. Ce genre d’invasion vient miner des années de travail d’une armée de bénévoles qui œuvrent pour préserver une zone naturelle sauvage en milieu urbain. »

Mme Rochon souhaite de tout cœur l’organisation d’une discussion civilisée pour que chaque partie prenante prennent le temps d’écouter le point de vue de l’autre et de bien comprendre les objectifs d’un tel territoire. Yanick Langlais, bénévole bien connu dans le milieu du vélo de montagne, espère également une rencontre, mais se dit horrifié par les « coupes sauvages » et essoufflé par toutes ses années d’implication à contre-courant pour le développement des sentiers de vélo de montagne dans la région.

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