Robert Parker, le plus grand dégustateur de la planète? Oui, mais…

Par Pierre Birlichi

Au moment où sortent au Québec, les guides gourmands de Jacques Orhon sur les Vins d’Italie (39,95$) et sur les Vins du Nouveau Monde (39,95$), de Jean Aubry (Les 100 meilleurs vins à moins de 25 dollars, 19,95$), de Michel Phaneuf (Le Guide du Vin 2008, 26,95$), ou bien le très spécialisé et passionnant guide des Vins Mousseux et Champagne (29,95$)

de Guénaël Revel, une ancienne collaboratrice du Wine Advocate, Hanna Agostini, vient de publier un livre sur Robert Parker. Cet ouvrage divise le monde des vins et confirme l’impression aigre douce laissé par le film Mondovino.

Mais tout d’abord qui est Hanna Agostini? Après des études de droit, elle rejoint l’équipe française de Robert Parker de 1995 à 2003. Elle recueille, classe les informations. Elle organise des dégustations. Elle collabore à la version française de la revue «Wine Advocate». Nous pouvons donc en déduire que l’auteure sait de quoi elle parle. Qu’apprenons-nous?

Selon elle, Robert Parker est le plus grand dégustateur de la planète. Sa capacité à déguster parfois jusqu’à 100 vins par jour, puis d’être capable de reconnaître l’immense majorité d’entre eux à l’aveugle est reconnue dans le métier. Robert Parker est un bourreau de travail. Depuis ses débuts, il met en avant son intégrité, au service du vin et des consommateurs. Dans son ouvrage, Mme Agostini lève le voile sur quatre dimensions qui risquent d’affecter la crédibilité du Maestro.

Premièrement, l’auteure de «Robert Parker, anatomie d’un mythe» aux éditions Scali, démontre que le défenseur des vins vrais, n’a pas réussi à conserver ses distances avec le milieu. Négociants de premiers rangs, grands propriétaires, œnologue désormais de renommée mondiale, entourent les activités de Robert Parker partout où il se déplace. Des liens évidents d’amitié se sont naturellement développés au fil des années. Je ne pense personnellement pas que ceci soit à blâmer, si et seulement si l’avis du métronome du marché mondial du vin pouvait redevenir neutre.

Ou bien encore, si tout un chacun pouvait avoir accès à lui. L’une des révélations les plus choquantes pour le lecteur des différents «Guides Parker» tient à ce que le petit vigneron, certain de son savoir faire et de son terroir, doit batailler pendant des mois voire des années avant d’espérer insérer l’un de ses vins au sein d’une dégustation organisée par les «amis» cités plus haut. Difficile dans ces conditions de percer un marché américain ou un monopôle tel que la SAQ sans une bonne note au Parker. Pourtant combien de personnes au Québec se procurent et lisent les bibles du messie venu du Maryland? Quasiment personne. Mieux encore, pour ne pas vendre un vin à un sommelier du Québec, dites lui que votre flacon a reçu «une bonne note au Parker».

Pour son troisième reproche, Madame Agostini affirme que Robert Parker juge un vin en exprimant son goût personnel. Il suffit donc que votre vin ne corresponde pas aux caractéristiques qui flattent le palais de notre autodidacte, pour qu’il écope d’une note sans valeur commerciale. Une solution s’impose donc au vigneron: substituer son goût à celui de son critique. J’espère que vous conviendrez avec moi que je ne parle pas ici de la couleur ou des options de ma prochaine voiture, mais de terroirs et de vin. Customiser un vin à partir des goûts d’un seul critique, c’est mourir un peu.

La dernière injustice relate des approximations, des erreurs, et des inexactitudes accumulées depuis près de 10 ans dans les différents guides de Robert Parker. D’après Mme Agostini, on aurait eu tendance à confondre les rotatives de l’imprimeur avec la planche à billets. Autrement dit, le copier-coller serait devenu la règle.

Pour conclure, je dois vous dire qu’à ma connaissance, aucune plainte n’a été déposée à ce jour en France par les éditeurs de Robert Parker pour saisir les livres avant leur diffusion (le 25 octobre dernier), ou pour poursuivre Madame Agostini. En même temps, je me prends à rêver d’un retour en arrière et de l’époque où Robert était encore Parker, tant je me souviens avec précision de la première fois où je me suis plongé dans son guide des Vins de Bordeaux. J’étais à Margaux. C’était en 1985, et le millésime 82 nous illuminait le visage.

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