Roseline Filion : « Je doute que je vais revivre ce genre d’expérience un jour »

Chronique - Mémoire d'athlètes - par Ève Ménard (initiative de journalisme local)
Roseline Filion : « Je doute que je vais revivre ce  genre d’expérience un jour »
Roseline et Meaghan en action aux Jeux de Rio. (Photo : courtoisie)

Alors que les Jeux olympiques de Tokyo devaient normalement avoir lieu cet été, nous avons décidé de revisiter,au cours des prochaines semaines, certains souvenirs olympiques avec quelques-uns de nos athlètes québécois.

 

Roseline Filion avait neuf ans lorsqu’elle a regardé Annie Pelletier remporter une médaille de bronze en plongeon aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. C’est à ce moment-là qu’elle s’est mise à rêver aux olympiques. Aujourd’hui, Roseline Filion est elle-même médaillée de bronze à deux reprises dans cette discipline, à Londres en 2012 et à Rio en 2016.

 

C’est en 2008 à l’âge de 20 ans que l’athlète, aujourd’hui retraitée, a réalisé son souhait en prenant part aux Jeux de Pékin en Chine. « J’avais rêvé à ça toute ma vie. Il n’y a personne qui peut te préparer à ce que sont réellement les Jeux olympiques. Tu ne peux pas prendre l’ampleur de tout ça sans l’avoir vécu toi-même. C’est immense », raconte-t-elle.

En duo

Ce qui a particulièrement marqué la carrière de Roseline Filion, c’est son partenariat avec Meaghan Benfeito avec qui elle a remporté ses deux médailles olympiques au plongeon synchronisé tremplin 10 m. Le duo avait débuté leur carrière aux Championnats du monde de 2005 à Montréal. Depuis, les deux Québécoises ont fait leur chemin pour devenir un duo dominant sur la scène internationale. « C’est certain que les Jeux olympiques de Pékin n’ont pas été le reflet de comment on performait dans les dernières années [à Pékin elles avaient terminé 7e], mais encore là, c’était d’assimiler ce que sont les Jeux olympiques, de ne pas savoir à quoi s’attendre, de rêver à une médaille parce que tu les vois devant toi les personnes gagner des médailles; ce n’est pas à la télévision. Tout ça, c’est très intimidant. Mais cette expérience a fait en sorte que pour Londres et Rio, nous n’avions plus besoin d’être impressionnées des Jeux olympiques. Nous savions exactement à quoi s’attendre ».

Une dernière médaille et une eau verdâtre

À Rio, lors de leur cinquième et dernier plongeon de la finale, Roseline et Meaghan s’élançaient les avant-dernières. En cinqui-ème position après la quatrième ronde, elles avaient besoin d’un plongeon presque parfait pour espérer monter sur le podium, ce qu’elles ont réussi avec brio. Roseline Filion explique que l’objectif une fois sur la plateforme du 10 mètres est de faire le vide complet. « C’est de la concentration pure et dure. […] Pour Londres et Rio, je me souviens que c’était complètement le vide dans ma tête. Quand je regardais Meaghan, on parlait d’autres choses que du plongeon, on se faisait rire. Il y avait peut-être un mot d’encouragement quand le sifflet était déclenché et que c’était notre tour. »

À la suite de leur ultime plongeon, les deux athlètes occupaient la troisième et dernière marche du podium et remettaient du même coup leur destinée entre les mains des Anglaises, dernières à s’élancer dans cette compétition. « C’était intermi-nable comme moment », se rappelle Roseline. « C’est déchirant aussi.[…] Je ne souhaitais pas de plongeon raté. Je souhaitais que ma performance ait été suffisante pour me permettre de monter sur le podium. Quand tu veux ça le plus au monde et que tu n’as plus le contrôle, c’est particulier ». Heureusement pour elles, le plongeon des deux athlètes n’a pas été suffisant pour se frayer un chemin sur le podium, permettant à Roseline Filion de clôturer sa carrière avec une seconde médaille de bronze olympique.

Un souvenir particulier que Roseline se remémore aussi à propos des Jeux de 2016 est l’eau verdâtre de la piscine. « Je n’y croyais pas au début. Meaghan l’avait remarqué très tôt que l’eau changeait de couleur et moi j’étais tellement nerveuse que j’ai dit arrête de me déranger avec ça, c’est dans ta tête », raconte-t-elle en riant.

« Quand le premier plongeon est arrivé, qu’on s’est placé sur le bout du 10 mètres et qu’on a vu l’ampleur de l’eau verte, on s’est mise à rire un peu à l’intérieur. On s’est dit ferme tes yeux, ferme ta bouche et ça va être correcte ».

Une grande fierté et une ambiance unique

Outre les performances, Roseline considère­ la céré-monie d’ouverture comme faisant partie de ses moments favoris de cette compétition mondiale. « La cérémonie d’ouverture c’est le moment où tu te dis je suis arrivée là où je voulais. Tu es habillé en Canada avec 300 autres athlètes. Tu entends le nom de ton pays et tu marches dans une foule de 60 000 personnes qui crient comme des fous. Je doute que je vais revivre ce genre d’expérience-là un jour. »

Au cours des semaines de compétition, elle a été témoin d’une ambiance survolante et hors du commun. Elle se remémore notamment les Jeux de Londres en 2012 alors que la piscine était située tout près du stade d’athlétisme. « On venait de terminer notre compétition individuelle et à l’extérieur, je n’avais même pas besoin de le voir que je savais que c’était le 100 mètres avec Usain Bolt. C’était tellement bruyant que je pouvais prédire la finalité de la compétition et on savait qu’il avait gagné. »

L’après-carrière

Cet été marquera la quatrième année suivant la retraite sportive de Roseline Filion, une décision qu’elle ne regrette aucunement. « J’avais fait le tour de ce que je pouvais accomplir comme athlète. J’avais hâte de commencer de nouvelles étapes de ma vie profession-nelle », ­précise‑t-elle. Aujourd’hui, le plongeon en tant que tel ne lui manque pas, mais plutôt les expériences qu’elle décrit. « Je voudrais compétitionner, mais pas m’entrainer », précise-t-elle en riant.

Depuis son retrait de la sphère sportive, Roseline Filion s’est effectivement lancée dans de nombreux projets. Notamment, elle a lancé son entreprise Immersia Jeux d’évasion qui possède à présent deux succursales et participe à des projets pour la télévision jeunesse ou avec Radio-Canada. Justement, elle devait accom-pagner le réseau à Tokyo pour les Jeux olympiques maintenant repoussés à 2021.

Le sport de haut niveau et les Jeux olympiques lui ont appris de nombreuses leçons, comme l’importance d’une équipe solide et fiable, qui lui sont toujours utiles aujourd’hui et dont elle garde un impé-rissable souvenir. « Les Jeux olympiques à la base, c’est un rassemblement mondial tellement puissant qui va au-delà du sport. On rencontre différentes cultures, on découvre d’autres athlètes, d’autres réalités, d’autres sports. C’est super convi-vial, c’est du gros social », conclut-elle au sujet de cette expérience unique.

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