Sables mouvants pour Claude Cousineau

Par Nathalie Deraspe

Le député Claude Cousineau a toujours eu comme slogan «un député présent pour tous». À en juger par ses performances électorales, cet adage l’aura bien servi. Mais en l’espace de quelques mois, l’élu de Bertrand a à la fois manifesté contre une sablière et fait de nombreuses démarches pour le maintien d’une autre.

En juin dernier, Claude Cousineau n’a pas hésité à prendre part à une manifestation qui se déroulait devant l’Hôtel de ville de Val-David et qui visait la fermeture de la sablière Bouchard, aux côtés du Comité pour la sauvegarde de notre qualité de vie. Ce jour-là, le député de Bertrand avait même refusé de prendre part au premier caucus de Pauline Marois, nouvellement élue chef du PQ, pour demeurer dans son comté et appuyer ses commettants.
«La municipalité a des devoirs à faire et je les invite à les faire», avait alors confié Claude Cousineau à Accès, ajoutant qu’il était prêt à présenter une pétition pour signifier que les citoyens «veulent retrouver la quiétude d’antan». Au nom du comité, il venait de remettre un dossier complet à Line Beauchamp, ministre du Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs (MDDEP).

Quelques semaines plus tard, M. Cousineau accompagnait un exploitant d’une sablière de la municipalité voisine dans ses démar­ches suite à une plainte qu’il avait reçue, afin de lui faire obtenir un avis de non-assujettissement (l’équivalent d’un droit acquis) de la part du même ministère. Le député s’est même déplacé par trois fois à Sainte-Thérèse avec lui.

Quoique contestables, la sablière Bouchard a obtenu deux jugements en sa faveur et agit donc en toute légalité (le Comité qui lutte pour sa fermeture attend d’une journée à l’autre un avis juridique à cet effet). Comment appuyer des gens pour la fermeture d’une sablière et forcer le maintien d’une autre dans la municipalité voisine, se demandent incrédules, des citoyens de Val-David.

Pour et contre à la fois?

C’est que l’exploitant en question est nul autre qu’Aurèle Juteau, ex-conseiller municipal du temps où Claude Cousineau était maire de Sainte-Lucie. Les deux hommes ont fraternisé au point d’aller en vacances dans le sud accompagnés de leurs femmes il y a 12 ans.
«Je ne fais pas la promotion des carrières et sablières, se défend Claude Cousineau. Je voulais juste m’assurer que le dossier est complet, ce que je fais avec tous mes commettants. Aurèle et Jean-Guy Juteau sont établis là de père en fils depuis 1901. Ce n’est pas de l’exploitation commerciale, c’est une sablière familiale.» Familiale ou pas, une résidente voisine, dénonce le va-et-vient des camions. Un jour, elle se décide à suivre l’un d’eux. Il aboutit directement sur un terrain en bordure de la 117 appartenant à la compagnie Gelco. «M. Juteau ne peut pas se prévaloir de son droit acquis puisque sa sablière a été fermée pendant 10 à 15 ans», affirme Francine Picard, installée à Sainte-Lucie depuis 1954. Plusieurs témoins seraient prêts à corroborer ses dires au ministère.
«Depuis cinq générations, on a toujours exploité de façon commerciale, dément Aurèle Juteau. Mais on ne faisait que quel­ques voyages de sable par année.» Quant à Gelco, il semblerait qu’en échange de certains travaux d’excavation, la compagnie bénéficierait de plusieurs chargements gratuits.

Dossier sous analyse

Marc Léger, directeur-adjoint à l’analyse des dossiers au MDDEP des Laurentides à Sainte-Thérèse, affirme que la demande de M. Juteau a été faite dans le but d’une exploitation commerciale. «On peut difficilement le mettre en état d’infraction pour l’instant», sa demande étant toujours sous analyse.

Pour le principal intéressé, qui songe à construire un développement résidentiel, il n’y aurait que «trois acres de sable à extraire». De plus, Aurèle Juteau affirme détenir une résolution du conseil municipal vieille d’une trentaine d’années, document qui aurait été renforcé par le directeur général de Sainte-Lucie en 2006. Le maire Ghislain Shoebb tergiverse et nous renvoie à la directrice de l’urbanisme qui nous renvoie à la documentation existante, à 25 sous la copie. Pour l’instant, aucun plan de lotissement n’a été déposé. Plusieurs manifestent leurs inquiétudes. En juin 1977, Paul Bouchard voulait simplement «enlever un monticule désa­gréable à subir et à voir» et construire, lui aussi, un développement résidentiel.

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