S’aimer à travers les autres

Photo de Martine Laval
Par Martine Laval
S’aimer à travers les autres

Sophie Larose

Alors que les tours jumelles du World Trade Center s’écroulaient le 11 septembre 2001, Sophie Larose, qui travaillait alors dans le monde de la

finance, a eu peur et s’est dit qu’elle ne voulait pas mourir un jour pour l’argent. Prenant cette tragédie comme un message de la vie, elle s’est réfugiée au fond des bois pour devenir l’artiste qu’elle rêvait de devenir.

 

Le symbole du capitalisme écroulé alors qu’elle faisait elle-même partie de ce monde en tant que femme d’affaires, courtier en valeurs mobilières, en assurances, et planificatrice financière, elle s’est dit qu’il fallait fuir le milieu pendant qu’il en était encore temps, et faire vivre celle qui dormait en elle et n’attendait que le bon moment pour s’épanouir.

 

Arrivée à Wentworth-Nord, elle s’est mise à écrire les poèmes et les chansons qui l’habitaient, jusqu’au jour où elle croisa dans sa communauté, un garçon de 12 ans, analphabète. Tombant des nues, ne pouvant imaginer que cette réalité existait à deux de chez elle, elle prit sous son aile cet être démuni des bases essentielles ouvrant les portes sur l’avenir auquel tout le monde a droit, et lui enseigna ce qu’il était en droit de connaître. Vinrent se joindre d’autres enfants. Dès lors s’ouvrirent les portes de la mission pour laquelle Sophie Larose était née. .

 

Les enfants vivant la fatigue de 2 heures et demie de bus par jour pour aller à l’école, ayant des problèmes d’alimentation voire de sous-alimentation,

vivant dans la pauvreté extrême, sans organismes communautaires auxquels tendre la main, Sophie créa son centre de ressources à même sa maison, à même ses économies, pour pourvoir aux besoins urgents et à la mise en place des services essentiels nécessaires. En décembre 2007, elle reçoit ses lettres patentes et est reconnue comme un organisme communautaire par l’Agence de Santé et des Services

Sociaux. Elle aura alors droit à une subvention, bien que celle-ci ne représente qu’une fraction des besoins réels.

 

Aide aux devoirs, alphabétisation, insertion à l’emploi, déclaration d’impôts, transport médical, instauration de saines habitudes d’hygiène, d’alimentation et d’interaction sociale, comptoir vestimentaire, matériel scolaire, cuisine, comptoir alimentaire avec accès à des fruits et légumes frais, Sophie met en place tous les services nécessaires pour rendre la population autour d’elle autonome, indépendante, afin que l’espoir de réussir appartienne à chacun(e). En prenant soin les uns des autres, en offrant les outils nécessaires pour s’accomplir, les chances de s’en sortir augmentent.

 

Son histoire

Entre 15 et 17 ans, Sophie était une jeune fille de la rue. Ses parents s’étant séparés alors qu’elle avait 13 ans, elle se retrouve à vivre avec son père… totalement absent. Plus seule que jamais, elle s’enrôle dans le Cirque ambulant et tourne à travers le Québec. Souffrant dans ce monde dur et cruel de la rue, épuisée après deux ans, elle demande à son père la permission de revenir à la maison. Oui, à condition qu’elle travaille dans la firme paternelle. C’est alors qu’à 17 ans, elle devient réceptionniste de soir, étudie dans le milieu et devient, à 23 ans, la plus jeune planificatrice financière du Québec. Afin de pouvoir enseigner à l’université sa nouvelle profession, elle devra obtenir une clause particulière. Femme de surcroit, on s’est souvent demandé où se trouvait le professeur en début de cours! «Disons que la vie m’a bien

formée» avouera celle dont les expériences sont aujourd’hui mises à profit, à bon escient. C’est certes sans jugement et avec beaucoup de compassion qu’elle porte un regard bienveillant sur son entourage dans le besoin, et met à profit ce talent de pédagogue, pour le diffuser dans sa communauté.

 

Elle-même mère de deux enfants et mère d’accueil de deux autres, Sophie Larose, accomplit à 47 ans, l’œuvre de sa vie. «Il y a quelque chose d’innée à prendre soin des enfants et des gens dans le besoin», exprime Sophie. Innée peut-être mais pas donné à tout le monde. Œuvrer auprès des gens les plus démunis et les plus marginalisés demande une grandeur d’âme et un dévouement inconditionnel, et ça, ce n’est pas nécessairement inné.

 

Sophie Larose est fondatrice et

directrice de Ressources Communautaires Sophie, Présidente du MOCAS, Mouvement des

Organismes Communautaires

Autonomes et Solidaires des Pays-d’en-Haut, entre autres.

www.ressourcessophie.com

450-226-1304

 

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de