Saint-Sauveur: L’Ouvroir fait des vagues

Photo de Thomas Gallenne
Par Thomas Gallenne

Des citoyens défavorisés expriment leur frustration de côtoyer des habitués de l’Ouvroir, roulant au volant d’une voiture de luxe. Une clientèle qui ne laisse aucune chance aux nécessiteux de pouvoir s’offrir une marchandise de belle qualité à moindre coût, et qui se retrouvent la plupart du temps sur les bancs des marchés aux puces…

L’Ouvroir regroupe 39 bénévoles qui, entre autres, restaurent et reprisent les articles endommagés qui lui sont acheminés. Depuis 2003, l’organisme est sous la direction de Irène

Théroux. En 2010, plus de 135 000$ issus de la vente de vêtements usagés a été redistribués à 23 organismes de la région. «Notre objectif est d’en donner au plus grand nombre», déclare la directrice de L’Ouvroir. 

 

Au sein de cette fourmilière, des efforts sont déployés chaque jour afin de parvenir à une cueillette fructueuse de la marchandise. «Cela nous permet d’augmenter tous les ans nos remises de fonds», indique Mme Théroux. Mais l’élogieuse réputation de l’Ouvroir n’attire pas seulement des résidents démunis.     

 

Des habitués de plus en plus mal acceptés

Quarante minutes avant l’ouverture, nous pouvons admirer la présence d’imposants utilitaires, appartenant essentiellement à des clients dont leurs achats seront destinés à la revente sur les marchés aux puces. «Avec le stock qu’ils prennent, ils pourraient démarrer une boutique!» dénonce monsieur H.S, un père de famille monoparental. 

Les plus beaux produits disparaissent en un clin d’œil au profit de ces revendeurs, grands connaisseurs sur la popularité de certains meubles, délaissant au passage une cour arrière où il n’y a plus rien à prendre. Après le mobilier, on attend l’ouverture des portes pour les vêtements et les jeux… À l’intérieur, on se dispute et on se bouscule, y compris avec des femmes d’âge avancé, après être arrivé au volant d’une berline… «C’est un sérieux manque d’éducation», lance L.K., un autre père monoparental qui s’approvisionne à l’Ouvroir depuis plusieurs années. 

 

La  tolérance s’épuise sensiblement envers cette clientèle, considérée comme étant peu soucieuse de savoir si leur geste trop «généreux» ne privera pas des gens réellement dans le besoin. Irène Théroux connaît parfaitement ces habitués et n’interagit aucunement sur le but de leurs achats. «Je n’ai pas à me questionner sur ce que feront les gens avec la marchandise», indique-t-elle.  Cette guerre de classes sociales a également son propre prix. Certains n’ont tout simplement pas les moyens de payer ce qu’on leur demande. «C’est avec cet argent-là qu’on est en mesure de reverser des dons», souligne la directrice de L’Ouvroir. 

 

Pour certains, c’est le plaisir de décorer leur chalet, tout en soutenant une cause au bénéfice de la région. Pour d’autres…«Je viens à l’Ouvroir, parce que je suis pauvre», confie un client avant de prendre place dans sa belle Volvo! D’autre part, les jeunes mamans fraîchement séparées de leur conjoint et les personnes âgées en situation précaire, surgissent avec un formulaire du CLSC qui atteste leurs besoins.

 

Ouvert à tous

L’organisme accueille les Laurentiens comme visiteurs. «Je n’évalue pas le niveau de vie des gens…On exerce aucun favoritisme», déclare Mme Théroux. Au contraire, la directrice se targue de recevoir une nouvelle clientèle, en provenance de Montréal et de Laval. Mais le fait d’ouvrir ses portes à un large public augmente l’intolérance. Les gens défavorisés se sentent lésés. «Il serait intéressant d’autoriser cette clientèle aisée à venir à la fin de la journée pour laisser une chance à ceux qui sont réellement dans le besoin», lance H.S. L’Ouvroir devra-t-il à l’avenir penser à un accommodement raisonnable? La question est lancée. 

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