Sale campagne

Par Jean-Claude Tremblay
Sale campagne

Chronique d’un X

par Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com
 
Je ne parle pas d’un paysage rural caractérisé par de grands champs bucoliques, mais bien de la saison des élections, qui n’a de commun avec une plane vallée que l’odeur de lisier qui semble parfois s’en dégager. Valse des millions, j’en ai plus que toi dans le pantalon, mon père est plus fort que le tien, flatte mon dos et je te le rendrai bien – la joute s’annonce basse et sale.
J’en jasais avec Boucar (Diouf) l’autre jour, alors que nous partagions une désolation certaine envers la manipulation crasse de certains parlementaires. Celui avec lequel je discutais de la chose politique avait d’ailleurs écrit avec beaucoup de lucidité que malgré des visions incompatibles avec Stephen Harper, il regrettait presque la transparence de ce dernier, car malgré son intransigeance, ses positions avaient le mérite d’être claires. Aujourd’hui, on nage dans l’improvisation et plusieurs usent d’hypocrisie, ce qui n’est pas seulement triste, mais dangereux pour un système pluralisme.
Insupportables, ces politiciens qui croient que l’on doit nécessairement descendre l’autre pour se remonter. Je suis aussi contrarié de voir qu’en parallèle, six syndicats s’unissent contre deux chefs de parti, à grands coups de pancartes de salissage, au lieu d’être le vecteur de changement qu’ils pourraient personnifier. Ils jouent le même jeu sadique que plusieurs autres, dont le président de campagne libéral, qui attaque bêtement et systématiquement ses adversaires au lieu d’élever son jeu d’un cran et de faire profiter tout le monde de ses nombreux talents.

Message d’intérêt public

Politiciens, syndicats, groupes d’intérêt et entourage, à tous ceux à qui le chapeau fait, ceux qui valorisent, cautionnent et font la promotion de ce qu’il y a de plus laid dans le comportement humain, je vous invite à réfléchir, le temps d’un cessez-le-feu. Vous ridiculisez, vous trichez, vous exagérez, vous mentez, vous démonisez, vous rabaissez l’autre sans arrêter, bref, vous faites exactement ce que l’on demande à nos enfants de ne pas faire. L’exemple que vous donnez, alors que tous les projecteurs sont vers vous tournés, est honteux et calomnieux. Votre politique de lutte à l’intimidation dans nos écoles ne fonctionne pas parce que vous essayez d’enrayer un comportement que vous incarnez. Après, vous vous demandez pourquoi la noble fonction de politicien est parmi les plus mal-aimées de la société. Laissez les cyniques dans le passé, mêlez-vous de vos affaires et construisez sur de nouvelles idées, les vôtres.

Le réseau des jurys sociaux

Dégoûté et attristé, deux qualificatifs applicables au comportement de certains politiciens, mais aussi ceux qui me sont venus au cœur en lisant les innombrables commentaires de citoyens sur les réseaux sociaux. «Tous pareils, grosse niaiseuse, pourriture, laideron, bâtard de vendu, moustachue», et j’en passe (beaucoup), par souci pour les plus jeunes lecteurs. Si je dénonce et invite les acteurs politiques à se redresser, je dois aussi être juste et réitérer le proverbe «Charité bien ordonnée commence par soi-même» – il est de mise de se regarder dans le miroir et dénoncer aussi le comportement de névrosé phobique et hystérique du citoyen.
Les réseaux sociaux nous insensibilisent à un point tel que nous avons repoussé les limites de la décence. Un des problèmes, c’est qu’il n’y a plus de tampon entre l’écriture et la publication, ce qui n’était pas le cas autrefois, avec les lettres manuscrites. Nous étions forcés à nous asseoir et réfléchir, car on ne pouvait appuyer sur «envoyer» ni «publier» de manière instantanée. Ce mode de communication provoquait une contraignante et nécessaire réflexion. Pour un instant, je me mets à la place d’un politicien et je me demande comment se sentent ses enfants et sa famille quand ils lisent que leur père est un «gros plein de marde» ou que leur mère est une «conasse qui devrait fermer sa gueule et s’occuper de la maison». C’est d’une violence qui me donne froid dans le dos. Alors, vous voulez le boulot?
C’est Victor Hugo qui disait: «On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine.» En d’autres termes, j’en appelle à une prise de conscience à savoir que la guillotine d’hier est le clavier d’aujourd’hui: une arme potentiellement meurtrière dont on sous-estime les dommages collatéraux sur nos semblables. Critiquons les choix, les comportements et les idéaux, mais jamais la personne et son amour-propre – tout est dans la manière et dans l’intention. Comme disait Gandhi, soyons le changement que nous voulons voir dans le monde.

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