Savoir arrêter le temps

Par Eric-Olivier Dallard

sur la route de L’inde

Deux Laurentiens, Julie Corbeil et Ugo Monticone, ont amorcé cette semaine un périple en Inde. Ils ont choisi Accès pour les suivre semaine après semaine dans leur découverte de cette contrée envoûtante. Voici leur troisième chronique.

Retrouvez les précédentes sur www.journalacces.ca.
«Vous allez à Rishikesh? Pas nous. On est pas venu en Inde pour méditer…»

Il y a plusieurs Indes. Pour ces Québécois que nous avons rencontrés, la visite du sous-continent s’oriente vers une expérience de trekking dans la chaîne des Himalayas. Une Inde sportive. Pour notre part, nous serions bien déçus de passer à côté de l’Inde spirituelle. Celle qui nous a appelée en quelque sorte…

Notre destination: Rishikesh, berceau du yoga. La ville où l’expression s’asseoir en Indien prend vraiment tout son sens.

255 kilomètres au nord de Delhi. Sept heures d’autobus dit express… constamment arrêté pour laisser passer une vache et sporadiquement ralenti par un camion lourd sur des routes pas possibles. Une bataille en bonne et due forme pour dépasser tout ce qui bouge à grands coups de klaxons. Quelques maux de cœur plus loin, nous mettons le pied hors du véhicule. L’odeur de gasoil est aussitôt substituée par celles de l’encens et des épices. Devant nos yeux, le Gange s’étend dans toute son élégance entre les montagnes himalayennes. Sur les rives s’entassent des dizaines de restos et de guesthouses aux allures hippies où s’agglutinent des centaines de touristes. Ici des gens de partout sur la planète viennent arrêter le temps.

Warp Zone

Rishikesh doit sa popularité aux Beatles. En 1968, la ville fait la une des journaux du monde entier lorsque le fameux groupe britannique séjourne dans un de ses ashrams (lieu de retraite). Selon les rumeurs, Ringo et sa femme auraient écourté leur voyage, car ils n’aimaient pas la bouffe épicée, tandis que les autres y sont restés près de deux mois. Bon nombre de chansons devenues populaires sont nées ici. D’ailleurs, désillusionné par l’appât du gain manifesté par leur gourou, les Beatles ont quitté l’Inde en composant You made a fool of everyone (tu t’es foutu de tout le monde!).Malgré tout, 40 ans plus tard, l’ambiance qui enveloppe la cité nous séduit. Classe de yoga par-ci, cours de musique par-là, séance de méditation ici, atelier de massage là-bas… Dans notre mission de trouver un ashram approprié à notre budget, nous tombons sur un resto qui sert des repas ayurvédiques devant un coucher de soleil féérique. Arrêt obligatoire.

L’Inde n’est pas un voyage pour tout le monde pourtant, il nous vient souvent l’envie d’offrir un moment en instantané à un ami. Comme ce soir par exemple: nous aurions bien voulu partager ce souper face au Gange avec tous nos proches à rire et à bien manger. Mais après le repas, lorsque Julie demande les toilettes, nous confirmons que l’Inde n’est pas un voyage pour tout le monde. «In the open, in the open», nous lance le serveur en nous pointant un fossé encombré de vaches. J’imagine que vous comprenez pourquoi ici on mange avec la main droite!

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