Se prendre en main après l’abandon

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Par Bénérice Jetté
Se prendre en main après l’abandon

L’histoire de Nicole

La pauvreté est un sujet qui nous concerne tous. Parce qu’elle est présente, même si parfois peu voyante, et aussi parce qu’elle peut devenir notre lot, suite à un mauvais tournant de la vie. À tout âge, on peut se retrouver seul devant des obstacles auxquels on ne s’était pas préparé. C’est l’histoire de Nicole (nom fictif pour les besoins d’anonymat), dont l’univers a un jour basculé, et qui a dû chercher d’elle-même l’aide nécessaire à sa survie.

 

Établie depuis 22 ans à Saint-Sauveur, Nicole et son mari divorcent en 2002, où un partage inégal laisse Nicole sans le sou. Alors âgée de 54 ans, elle trouve refuge chez sa mère à Saint-Jovite, et les deux femmes s’accommodent bien. Cependant, l’arrivée d’une des sœurs de Nicole, venue vivre en trio, crée de la bisbille et vient mettre abruptement fin à six années paisibles. La mère et la sœur s’étant liguées contre elle, Nicole se retrouve à la rue. Âgée alors de 63 ans, elle n’a que sa pension de vieillesse comme revenu.

 

Ne baissant pas les bras, elle décide de s’établir à Sainte-Adèle. Après une recherche pour trouver quelque chose de vivable à moindre coût, elle choisit un appartement modeste dans le secteur Mont-Rolland, dont le loyer est dans la moyenne basse, soit 700$ par mois, n’incluant ni électricité ni chauffage. Propriétaire d’une voiture, elle se dit heureuse de pouvoir se déplacer, mais le coût de l’essence ainsi que l’âge du véhicule ne lui permettent pas d’aller bien loin: «Ma voiture a maintenant 11 ans. Les bobos sortent…Je dois comme tout le monde acheter et changer mes pneus, payer mes assurances et mon permis. Je n’ai pas les moyens de changer de véhicule, alors j’en minimise l’utilisation. Je n’ai pas de télévision et ne suis pas abonnée à internet. Une fois l’essentiel payé, il ne me reste que 50$ par mois. Et c’est bien trop peu pour manger», souligne-t-elle.

 

Il y a deux ans, c’est une Nicole en miettes qui a tendu la main à qui pouvait l’aider: «Je me suis rendue au CLSC et j’ai demandé de l’aide. J’étais en détresse et me savais vulnérable. Je suis en santé pour mon âge, et tiens à le rester. Pour cela il faut manger. On m’a dirigée vers des ressources, et j’ai fais les démarches pour y adhérer, avec humilité. Ma mère m’a inculqué l’importance du regard de l’autre, mais ce n’est pas l’orgueil qui met de la nourriture dans l’assiette.»

 

Depuis un an, Nicole bénéficie de l’aide alimentaire desservie par le Garde-Manger des Pays-d’en-Haut aux plus démunis. Elle participe aussi une fois semaine à une cuisine collective, d’où, pour une modique somme, elle repart avec des plats cuisinés en groupe. «Je conserve, transforme et utilise tout ce que j’ai. Je ne gaspille jamais. Le comptoir alimentaire est dans ma ville, et cela m’épargne de l’essence. Chaque sou compte. Il faut être discipliné, ne rien acheter qu’on ne soit capable de payer, et oublier les cartes de crédit», note Nicole.

 

«La vie est belle car je ne manque de rien. Je n’ai pas de surplus, mais je

suis choyée du soutien de ces beaux organismes qui me viennent en aide. Cette année, j’envisage Noël comme

un beau moment. J’ai maintenant un cercle d’amis, et je suis invitée quelque part», lance-t-elle. «Mon témoignage encouragera peut-être des gens à demander de l’aide. Pour trouver des

solutions, il faut parfois accepter le fait qu’on a besoin des autres», conclut-elle.

 

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