Sexe 101 à sainte-adèle

Photo de Thomas Gallenne
Par Thomas Gallenne
Sexe 101 à sainte-adèle

Distribution de vibromasseurs, roue de la fortune avec des gages sexuellement explicites, simulation de fellation en groupe, il a fait chaud, très chaud au Sex Party du Bourbon Street de samedi soir dernier.

 

« C’était malade ! » de déclarer Olivier Lusignan, le nouveau photographe officiel du fameux club de Sainte-Adèle. Des photos qui ont fait réagir une mère de famille. « Quand j’ai consulté la page Facebook de mon fils de 11 ans, je suis tombée sur des photos de jeunes filles pratiquant des fellations sur un pénis en plastique, tenus par des garçons dans une pose suggestive, de dire à bout de souffle Isabelle B. de Saint-Sauveur. Ce qui m’offusque, c’est de voir des jeunes filles qui se sentent valorisées parce qu’elles font semblant de sucer des pénis sur une scène devant une foule en délire… C’est un bar, pas un endroit de danseuses nues ou d’orgie. Je trouve ça pathétique ! »

 

Pour Nicole Desjardins, sexologue-psychothérapeute, ce genre d’activité illustre à merveille le phénomène d’hypersexualisation qu’elle constate chez les jeunes. « Dénoncez ce genre de choses, vous allez avoir 10 personnes qui vont vous traiter de puritains », de lancer cette thérapeute conjugale et familiale. Nicole Desjardins connaît pourtant la chanson. Elle intervient à titre de travailleuse sociale depuis plus de 26 ans. « Il faut comprendre que ces jeunes ont des corps d’adultes, mais pour ce qui est d’avoir un jugement éclairé et du recul par rapport au bien et au mal, la maturité n’est pas atteinte avant l’âge de 21 à 23 ans », ajoute-t-elle.

 

Des images enracinées

La sexologue ajoute que plus les expériences sont vécues tôt, plus elles s’enracinent dans le cerveau. Les jeunes ne sont pas nécessairement prêts à vivre ou à voir ça.  L’effet de foule, être reconnu et accepté par ses pairs, être la fille populaire, avoir un copain, sont autant d’éléments de pression sociale qui s’exercent sur les jeunes femmes, selon la spécialiste. « On est dans la commercialisation du plaisir sexuel. C’est d’autant plus vrai que c’est un commerce qui fait la promotion de ce type d’activité.» On fait croire aux femmes qu’elles auront du plaisir, dit-elle. Or, Nicole Desjardins voit en consultation des femmes de 25 ou 30 ans désabusées. « Elles ont une mécanique qui fonctionne, elles sont capables d’avoir un orgasme, mais elles ne ressentent aucune satisfaction dans leur relation amoureuse.»

 

Les hommes aussi vivent une pression. La pornographie établit de faux modèles de performance et si les hommes ne répondent pas à ces critères, s’ils ne sont pas à la hauteur, cela crée de l’anxiété. « La porno génère des milliards de dollars. Quand on dit que c’est l’argent qui mène le monde, c’est valable aussi pour le sexe ! » D’où la nécessité de remettre des cadres de référence, de redonner du sens à la sexualité. « Cela passe par les cours d’éducation sexuelle qui devraient être remis en place, cela passe par le dialogue, la sensibilisation auprès de nos jeunes. Et en tant qu’adulte, il faut les aider à développer un esprit critique face à ces phénomènes d’hypersexualisation.»

 

 

Un dossier bien chargé

En septembre dernier, la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) du Québec suspendait pour 3 mois le permis d’alcool du Bourbon Street et réduisait sa capacité d’accueil intérieure et extérieure (de 3857 à 1478 personnes). Cette procédure faisait suite à un dossier étoffé au fil des ans par la police municipale de Sainte-Adèle. Au-delà de 130 incidents ont été rapportés. On a jusqu’à trouvé des excréments dans la piscine d’une station santé voisine de l’établissement en février 2009. «C’est un gros dossier, confirme le directeur-adjoint à la gendarmerie Bernard Demers. On a travaillé pendant 5 ans à cumuler des informations pour forcer la Régie à prendre une décision. Ils ont réouvert le 19 décembre en promettant de tenir la place comme il faut.»

Un jeune adulte questionné au sujet de l’affaire soutient que la plupart des jeunes filles qui s’y trouve fréquentent toujours les classes du secondaire. «On appelle ça la garderie des Pays-d’en-Haut.» Bernard Demers indique pour sa part que les plaintes entourant le Bourbon Street concernent la présence de juvéniles, la découverte de stupéfiants ou le transvidage d’alcool.

 

L’article 24.1 de la Loi sur les permis d’alcool (LPA) condamne « les gestes ou actes à caractère sexuel de nature à troubler la paix et la sollicitation». Au moment de mettre sous presse, le journal n’avait toujours pas réussi à joindre les propriétaires de l’endroit pour obtenir leurs commentaires.

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