Sommes-nous à la croisée des chemins ?

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Sommes-nous à la croisée  des chemins ?

LETTRE OUVERTE

Pérennisation des sentiers et planification du territoire

Nous assistons depuis les dernières années à une accélération de la démocratisation des activités de plein-air et, de ce fait, à un engouement accru pour ces activités, notamment celles pratiquées sur les sentiers.

Tous les amateurs de plein-air peuvent trouver leur compte parmi les activités de ski de fond, de raquette, de vélo d’hiver, de randonnée pédestre, de vélo de montagne et toutes celles qui viendront s’ajouter au gré des modes.

La pierre d’assise de la pérennisation des sentiers de plein-air dans les Laurentides, c’est le ski de fond. Présentant un intérêt patrimonial pour sa valeur historique, la pratique du ski de fond est reconnue aujourd’hui par le ministère de la Culture et fait partie du patrimoine immatériel des Laurentides. Mais cette reconnaissance n’enlève pas pour autant la précarité « […] des pistes tracées par les pionniers […] [et] aujourd’hui menacées par le lotissement des résidences de villégiatures. » 1 En tout état de cause, des mesures de pérennisation sont à prendre, si ce n’est pour éliminer, tout au moins prévenir, la perte d’accès aux sentiers.

Fragmentation du territoire

En effet, l’accélération de l’urbanisation dans les Laurentides crée une pression en faveur du développement résidentiel ayant pour effet de fragmenter le territoire. Le système actuel pouvant contribuer à la pérennisation des sentiers est basé sur une approche passive, c’est-à-dire, dans le cadre d’une opération cadastrale préalable à l’implantation de projets de développement qui peut permettre à une municipalité d’exiger une contribution pour fins de parc pouvant aller jusqu’à 10% de la valeur ou de la superficie du site.2

Le réseau de sentiers de ski de fond de Saint-Adèle, en l’occurrence, s’est développé essentiellement sur la base des sentiers patrimoniaux tels la « Johannsen », la « Maple Leaf » et la « Oxford-Cambridge », pour ne nommer que ceux-ci. Pour la majorité des sentiers, l’existence même des sentiers, voir leur survie, dépend des ententes avec les propriétaires terriens. Lorsqu’il y a un refus d’autorisation de passage, le sentier est fractionné. Cette éventualité peut non seulement occasionner la fermeture du sentier, mais également rompre l’interconnexion avec les principaux pôles ainsi qu’avec les villes et villages limitrophes.

Les alternatives

Y a-t-il des alternatives ? Plusieurs pistes de solutions sont possibles mais peuvent engager un changement de paradigme non seulement dans le système des valeurs québécoises en matière d’accessibilité aux sentiers de plein-air non motorisés, mais également dans les politiques régionales et gouvernementales. Pour le moment, les municipalités et les gestionnaires responsables d’assurer la survie des sentiers doivent faire preuve d’imagination avec les outils légaux actuellement disponibles.

Une autre alternative pourrait impliquer l’intégration des sentiers de plein-air dans les plans régionaux des milieux humides et hydriques qui puisse permettre « […] la cohabitation harmonieuse des usages anthropiques et des milieux hydriques [laquelle] exige une vision d’ensemble qui permette de protéger les intérêts environnementaux, sociaux et économiques.» 3

Passer d’une démarche passive à une démarche active par l’établissement de partenariats stratégiques entre les différents organismes de protection foncière, de protection des milieux naturels et les instances municipales pourrait non seulement permettre d’agir en concertation, mais permettrait également la mise en place d’initiatives concrètes de pérennisation, de protection du territoire, de mise en valeur des milieux naturels et de cohabitation des usages récréatifs à faibles impacts environnementaux.

Si on en croit la politique gouvernementale en matière de santé publique prônant de saines habitudes vie, les instances gouvernementales auraient tout à gagner à offrir des alternatives de conservation du territoire leur permettant à la même occasion d’intégrer plus facilement les concepts de développement durable, de qualité de vie et d’environnements sains et sécuritaires dans les politiques et les mesures liées à l’aménagement du territoire à tous les niveaux : local, régional et provincial. Il y a un changement de paradigme en cours pour intégrer ces concepts, mais tous n’ont pas les mêmes objectifs et les mêmes priorités.4

 

Auteur : Sébastien Lévesque
B.Urb., urbaniste-stagiaire | Chargé de projet pour Plein-Air-Sainte-Adèle
slevesque.pasa@gmail.com

1 Ministère de la culture et des communications, http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca

2 Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (chapitre A-19-1), http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/A-19.1

3 Les plans régionaux des milieux humides et hydriques, http://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/milieux-humides/plans-regionaux/guide-plans-regionaux.pdf

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