Sport, drogues et rock’n roll

Par Josée Pilotte

J’ai vraiment réfléchi à la chose. Sérieusement.

Croyez-moi c’est bien la seule réflexion sérieuse (au moins dix bonnes minutes) que j’ai eue au cours des trois dernières semaines; et ça tombe plutôt bien: c’est le seul sujet d’actualité qui m’allume en ce moment pis ç’a l’air que je ne suis pas la seule puisque messieurs Foglia et Martineau se peuvent plus d’en parler.

Bref, cette chronique parlera uniquement de dopage et de rien d’autre, avis aux intéressés.

Il s’est passé quelque chose d’absolument extraordinaire durant mes vacan­ces. C’était par une de ces belles journées qu’on a eues cet été, une journée magnifique, pas trop chaude, aucune humidité, un ciel bleu, la journée parfaite pour rouler. J’avais reçu une invitation amicale à sillonner les routes laurentiennes à vélo au côté d’un pro, que Yannick Marjot m’avait vanté:«50 km guidés par Michel, ce n’est rien. Avec de la technique, les kilomètres ne font plus peur.» Je n’allais pas rater ça… la «green» que j’étais n’allait pas manquer son initiation.

So… St-Jovite here I come!

On est six, non plutôt sept, un nouveau se pointe avec son vélo.
«Plutôt l’air d’un pro lui aussi. La journée risque d’être longue!»

Préparation des bécanes, crème solaire. Et un Yannick Marjot qui part «en malade», aussi vite qu’il parle. Moi, j’suis à bout de souffle, même pas 5 km de fait, j’suis dans la merde, j’finirai pas la journée à ce rythme…
… Et puis, tranquillement, le souffle, le mien. Le sport…

Le SPORT vous savez: «la morale de l’équipe, la morale de la passe, La PASSE comme mode de vie, la morale de l’effort». C’est pas de moi – malheureusement! –, mais d’un grand cycliste devant l’Éternel (et grand chroniqueur): Pierre Foglia.

Foglia dit aussi que le sport c’est une esthétique… Hum… une esthétique? Avoir su que le réflecteur ne se portait pas cette année, j’en aurais débarrassé mes roues!!! D’ailleurs, j’vais appeler Gilbert de chez Kanuk à ce sujet: «Hey!, t’aurais pu m’le dire que ça ne se faisait pas, de biker avec des pros pis d’avoir des réflecteurs dans ses roues!?!» Une maudite chance que je m’étais fait les jambes le matin même!!! Comme les vrais.
– Comme les vrais, Chéri, j’te dis… ça me prend des roues en carbone sans réflecteurs. C’est pour le sport, tu comprends?…
«Non!, arrête-moi ça tu-suite Miss Gucci: t’vas pas m’changer ton vélo c’te année toi là!»

C’est certain que ça me donnerait un TRÈS gros avantage sur Chéri. Y’a tellement peur que je le «clenche» dans la côte de Ste-Anne-des-Lacs, le pôvre!, que j’vais lui donner une chance, pis j’vais mettre la pédale douce. Pour le changement de vélo, j’veux dire!
«… La morale de l’équipe, la morale de la passe…»

Oui, la PASSE, pour moi, cette journée-là, fut d’observer, d’écouter afin de parcourir… non pas 50 km mais 70 km… J’ai «pogné » d’quoi comme on dit, un méchant «buzz».

Elle est peut-être là, la dope.

Pis j’peux vous dire qu’elle rend facilement addict, suffisamment du moins pour que je me relance dans l’aventure deux jours après.

Une autre randonnée, plutôt montagneuse cette fois-ci, de 50 km (Lac Écho, Bellefeuille, Sainte-Anne-des-Lacs, Saint-Sauveur).

Une bonne âme croit nécessaire de me mettre en garde:
– Y’veulent ta peau… C’est trop pour une fille qui débute, les routes ne sont pas belles pis les montées ben…» Bon ok! j’ai compris!!! J’fais quoi maintenant?
«… Au pire du pire je reviendrais sur le pouce…»

Départ par la 364, Michel prend le «lead», on s’élance à sa suite, les muscles s’échauffent, tout prend sa place dans un rythme commun. Tous.

C’est l’extase! Je me sens bien, surtout bien mieux que lors de mon départ précédent qui m’avait laissée à bout de souffle, guidée cette fois-ci

par Michel, portée par un tempo.

On est là au cœur de la «morale de la PASSE».

Y’a Joyce qui, avec ses quelques chandelles de plus que moi, fait pas juste me doubler, Joyce qui me c-l-e-n-c-h-e littéralement, qui ne cesse de faire des aller-retours, revenant sur son avance; elle a bien dû faire quelques kilomètres de plus que moi, et tout ça dans la bonne humeur et sans effort apparent.

Y’a Michel qui se remet d’une opération au cœur, qui mouline avec grâce; pis qui me clenche lui aussi.

Y’a Manon, y’a les autres, y’a la morale de l’équipe….

Pis y’a moi. Moi qui gravis cette foutue côte avec cette détermination un brin orgueilleuse, soutenue par les encouragements de ma gang qui me regarde et m’attend au sommet.

J’me sens comme Lance Amstrong à l’arrivée du tour.

Une fois en haut, j’en ai presque levé les bras en signe de victoire.

Y’a moi au sommet de la côte de Ste-Anne-des-Lacs.

Y’a moi, complètement accro!

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