Stratégie de l'Agence de santé des Laurentides

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Par Thomas Gallenne

Avec des taux d’occupation records dans les urgences, des cliniques sans rendez-vous saturées, une pénurie de médecins de famille, la région des Laurentides se classe au premier rang des régions les plus défavorisées en matière de soins de santé. Afin d’améliorer la situation, l’Agence de la santé et des services sociaux des Laurentides (ASSSL) a mis en place une stratégie pour réorganiser ses services.

 

En 2009, le ministère de la Santé et des services sociaux et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FAMOQ) ont sous-estimé les besoins de la région, soutient le Dr Luc Laurin, chef du Département régional de médecine générale (DRMG). «Les dernières statistiques ont montré un accroissement et un vieillissement de la population. En 2010, on a révisé nos besoins à 155 médecins de famille, sur un total de 184 omnipraticiens, première et deuxième ligne combinées», précise-t-il. La première ligne concerne les consultations en clinique, en Centre local de service communautaire (CLSC) et à domicile, tandis que la deuxième ligne correspond aux interventions en salles d’urgences et d’opérations. Le MSSS semble avoir entendu l’Agence régionale en révisant à la hausse ses quotas, avec l’octroi de 36 nouveaux omnipraticiens et 41 spécialistes sur le territoire. 

 

Les GMF

La seconde stratégie développée par l’ASSSL concerne l’organisation des services. «On a travaillé fort pour que les médecins des cliniques médicales coopèrent ensemble dans ce qu’on appelle des groupes de médecine familiale (GMF)», indique le Dr Laurin. Les cliniques concernées bénéficient d’une entente de collaboration avec le Centre de santé et de services sociaux  (CSSS) de leur secteur afin d’offrir des services de santé personnalisés. Assistés d’infirmières cliniciennes – et éventuellement d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS ou super infirmières), et d’outils de gestion électroniques, les médecins impliqués peuvent offrir des services de première ligne plus efficaces et plus réguliers. 

 

«Nos 18 GMF regroupent 199 médecins, 30 infirmières cliniciennes et desservent environ 200 000 personnes (36 % de la population laurentienne). À cela devrait s’ajouter de 5 à 6 IPS cette année», précise Luc Laurin.

 

Améliorer l’efficience des médecins

Selon le chef du DRMG, l’amélioration des services de première ligne passe également par la gestion et la transmission informatique des données médicales. «Avec le dossier médical électronique, le médecin n’aura plus à courir après les informations, mentionne-t-il.  On a aussi implanté un accueil clinique dans 5 de nos 7 CSSS». Il s’agit d’un protocole permettant aux médecins de première ligne de coordonner des demandes d’investigation ou de consultation en soins spécialisés pour leurs patients, lesquels sont pris en charge et suivis par une infirmière tout au long du processus. Une fois l’investigation terminée, un dossier complet est envoyé au médecin requérant par voie électronique. Mais les GMF ne sont pas en reste. «On a demandé à 17 GMF d’avoir le même dossier médical électronique, améliorant ainsi la transmission des données de laboratoire et l’efficacité des services de première ligne, ajoute le Dr Laurin. Finalement on a développé des guichets de clientèle orpheline. Présents dans 7 CSSS, ils permettent d’identifier les personnes en attente d’un médecin de famille et de prioriser les cas les plus lourds. Ainsi, on met l’expertise médicale à la bonne place». Pourtant la situation reste inchangée pour des milliers de personnes qui n’ont toujours pas de médecin de famille. «La bonne nouvelle c’est que ça débloque», lance, convaincu, le Dr Laurin. Selon lui, la région applique les recommandations des commissions Claire et Romanow, prônant une révision complète du système de santé. «On favorise le travail en équipe multidisciplinaire, les communications entre les établissements et les services de première et deuxième ligne», ajoute-t-il.

 

Et la deuxième ligne? Les lits d’hospitalisation réservés normalement aux patients arrivés à l’urgence, sont utilisés par des personnes âgées en attente de placement dans les Centres d’hébergement et de soins longue durée (CHSLD), devenant ainsi des lieux transitoires. «Pour les dé-sengorger, on a créé des hôpitaux de jour, à Sainte-Agathe et Saint-Jérôme», précise le Dr Laurin.  Au cours des derniers mois, l’Agence a réservé une quinzaine de lits dans des ressources intermédiaires (centres d’hébergement privés) pour accueillir des gens en perte d’autonomie.

 

En 2010-2011, 747 millions de dollars on été investis et répartis dans les quinze établissements de santé des Laurentides. Pour répondre à tous les besoins en santé des Laurentiens, le manque à gagner est de 57,8 M$.

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